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Billet de blog 1 oct. 2015

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Avis de dérégulation financière en Europe

Huit ans à peine après la crise financière, le temps n’a jamais été aussi favorable à la finance et aux banques dans l’Union européenne. Les timides réformes financières avancées après la crise sont déjà remises en cause. Et de nouvelles initiatives de dérégulation financière s’apprêtent à voir le jour, dans le cadre du projet d’Union des marchés de capitaux, présenté ce mercredi par la Commission européenne.

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Huit ans à peine après la crise financière, le temps n’a jamais été aussi favorable à la finance et aux banques dans l’Union européenne. Les timides réformes financières avancées après la crise sont déjà remises en cause. Et de nouvelles initiatives de dérégulation financière s’apprêtent à voir le jour, dans le cadre du projet d’Union des marchés de capitaux, présenté ce mercredi par la Commission européenne. L’objectif : accroître le rôle des marchés dans le financement de l’économie européenne. Au risque de préparer les catastrophes financières de demain.

En Europe comme en France, les réformes financières n'ont décidemment pas la cote. On savait que le gouvernement français, sous l’influence des banques françaises, avait œuvré en coulisse à détricoter le projet de taxe européenne sur les transactions financières (TTF). Après avoir lui-même adopté une réforme bancaire au rabais, il contribue, en ce moment, à enterrer le projet européen de séparation bancaire. Ce dernier préconisait initialement d’obliger les banques à séparer substantiellement leurs activités spéculatives de leurs activités de détail, contrairement aux réformes bancaires cosmétiques mises en œuvre par la France et l’Allemagne. C’est finalement une réforme “à la carte” qui semble se dessiner au Parlement européen, comme au Conseil, malgré les risques considérables que font peser les activités spéculatives des banques.

Mais les lobbies financiers ne se contentent plus de bloquer, avec l'aide de gouvernements complaisants, les timides réformes menées sous l’égide de l’ancien commissaire Michel Barnier : il s’agit désormais de reprendre la marche en avant de la dérégulation financière. Pour cela, ils peuvent compter sur la nouvelle Commission : son président Jean-Claude Juncker, ancien Premier ministre du Luxembourg et paradis fiscal notoire ; et son commissaire aux services financiers Jonathan Hill, fondateur d’une entreprise de lobbying financier, Quiller Consultants. Pendant son activité professionnelle, Hill a notamment travaillé pour la banque HSBC et le centre financier de la City [1]. La Commission a d’ores et déjà annoncé qu’une de ses priorités sera la mise en place d’une “Union des marchés de capitaux” (UMC), dont le plan d’action a été présenté ce mercredi par la Commission.

Sous prétexte du reflux des prêts bancaires pour les investissements de long terme et les petites et moyennes entreprises, la Commission souhaite accroître le rôle des marchés dans le financement de l’économie européenne. Avec une proposition phare : la titrisation des prêts bancaires. Cette technique permet aux banques de revendre leurs crédits sous forme de titres financiers sur les marchés de capitaux. Elle leur permet de prêter en se dégageant de leurs risques, tout en empochant les frais bancaires.

Si la titrisation ouvre aux banques et investisseurs de nouvelles opportunités de profit, elle représente aussi un véritable danger : c’est cette technique qui a largement contribué à la crise financière de 2008, en incitant les banques à adopter des comportements risqués dans l’octroi des crédits. Elle a participé au développement d’un système financier parallèle non régulé (shadow banking system), qui favorise la création de bulles financières de crédit.

La Commission Juncker est au pied de guerre pour renforcer la mainmise de la finance sur l’économie européenne et détricoter les réformes financières. Au nom de la croissance et de considérations de court-terme, elle prépare les catastrophes financières de demain. A l’heure de la crise écologique, des investissements importants sont certes nécessaires pour assurer la transition des économies européennes vers des modèles plus soutenables. Mais ceux-ci ne peuvent être jugés sur le critère de la rentabilité. C’est pourquoi l’alternative aux fausses solutions de marché se formule simplement : il faut mettre le secteur financier sous contrôle démocratique, plutôt que mettre la démocratie sous contrôle financier.

Frédéric Lemaire, membre d'Attac France (@fredlemr)

Notes :

[1] “Hill as finance commissioner should be rejected”, Corporate Europe Observatory, septembre 2014 :https://attac.org/l/ceohill

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