François Hollande, ou le suicide programmé d’un quinquennat

La classe politique salue « la décision responsable et courageuse » de François Hollande de ne pas se porter candidat à sa succession. Certains vont même jusqu’à rendre hommage à sa hauteur de vue. On ne peut s’empêcher d’être accablé par l’inconséquence du personnage.

Poussé dehors par son premier ministre, poignardé politiquement par son jeune protégé ministre de l’économie, François Hollande aura attendu le dernier moment. Au pied du mur, il a annoncé une décision contrainte et forcée par les événements. Sans autre alternative qu’une humiliation à la primaire de la gauche qui se serait transformée en réquisitoire contre sa personne. Hollande restera dans l’histoire le président le plus impopulaire de la Ve République, incapable de défendre son bilan et de préparer sa succession.

Cinq ans de trahison

Le mariage pour tous ne saurait nous faire oublier tout le reste. Son bilan c’est l’allongement des cotisations retraites, ni les 1million 300 mille chômeurs supplémentaires. C’est aussi les 41 milliards de cadeaux fiscaux au patronat sans contrepartie. La violence avec laquelle il s’est attaqué au code du travail, inversant la hiérarchie des normes et généralisant le travail du dimanche à coup de 49.3 restera une marque indélébile… Bref, le bilan tragique d’un homme et d’un gouvernement qui n’auront eu de cesse de discréditer la gauche en accablant des millions de salariés. 

Ce n’est pas faute d’avoir tiré les sonnettes d’alarme. Nous avons averti sur tous les tons au Bureau national du PS. Rien n’y a fait. La raison n’a jamais pu l’emporter devant la servitude face à la finance. Même les débâcles successives aux élections intermédiaires n’ont pu infléchir la ligne politique. Au point de se demander à quelle stratégie obscure François Hollande pouvait-il travailler dans le secret de l’Élysée ? Maintenant, nous le savons, il travaillait à sa perte comme nous l’avions toujours déclaré à la gauche du parti, nous la gauche « archaïque » et « irréconciliable ». Ce fut la chronique d’une mort politique annoncée, un suicide programmé du quinquennat. Il laisse la gauche divisée et accablée par autant de renoncement à ses valeurs. Mais le désarroi peut laisser sa place au sursaut.

A la gauche de réagir

Jusqu’au dernier moment François Hollande aura joué contre son camp. Principal obstacle à une primaire de toute la gauche, il ne consent à retirer sa candidature que maintenant. Il laisse son éventuel dauphin Manuel Valls défendre son bilan désastreux. A cinq mois des présidentielles, Hollande a pris sa décision seul, cultivant le mystère jusque dans son entourage, comme si cette question qui relève de l’intérêt général ne nécessitait pas une délibération collective au sein de son parti.

Sous la menace d’une droite ultra réactionnaire et de l’extrême droite, la gauche se doit de réagir. Si l’on considère, comme l’adage populaire, qu’en toutes choses malheur est bon, alors tournons définitivement la page du hollandisme et rassemblons la gauche au plus vite avant qu’il ne soit trop tard.

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