Frédéric lutaud
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Billet de blog 10 déc. 2015

La politique du désastre

On nous explique aujourd'hui qu'il faut renoncer à nos libertés pour combattre les ennemis de nos libertés. Quel plus beau cadeau à faire à l’extrême droite que ce virage sécuritaire où la France déclare officiellement déroger aux droits de l’homme ? On ne pouvait imaginer pire scénario pour légitimer le discours du FN. Comment mener politique plus inconséquente ?

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Voilà, nous y sommes. Le Front national est en mesure de diriger plusieurs régions de France. La peste brune est à nos portes. Je ne parle pas des milliers de Français qui ont voté FN par protestation mais de ceux qui demain vont siéger en nombre dans les Conseils régionaux. Quoi qu’il advienne au deuxième tour, c’est un jour sombre pour la gauche et tous ceux qui croient en le progrès social. C’est la défaite de la pensée et la responsabilité en revient principalement au Parti socialiste. Ce Parti socialiste dont je fus membre du Bureau national pendant trois ans et où, avec mes camarades, nous n’avons cessé d’alerter la direction sur la politique irresponsable du gouvernement, de combattre la dérive libérale ahurissante incarnée par Valls et Macron. Mais rien à faire ! Ce que tout le monde pouvait prévoir après trois débâcles électorales, les patrons de Solférino ont préféré l’ignorer. Il fallait les entendre : « les Français ne comprennent pas la politique du gouvernement, il faut leur expliquer, c’est un problème de communication, pas un problème d’orientation politique ». Ils ont ainsi précipité le mouvement par lâcheté, par complaisance servile vis-à-vis du pouvoir, par aveuglement suicidaire avec prime à l’incompétence, mais surtout par démission devant tout ce qui représente un idéal de gauche. Avec, bien sûr, ce mépris condescendant que peuvent témoigner ceux qui sont en fonction tandis que vous n’êtes que dans l’opposition. Vous ne faites pas partie du sérail, vous ne participez pas aux basses manœuvres électorales. C’est précisément cette politique que nous avons refusée, car c’est la politique du désastre. Les attentats du 13 Novembre ne furent qu'un encouragement supplémentaire à mobiliser l'électorat frontiste.

Les électeurs n’ont pas oublié : allongement des cotisations retraite, baisse du coût du travail, exonérations fiscales des entreprises sans contrepartie, austérité budgétaire, 49.3 au mépris de toute démocratie pour imposer les lois Macron, travail du dimanche, réforme territoriale bâclée, fiscalité inepte reportant l’effort contributif sur les classes moyennes, droit de vote des immigrés enterrés, non-assistance à la Grèce au plus fort de la crise contre notre adversaire la finance, criminalisation des luttes sociales, et maintenant… prolongation de l’état d’urgence. On nous explique aujourd'hui qu'il faut renoncer à nos libertés pour combattre les ennemis de nos libertés. Quel plus beau cadeau à faire à l’extrême droite que ce virage sécuritaire où la France déclare officiellement déroger aux droits de l’homme ? On ne pouvait imaginer pire scénario pour légitimer le discours du FN. Comment mener politique plus inconséquente ? Ou comment renier tout ce qui a constitué la valeur d’un engagement de gauche. Seuls trois députés socialistes, dont il faut saluer le courage, ont voté contre la prolongation de l’état d’urgence, les autres se sont lamentablement fourvoyés dans ce suivisme méprisable qui dégoutte les Français de la politique. Et puis, il y a eut les déclarations criminelles de Manuel Valls pour la fermeture des frontières de l’Europe condamnant des milliers de réfugiés en proie aux exactions de Daesh et de Bachar al-Assad, tandis que l’intensification des bombardements fait de nouvelles victimes dans la population civile. Ces frappes sont un véritable sergent recruteur pour Daesh, mais peu importe pourvu que l’on alimente la fièvre obsidionale de l’opinion. Que l'on ne s'étonne pas dès lors des scores du FN et de l'abstention.

C’est ainsi que la gauche que j’ai côtoyée au plus près s’est rendue si impopulaire, a tant desespéré son électorat qu’elle a fait du Front national un vote refuge. Elle a favorisé l’extrême droite d'abord en se discréditant et par là même en jettant la suspicion sur l’ensemble de la gauche qui reste pourtant « le premier parti de France ». Stéphane Lefoll, ministre de l’agriculture et proche de François Hollande, l’a rappelé à juste titre, comme pour conjurer la catastrophe à venir : « le total de la gauche, qu’on disait en difficulté, doit dépasser les 36 % et en fait le premier parti de France », avant de lancer « un appel au rassemblement de la gauche ». Mais en fait-il encore partie ?

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