Inquiétudes autour des chiffres du chômage

24 000 chômeurs de moins dans la catégorie A et quatre mois de recul consécutifs. Il s'agirait de la baisse mensuelle la plus importante depuis novembre 2007. Voilà enfin une nouvelle qui devrait nous réjouir. Pourtant, la nouvelle s’accompagne rapidement d’un fort sentiment d’inquiétude. Qu’en est-il exactement de ces résultats et comment les interpréter ?

24 000 chômeurs de moins dans la catégorie A et quatre mois de recul consécutifs. Il s’agirait de la baisse mensuelle la plus importante depuis novembre 2007. Voilà enfin une nouvelle qui devrait nous réjouir. Pourtant, la nouvelle s’accompagne rapidement d’un fort sentiment d’inquiétude. Qu’en est-il exactement de ces résultats et comment les interpréter ?

Les 40 milliards du pacte de « compétitivité », qui n’en finissent pas d’alimenter les dividendes, auraient-ils enfin créé les emplois préférables à la rémunération des actionnaires ? Le MEDEF se serait-il soudainement mis à embaucher, considérant que le « coût » du travail valait bien le coût du capital ? La direction d’Air France aurait-elle décidé d’ouvrir de nouveaux postes plutôt que de licencier ? Finalement, les incantations libérales « croissance, compétitivité, emplois » auraient été entendues, un peu comme le shaman obtient le retour de la pluie après le beau temps ?

La recette du gouvernement pour « inverser » la courbe du chômage a un nom : LA PRÉCARITÉ.

La réalité est beaucoup plus triviale : la baisse du chômage s’explique d’abord par un fort recul du nombre d’inscrits de moins de 25 ans. -2,6 % sur un mois, avec un chômage des jeunes autour de 520 000 personnes, soit 14 000 demandeurs d’emploi de moins que fin août. Ensuite, nous constatons un effet de vases communicants entre les chômeurs inscrits à pôle emploi qui n’ont pas travaillé du tout (- 24 000 par rapport au mois précédent) et ceux qui ont travaillé quelques heures (+ 26 000). Rappelons que 86 % des embauches sont aujourd’hui en CDD dont la durée chute et la proportion augmente à chaque trimestre ou presque. L’emploi intérimaire a, quant à lui, progressé de 6,1 % en septembre.

La recette du gouvernement pour « inverser » la courbe du chômage a un nom : LA PRÉCARITÉ. Rien d’étonnant, alors, à ce que les jeunes soient en première ligne pour faire tomber les statistiques du chômage car ils sont aussi les premières victimes de la précarité avec plus 50 % de CDD. Une tendance à la précarité confirmée par l’inflation des catégories C (activités réduites longues) et E (stages, contrats aidés qui ne trouvent la plupart du temps pas de débouché). Se dessine ainsi la stratégie reprise par la France et appliquée par l’Allemagne depuis des années pour dégonfler les chiffres officiels du chômage de masse. Multiplier les emplois subits, faire la chasse aux chômeurs, radiations de Pôle Emploi (+25 % entre août et septembre 2015), s’attaquer au Code du travail et organiser la « flexibilité » du marché de l’emploi, tel est le programme de François Hollande pour se présenter devant les français auréolé d’un bilan « positif » sur les chiffres du chômage comme l’était en son temps Sarkozy sur la sécurité. Pourtant, nous connaissons les conséquences de cette politique en Allemagne : un taux de pauvreté supérieur à celui de la France et des inégalités accrues.

Le chômage, une véritable tragédie sociale.

C’est donc avec inquiétude que nous accueillons les statistiques sur la baisse du chômage. Car la « bonne » nouvelle (-0,7 % en catégorie A) a vocation à se transformer en un argument de propagande pour justifier les orientations économiques du gouvernement. On entend déjà Valls et Macron répétant à loisir : « les mesures prises hier donnent des résultats aujourd’hui qu’il faut améliorer demain en poursuivant les réformes ». Espérons que personne ne sera dupe, car le chômage global (catégories A, B, C, D, E) ne cesse d’augmenter (soit plus de 6 millions de chômeurs) et tue 14 000 français par an. Aussi, quand Pôle Emploi enregistre une baisse de 5000 inscrits, c’est 50 000 personnes qui arrivent en fin de droits. Autrement dit, une véritable tragédie sociale.

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