Hollande, le libéral

Affable et sans réelle autorité, celui que les militants du PS surnommaient « Flamby » a fait bien du chemin. Aujourd’hui président de tous les Français, il démontre une détermination sans faille à mettre en œuvre une politique qui a épousé les principes économiques du libéralisme.

Affable et sans réelle autorité, celui que les militants du PS surnommaient « Flamby » a fait bien du chemin. Aujourd’hui président de tous les Français, il démontre une détermination sans faille à mettre en œuvre une politique qui a épousé les principes économiques du libéralisme. François Hollande se révèle un manipulateur hors pair. Le petit technocrate de la Cour des comptes a réussi son pari : faire carrière à gauche pour mieux servir à droite. Aussi, connait-il bien la gauche : deux fois Premier secrétaire du PS, divorcé de la candidate qui l’a précédé aux présidentielles, compagnon de route infructueux de Jospin… Bref, il sait comment lui parler, il en connaît les aspirations, les contours ainsi que les travers et les turpitudes. Le Parti socialiste est un parti d’élus où tout se négocie avec des postes. Les cadres du parti majoritaire ont pour principe de ne pas insulter l'avenir, et celui-ci est entre les mains de la direction. Alors on rentre plus vite dans le rang qu’on en sort quand il s’agit de perdre son gagne-pain. Hollande sous son apparente bonhomie ne connaît que le rapport de force et aujourd'hui la Ve République lui donne tout pouvoir.

Les intérêts du capital sont bien gardés.

L’important quand on mène une politique impopulaire, c’est tenir l’appareil et au besoin couper des têtes, autrement dit menacer de retirer les récalcitrants des places éligibles sur les listes électorales. Mais François Hollande est assez fin politique pour manier le bâton… et la carotte. Il sait donner le change pour ne pas se montrer brutal et sauver les apparences. Mariage pour tous ; loi sur l’économie sociale et solidaire ; assignation des communes à remplir leur quota de logements sociaux ; COP21 pour satisfaire aux aspirations écologiques… toute la panoplie de gauche y passe tant que l’essentiel est préservé : le pouvoir économique, lui, doit prospérer entre les mains du capital. Pendant que les élus de terrain s’évertuent à comprendre la cohérence d’une réforme territoriale lancée dans la précipitation, Valls est prié de mener la charge en déclarant sa flamme au MEDEF. Toujours allumer un contre-feu, faire diversion, le reste passe tout seul : allongement des cotisations retraites (donc recours aux complémentaires privées) ; pacte de responsabilité (41 milliards seront versés sans condition au patronat) ; marché captif offert aux complémentaires santé ; accroissement de la dette publique avec 45 milliards d’intérêts versés à la finance en 2014 (même si la France a bénéficié d’intérêts historiquement bas l’année dernière) ; Taxe sur les Transactions Financières vidée de son contenu par le ministère des finances ; rétropédalage en matière de transparence fiscal (la France « ne demande plus à ce que les informations concernant les activités des entreprises et les impôts qu’elles payent soient rendues publiques » nous dit le rapport du réseau d’ONG Eurodad) ; sabrage dans les budgets de l’écologie et de l’aide au développement et trois nouveaux permis de recherches d’hydrocarbures en Seine-et-Marne, dans le Bas-Rhin et dans la Marne ; reprise des travaux du projet contesté d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes… N’en jetez plus, les intérêts du capital sont bien gardés. Que les 500 plus grosses fortunes économiques de France aient vu leur patrimoine augmenter successivement de 25 % et 15 % en 2013 et 2014 ne suffit pas, il faut préparer l’avenir. La France est déjà championne d’Europe en nombre de millionnaires et en versement de dividendes, pourquoi s’arrêter en si bon chemin ? Qui d’autre est mieux placé que « la gauche » gestionnaire pour faire passer des réformes de droite ?

Macron a pour mission de prendre le salariat en otage

D’abord, ringardiser « l’autre » gauche, celle de transformation sociale et convertir au mieux ce qui reste de l’électorat socialiste au « social » libéralisme tout en coupant l’herbe sous le pied à la droite. Après Valls, Macron sera l’artisan de la réforme libéral. Pour ce jeune technocrate qui a fait fortune à la banque Rothchild, « la jeunesse française doit avoir envie de devenir milliardaire », « le travail du dimanche c’est plus de liberté » et « le libéralisme est une valeur de gauche ». Hollande a inauguré « le socialisme de l’offre » reprenant à son compte la baisse du « coût » du travail et la « compétitivité » des entreprises, l’autre nom du dumping social intra-européen. Macron a pour mission de prendre le salariat en otage en dérégulant le marché du travail. Après l’ANI, la loi Rebsamen sur le « dialogue » social, c’est maintenant la refonte du code du travail. Car c’est le travail qui crée la richesse et il faut s’attaquer à ses droits pour étouffer dans l’œuf toute velléité de contestation. Les grévistes d’Air France seront interpellés chez eux au petit matin comme des criminels. Et puis, il faut faire baisser les chiffres du chômage avant les élections de 2017 en s’inspirant des expériences allemandes et anglo-saxonnes. Multiplication des CDD, emplois subits, contrats courts subventionnés, flicage des chômeurs… la précarité présente cet avantage de sortir les chômeurs des statistiques de Pôle Emploi, tout en maintenant la pression sur les salaires. Ajouter à cela une dose de radiation et vous aurez une inversion de la courbe du chômage.

Tel est le bilan triste à pleurer de celui qui s’était donné pour adversaire la finance.

Pour l’instant, nous constatons surtout une explosion de la précarité avec 1,64 million de personnes en situation de sous-emploi en 2014. Le Secours catholique a rendu public son rapport annuel. Un document qui montre, une fois de plus, l’accentuation de la très grande pauvreté en France. De son côté, le chômage tue 14 000 Français par an et s’est alourdi d’un million de chômeurs depuis l’élection de François Hollande, soit plus de 6 millions de chômeurs au total dont un tiers ne perçoit aucune indemnité. En face, on trouve à peine 470 000 offres d’emploi disponibles, dont environ 150 000 sont collectées via Pôle emploi, les autres via des « partenaires » privés, sans aucune garantie sur leur validité.

Tel est le bilan triste à pleurer de celui qui s’était donné pour adversaire la finance. Certes, son parcours politique relève plus du concours de circonstances que d’un tempérament à forcer le destin. Jospin démissionnant, il se retrouve soudainement sur le devant de la scène. Strauss Kahn emprisonné, il devient présidentiable par défaut et ce qui n’aurait jamais dû arriver arriva : Hollande aux commandes de la France prend sa revanche. Lui le libéral qui a toujours dû composer avec son entourage socialiste, il peut maintenant prendre en otage toute la gauche en faisant monter le Front national et soumettre les salariés à la loi du marché.

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