Le virus, une bénédiction pour Macron

En France, la posture de "Père de la Nation" avait usé jusqu'à la corde la lutte contre le fascisme, le FN et le terrorisme. Heureusement, le virus est arrivé. Il a fait gonfler Macron jusqu'à menacer de faire éclater le pays. Que décidera-t-il demain lundi ? Il faut craindre le pire : l'appauvrissement généralisé.

Avant, toute espèce politique française se référait à ce qu'elle aurait fait durant la Guerre. De Gaulle, le Parti des Fusillés, la Résistance ; les politiques avaient la tête tournée vers le passé en Traction avant. Cela permettait de désigner l'adversaire comme faisant partie du camp des réactionnaires, des mollassons, des ennemis du progrès etc. Le FN était très utile, car en le laissant prospérer, on pouvait se présenter sans effort comme rempart unique face au fascisme, on pouvait même espérer en son succès de façon à ce que l'on pût, ensuite, se revêtir de l'armure tant fantasmée du combattant républicain. Dans l'attente, cela enfermait le débat politique dans un manichéisme de bon aloi.
C’était avant.
Il était temps de changer de référence, mais l'espèce politique française ne savait ni quand ni laquelle.
Et le virus est arrivé !
Aujourd'hui, toute espèce politique française se réfère au virus. Il est père de toutes choses. Pour le comprendre, le politique écoute d'autres espèces, qu'il avait jusqu'à présent fort négligées, et même, méprisées dans ses discours comme ses attributions budgétaires : les scientifiques. Or, le politique français a trouvé que les gens en blouse blanche sont fort pratiques. Car leur parole factuelle, décrivant la réalité tel qu'ils la perçoivent au jour le jour, permet de s'absoudre de tout jugement. Ainsi, l'espèce politique française a-t-elle trouvé en l'espèce scientifique une alliée inespérée qui lui permet de masquer pour un moment son incapacité à décider et à avoir une vision. Les scientifiques que personne n'entendait à propos du climat ou de la biodiversité, ni même du risque épidémique, les voilà placés sur le trône. Ils ont raison, alors ils décident après que les politiques aient fait mine d'émettre quelques bémols. Certains même soutiennent publiquement, et prennent l'opinion publique à témoin, des dires réfutables en affirmant qu'ils sont la vérité. C'est ainsi qu'une simple hypothèse de soins concernant une molécule se retrouve métamorphosée en certitude.
Mais voilà, avec le virus, les politiques ont su saisir l'occasion inespérée de revêtir l'habit de sauveur du peuple, des faibles et même, des services publics et des petites gens dont ils s'étaient jusqu'alors fort peu préoccupés.
C'est ainsi qu'on est passé du Point Godwin, qui obligeait tout politique à faire référence à la Guerre, au point Covid, qui impose de se prosterner devant la Science avec la lourdeur du dernier converti. Or, l'épidémiologie et la prophylaxie sont affaires de mathématiques. Elles reposent sur des modèles statistiques, sur des modélisations qui considèrent les êtres humains comme des sujets. Des modèles commodes, car ils justifient de déployer le plus grand parachute en se référant au Principe de précaution, dont il avait été fait assez peu de cas auparavant : ainsi, l'espèce politique française, après la gabegie des gouvernements d'austérité, après les Gilets jaunes et les grèves récentes, ne pourra plus être accusée de ne rien faire pour protéger les gens.
Voilà pourquoi Macron risque bien, demain, profitant du Saint Chrême sur lui déversé par SARS-COV-2, de prolonger le confinement jusqu'à mi-mai, puis d'empêcher tout rassemblement jusqu'à mi-septembre, parce que c'est écrit dans les tables de la Loi épidémiologique. Ainsi le pays sera sauvé, mort mais en bonne santé. Il ne lui restera plus qu'à régler sa dette, mais cela, ce n'est que des chiffres.

 

 

 

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