Les écrans d'ordinateur sont devenus, en quelques décennies, des objets indispensables du quotidien (quel geek irrécupérable a dit 'vitaux' ?) Nez plongé dessus dès potron-minet, au travail, pendant ses pauses, après et même la nuit pour les insomniaques. Quant aux smart-phones... Le prolongement d'une des deux mains pour beaucoup. Trouver l'adresse d'un restaurant, d'une rue, la séance d'un film, suivre la presse en ligne, même chercher le grand amour (ou simplement le plan d'un soir) : les moteurs de recherche chauffent, surchauffent, sans cesse sollicités.

Des habitudes somme toute récentes qui enrichissent aussi bien les géants du secteur comme Google, Bing ou Yahoo que les discrètes sociétés récoltant les data-données via nos recherches, dans le but de nous 'cibler' individuellement. Publicitairement parlant, bien sûr. Officiellement du moins (voir l'excellent livre de Christophe Labbé et Marc Dugain : 'La dictature invisible', chez Plon)... 

Personne n'est à l'aise à l'idée d'être devenu de fait un vulgaire open-bar numérique (via les cookies et autres mouchards automatiques). Pas plus à celle d'engraisser des multinationales qui certes créent de l'emploi mais, conscientes de leur toute-puissance, n'hésitent pas à multiplier les tours de passe-passe plus ou moins légaux pour payer le minimum d'impôts (bien qu'enrichies sur notre territoire). Google, pourquoi tu tousses ? L'air irlandais est pourtant réputé très sain. 

Rien ne sert plus de se désoler de nos folles addictions; inutile d'espérer un retour en arrière, au bon vieux temps de l'avant 2.0. Chaque clic, oui, nous transforme un peu plus en vache à lait pas si virtuelle que cela. C'est une réalité.

Pour ce qui concerne le monopole des géants, par contre...

Deux ingénieurs français, Clément Le Bras et Marc Haussaire, ont mis au point et lancé un nouveau moteur de recherche révolutionnaire.

Révolutionnaire car réellement altruiste (reconnaissez que ce n'est pas dans l'air du temps). Son nom ? Lilo

Son principe ? Chaque recherche amène dans les premiers résultats affichés (quel que soit le moteur, vérifiez) trois ou quatre liens sponsorisés. Ces liens que nous avons pris l'habitude d'ignorer génèrent de l'argent. Environ 30€/personne et par an. Jolie manne lorsqu'on imagine les milliards d'individus surfant sur le net... Cet argent est normalement capitalisé par l'entreprise. Lilo propose de reverser 50% de ce trésor de guerre (le reste allant dans la communication, les frais de fonctionnement...) à des associations engagées dans des combats sociaux ou écologiques et choisies par l'utilisateur lui-même sur la plateforme. 50 % de son chiffre d'affaires. Pour ce faire, chaque recherche octroie automatiquement une goutte d'eau (de celles qui font les grandes rivières ?), sorte de monnaie virtuelle inventée par les deux ingénieux.

À la fin de la semaine, du mois (à chacun de voir), chaque utilisateur peut ensuite reverser ses gouttes d'eau accumulées à l'association de son choix (inscrite, bien sûr, sur la plateforme Lilo). Gouttes que l'entreprise se charge de transformer ensuite en monnaie sonnante et trébuchante.

À ce jour, alors que Lilo existe depuis un an et demi seulement, déjà 100.000€ ont été reversés !

De la virtualité, on repasse enfin à l'action concrète et ce, sans délier bourse ni changer ses habitudes.

De la passivité bovine, on revient à la prise de décision réelle.

Ces 100.000€ ont servi par exemple à aider pour une opération d'un enfant malade avec Mécénat Chirurgie Cardiaque, ou bien à participer à la construction d'éco-villages avec Colibris ou encore à aider à l'intégration socio économique de réfugiés avec SINGAKalaweit, également, portée par le médiatique Chanee, qui tente de sauver les grands singes d'Indonésie de la déforestation (due à la culture intensive de l'huile de palme) est présent sur la plateforme. Et bien d'autres qui n'attendent qu'un coup de pouce de notre part.

C'est bien joli, diront certains, mais Lilo est-il aussi efficace que Google, par exemple ?

Oui, peut-on répondre sans sourciller. La pertinence est la même car ce nouveau venu utilise technologie identique à celle des grands du secteur. Ceci grâce à une technologie de méta-moteur qui agrège les données brutes et les met en forme.

Par ailleurs - puisqu'il ne s'agit pas d'une nouvelle entreprise quelconque mais bien d'un moteur de recherche engagé - Lilo déclare ne pas enregistrer les informations des utilisateurs et bloque les robots traqueurs. Pas de publicités intempestives ici, ni sur la page d'accueil, ni sur celle de votre recherche.

Et une participation de 5% de ses revenus globaux est consacrée à un programme de compensation carbone (via la Fondation 'GoodPlanet'), pour rééquilibrer par rapport aux émissions produites par les utilisateurs lors de leurs recherches.

Le projet semblait fou tellement il était simple. Il s'avère efficace, viable. Et utile.

Que lui souhaiter de plus qu'une longue et belle route, si ce n'est encore et encore plus d'utilisateurs ? Déjà 65.000 personnes conscientes de leur pouvoir 2.0 (certes modeste mais, additionné...)

L'installation se fait en deux clics. Le moteur s'installe facilement sur le bureau de l'ordinateur; tout aussi aisément que l'application gratuite pour smart-phone.

Je ne sais pas si les audacieux pères de Lilo, Clément le Bras et Marc Haussaire (qui ont même, à la naissance du projet, écumé le métro pour convaincre les usagers micro en main) sont fans de judo mais, si tel est le cas je ne serai pas surpris. S'appuyer sur la force opposée pour l’amener dans la direction souhaitée... Ici le sens de l'engagement responsable; social, écologique. Citoyen, tout simplement. Simple comme un clic.


- En savoir plus via le site de Lilo : ici 

- La page FB de Lilo : ici  

 

- Frédéric L'Helgoualch est l'auteur de 'Deci-Delà' (ed du Net) et de 'Pierre Guerot & I' (ed H&O) en collaboration avec Pierre Guerot 

 

 

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