Nous y sommes ! La gauche au pied du mur

Nous le savions depuis que la gauche avait persisté dans la division à la présidentielle : « S’il y a deux candidats de gauche importants, c’est foutu. […] Tous les beaux programmes, tous les projets de gauche seront rangés dans les placards, tiroirs du bas, dès 20 heures le 23 avril 2017. Il restera peu de députés socialistes, et zéro député PCF, zéro député Vert, zéro député PG… »

Nous le savions depuis que la gauche avait persisté dans la division à la présidentielle : « S’il y a deux candidats de gauche importants, c’est foutu. […] Tous les beaux programmes, tous les projets de gauche seront rangés dans les placards, tiroirs du bas, dès 20 heures le 23 avril 2017. Il restera peu de députés socialistes, et zéro député PCF, zéro député Vert, zéro député PG… » Voici ce qu’écrivait Gérard Filoche, il y a 9 mois. Force est de constater le caractère prémonitoire de cette déclaration. Si le nombre final de députés de gauche s'avère plus important que prévu, la situation politique n’en est pas moins désastreuse.

La gauche est un champ de ruine. La compétition fratricide que se sont menés Hamon et Mélenchon a démobilisé l’électorat de gauche qui s’est abstenu comme jamais aux législatives (57 %). Incapables de s’entendre, ils ont permis à Macron d’accéder au pouvoir et d’obtenir la majorité absolue. Ce que nous devions à tout prix éviter est arrivé.

Salariés, retraités et chômeurs s'apprêtent maintenant à subir la plus grande entreprise de démolition de notre modèle social. La nature réelle du pouvoir en place n'a jamais été centriste et encore moins ni de gauche ni de droite, comme annoncée par Macron, mais bien au service de l'oligarchie libérale qui entend en finir une fois pour toutes avec l’héritage du Conseil National de la Résistance. La finance a pu imposer son candidat à la droite conservatrice. Macron sera dorénavant l'instrument « jupitérien » de la guerre de classe déclarée au salariat. Le Royaume Uni a eu Thatcher et Blair, l’Allemagne Schröder, les USA Reagan et Bush, en France la finance attentait son héros, fabriqué de toutes pièces par les médias dominants aux mains d’une poignée de milliardaires.

Ce qui distingue la gouvernance Macron, c’est la violence des coups qu’il s'apprête à porter.

La mission de Macron consiste à détruire méthodiquement le droit du travail, casser la Sécurité sociale et atomiser définitivement l'éducation nationale. Rien de très neuf dans les objectifs que se fixe la droite depuis des années, mais ce qui distingue la gouvernance Macron, c’est la violence des coups qu’il s'apprête à porter. Et la Ve République et ses ordonnances lui laissent toutes latitudes pour y parvenir.

Avec l’inversion de la hiérarchie des normes, il parachève ce qu’il avait entrepris avec la loi El Khomri. Les luttes sociales et syndicales qui ont écrit le droit du travail sont renvoyées dans les poubelles de l’histoire. Dorénavant, la solidarité ouvrière généralisant les conquêtes sociales, grâce aux accords de branches, disparaît pour des négociations de gré à gré entre salariés et patrons. Les entreprises vont ainsi se livrer entre elles à un dumping social mortifère pour les salariés. C’est toute la violence libérale, frappant aujourd’hui les pays anglo-saxons, qui s'apprête à faire irruption dans l'hexagone.

Les attaques portées contre la Sécurité sociale ne sont pas moins virulentes. L’enjeu est de taille : la réforme prévoit de remplacer les cotisations salariales maladie et chômage par une augmentation de la CSG, soit un gain de 250€ par an pour une personne au Smic, et 500€ pour un couple. Quel est ce tour de passe-passe qui permettrait d'augmenter le pouvoir d'achat sans augmenter les salaires ? En fiscalisant les recettes de la sécurité Sociale, Macron opère deux changements majeurs. D’abord, il fait porter le financement sur tous les revenus à partir de 1200€ par mois, ceux du patrimoine inclus, avec une taxe qui demeure socialement injuste, puisqu’elle n’est pas progressive contrairement à l’impôt sur le revenu. Ensuite, financer la protection sociale en fiscalisant salaires, dividendes et autres plus-values spéculatives, c’est détruire les fondements même de la Sécurité sociale. Alors que la cotisation permet de prélever directement sur la valeur ajoutée, avant même les profits, sans passer par les revenus du capital, dont on connaît les capacités d’optimisation fiscale, la fiscalité se contente de prélever après la répartition entre le capital (profit) et le travail (salaire direct). Remplacer la cotisation par de la fiscalité, notamment dans une visée redistributive, est une régression, car c’est un système qui légitime le régime capitaliste sous prétexte d’en corriger les « imperfections ». Avec en arrière fond, le projet inavoué de nationaliser l'UNEDIC, puisqu'elle serait financée par une taxe, voté au nom de la nation. Ce serait donc la fin de la gestion par les partenaires sociaux, autrement dit, achever ce qu’il reste de démocratie sociale dans la Sécurité sociale.

La retraite à points, si problématique, est aussi dans les cartons. Macron s'apprête à conditionner le taux de remplacement à « l’achat » de points. Une façon plus ou moins déguisée de tourner le dos à la retraite par répartition, alors que celle-ci nécessiterait une augmentation du taux de cotisation, toujours gelé au profit de la CSG. On entretient ici l’idée très libérale que l'accumulation de points restituerait une partie du salaire, pour mieux rompre avec le principe du régime général qui veut que les retraites soient financées par la valeur ajoutée créée par les salariés. Le salarié est maintenu dans une individuation de sa retraite comme si son employabilité, dont dépend le montant de sa pension, relevait uniquement de son bon vouloir. Autant d’encouragements à recourir à des retraites complémentaires pour ceux qui peuvent se le permettre.

Il faut s’attendre à un combat sans merci dans les mois à venir pour la survie de nos conquis sociaux.

Quant à l'éducation nationale, l’autonomie des établissements va être renforcée. Il s’agit de pousser toujours un peu plus loin la logique libérale qui consiste à ce que les établissements scolaires se comportent comme des entreprises, se livrant une concurrence délétère qui ne peut que servir les intérêts des établissements privés.

Le salariat va-t-il accepter de telles régressions sociales ? Il faut s’attendre à un combat sans merci dans les mois à venir pour la survie de nos conquis sociaux. Marcon s’y prépare. Déjà, de grands médias ont publié une tribune s’inquiétant des procès et autres procédures d’intimidations à leur égard. Le gouvernement prévoit aussi d’introduire l'état d'urgence dans le droit commun. En 18 mois, 155 manifestations ont été interdites sous la mandature Hollande, détournant de son objectif l’état d’urgence pour réprimer les mouvements sociaux et écologiques. Sans nul doute, Macron, qui a été à bonne école, n’hésitera pas à limiter de nouveau les droits constitutionnels du citoyen français pour parvenir à ses fins.

Face à une droite prête à tout, imbue d’elle-même, la gauche en lambeaux doit se ressaisir au plus vite. Partout les débats doivent avoir lieu afin de fédérer les initiatives permettant de reconstituer les forces de combat, sans quoi nous serons laminés. Pire encore, ce serait pousser aujourd’hui les éléments les plus désespérés dans les bras du Front national. Les forces politiques et syndicales n’ont d’autre choix que l'urgence de l’unité. Plus que jamais la gauche est au pied du mur.

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