Pourquoi nous n’avons pas voté la Charte des États Généraux du PS

Nous déplorons que deux mois de contribution aux États Généraux, avec toute la richesse militante que cela représente pour notre parti, s’achèvent dans la précipitation : 48h pour déposer des amendements à une charte rédigée par un comité de rédaction restreint à la direction. Et nous devons voter dans la foulée au Bureau national sur un texte dont nous prenons connaissance à l’instant des modifications.

Nous déplorons que deux mois de contribution aux États Généraux, avec toute la richesse militante que cela représente pour notre parti, s’achèvent dans la précipitation : 48h pour déposer des amendements à une charte rédigée par un comité de rédaction restreint à la direction. Et nous devons voter dans la foulée au Bureau national sur un texte dont nous prenons connaissance à l’instant des modifications.

Sur la méthode, c’est franchement regrettable que nous ne nous donnions pas les moyens de la réflexion et du recul sur un document qui engage notre identité socialiste.

Nous découvrons un texte remanié sur de nombreux points depuis sa version précédente fournie la veille. Nous relevons des améliorations notables.

D’abord en ce qui concerne le titre où la notion de « nouveau progressisme » dans laquelle nous ne nous retrouvons pas a disparu. Y aurait-il un progressisme archaïque à opposer au « nouveau progressisme » ? Nous sommes socialistes donc progressistes. Nous l’avons toujours été. Nous n’avons pas besoin de nous justifier. Cela relève pour ainsi dire du pléonasme.

Mais surtout, si nous revendiquions sans conteste notre attachement au progrès, il ne faudrait pas que cela encourage la tentation cultivée par certains de substituer le mot progressisme à celui de socialisme. Le « progressisme » fait référence dans les esprits au blairisme et aux tentatives de recentrage que l’on a pu voir aux État-Unis.

Pour nous, le socialisme reste une idée neuve, une idée d’avenir. C’est elle que nous voulons défendre.

Nous avons vu que la transition écologique — l’idée d’écosocialisme — traverse l’ensemble du texte et nous en félicitons Guillaume Bachelay qui est à l’initiative de sa rédaction.

Toute fois, malgré la prise en compte de certains amendements nous nous abstiendrons sur ce texte, pour trois raisons principales :

1° L’idéologie de la croissance productive reste le moteur de l’économie, nuancé bien sûr par l’idée d’une croissance verte, durable, responsable. Mais nous sommes là face la contradiction principale de ce texte. Nous savons qu’un taux de croissance élevé n’est pas soutenable de part son caractère exponentiel. Le taux de croissance ne fait que décliner depuis les années 1960. De plus une croissance verte, laisserait entendre que nous pouvons produire toujours plus tout en soulageant la pression sur les ressources naturelles. La stratégie du découplage comme on l’appelle. Et nous savons que celle-ci n’est pas possible. Aucune avancée technologique majeure ne permet de conclure à un tel résultat. Finalement, avec ce texte nous ne sortons pas d’une vision productiviste. Le parti socialiste de rentre pas de plein pied dans le XXIe siècle.

2° Rien sur la nécessité d'un nouveau partage du travail et sur les modalités concrètes pour lutter contre la souffrance au travail. La préoccupation de nos concitoyens face à une société qui par son développement produit toujours plus avec toujours moins de travail humain avec une intensité accrue, n’est pas prise en compte. 3 millions d’emplois sont susceptibles d’être détruits par la numérisation d’ici 2025. L’érosion du volume d’heures travaillées depuis 60 ans dans tous nos pays développées pose un vrai problème sur lequel notre parti démissionne. C’est la solution au chômage de masse qui est enjeu et aucune réponse n’est apportée.

3° Rien sur la question monétaire. Les États restent captifs des marchés financiers et leur paient des intérêts qui alimentent leur dette, alors qu’ils pourraient se financer directement à la BCE. Une aberration qui n’est pas dénoncée dans ce texte. Pourtant la responsabilité de la crise financière est centrale dans la crise sociale que nous traversons. Je ne parle même pas de la récupération des intérêts de la création monétaire par les banques qui est totalement illégitime au regard du bien public que constitue la monnaie.

Pour toutes ces raisons, à la motion 4, nous nous abstennons de voter ce texte.

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