L'aveuglement de la gauche aux Présidentielles

La lettre ouverte de Jean Philippe Prost à Gérard Filoche a le mérite de poser les questions, même si je ne partage pas les conclusions. Ce qui est effarant ce sont les commentaires qui participent tous du principe d'aveuglement qui divise la gauche et la conduit au désastre.

Comment ne pas voir le danger qui nous guette ?

Le 23 avril au soir quand nous verrons s’afficher le visage du candidat LR et du FN pour le second tour des Présidentielles, avec des chances non négligeables que Marine le Pen puisse accéder au pouvoir (personne n’attendait Trump), qui sera responsable ?

Ceux qui bombent le torse en faisant des procès en intégrité derrière la candidature auto-déclarée de Mélenchon ou ceux qui appellent à une candidature unique de toute la gauche comme Gérard Filoche ?

Car il est clair que s’il y a deux candidats à gauche, il n’y en aura aucun au second tour. Depuis que Marine Le Pen s’est invitée dans le jeu électoral, il ne suffit plus de passer devant le PS mais de rassembler toute la gauche. Et pour cela il faut une primaire. Même la droite l’a compris, qui ne présentera qu’un seul candidat sous peine d’être balayée par le FN.

Bref, il n’y a que Mélenchon qui n’a toujours pas compris qu’il faut affronter son propre camp à l’occasion d’une primaire mais pas aux élections présidentielles. Ou plutôt, il s’en fout, car il veut passer devant le PS, et construire sur la défaite. Cinq ans de droite utra libérale ou d’extrême droite avec toute la casse sociale et écologique que cela implique n’ont pas l’air de le déranger plus que ça. Notre tribun du peuple, en partant tout seul dans son couloir, se condamne à une candidature de témoignage et condamne toute la gauche par la même occasion.

Seule une primaire peut éliminer la candidature de Hollande et de Valls des présidentielles, seule une primaire peu rassembler l’électorat de gauche derrière une candidature unique de toute la gauche et peut-être l’emporter aux Présidentielles. Mélenchon ne sera jamais au second tour sans une primaire.

Etre obligé de faire la campagne de Hollande si celui-ci gagne ? Argument éculé mainte fois répété pour ne pas affronter le verdict populaire. Que Mélenchon commence par remporter des primaires s’il veut prétendre remporter les Présidentielles. Les primaires n’ont jamais été un obstacle, bien au contraire. Aux États-Unis cela a permis à Bernie Sanders d’émerger, sans quoi il n’aurait même pas existé politiquement. Et s’il a perdu de justesse, c’est parce que les primaires démocrates était tenues par l’appareil. Mais une primaire de toute la gauche sera organisée par toute la gauche : PS, PC, Vert, PG, Nouvelle Donne… Une primaire française serait au contraire un réquisitoire pour sortir Hollande et sa clique de l'échiquier politique et choisir un candidat avec un programme de gauche. C’est pourquoi la direction du PS se frotte les mains que la primaire se cantonne à la BAP, autrement dit à une primaire interne au PS.

Tous les « insoumis » tombent dans le panneau, alimenté par les médias et les sondages qui gonflent le score de Mélenchon. On sait ce qu’il en est au final. En 2012, on lui donnait 18% avec le Front de gauche rassemblé, au final ce fut 11%. La candidature de Mélenchon, en refusant tout pocessus de désignation collective, condamne la gauche à faire de la figuration. Au lieu de taper sur Filoche qui nous rappelle combien le piège de la Ve République est en train de se refermer sur nous, au lieu de calomnier un candidat qui fut en première ligne pour se battre contre la loi El Khomri, nous ferions mieux de le soutenir dans sa campagne unitaire, et tirer la sonnette d’alarme pour que la gauche se rassemble au plus vite sur une plateforme de gauche comme le propose l’appel des 100. Et il n’y a qu’un moyen, une primaire de toute la gauche.

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