Le futur dépassé

La navette américaine Atlantis devrait revenir sur Terre le 20 juillet, et ce, de manière définitive. Ses roues ne quitteront plus le sol, et sa dernière destination ressemblera vraisemblablement à un musée. Coincée entre le squelette préhistorique d'un grand papa velu et le processeur high tech d'un Iphone 5, Atlantis attendra les touristes dans un coin de la salle en regardant les visiteurs s'affairer en petits groupes guidés par des scientifiques grisonnants. Elle en aura plein les ailes et plein les hublots de ces gens venus admirer un coin de futur dépassé. Car Atlantis est devenue... vieille!

La navette américaine Atlantis devrait revenir sur Terre le 20 juillet, et ce, de manière définitive. Ses roues ne quitteront plus le sol, et sa dernière destination ressemblera vraisemblablement à un musée. Coincée entre le squelette préhistorique d'un grand papa velu et le processeur high tech d'un Iphone 5, Atlantis attendra les touristes dans un coin de la salle en regardant les visiteurs s'affairer en petits groupes guidés par des scientifiques grisonnants. Elle en aura plein les ailes et plein les hublots de ces gens venus admirer un coin de futur dépassé. Car Atlantis est devenue... vieille!

 

A l'instar de ces dessins animés qui lorsque j'étais môme anticipaient l'An 2000 en promettant un mode de vie extraordinaire et cosmique. A cette date on aurait dû acheter son pain sur la lune et l'Equipe sur mars.

Mais en 2011, toujours pas de croissant de lune au petit déj.

Pour Atlantis, tout concorde. On s'est bien foutu de sa gueule. On lui avait fait tant de promesses merveilleuses... Lancée en 1972, elle devait assurer des liaisons régulières avec l'espace. Elle devait être le premier pont reliant l'Humanité à son rêve complètement fou de conquête de l'univers. Elle deviendrait pour l'Homme, l'outil essentiel de son émancipation. Le fleuron technologique de l'Amérique et de façon plus générale, du genre humain.

Ben tiens ! Ça lui apprendra à tirer des plans sur la comète ! Mais quand même, de là à imaginer que dans le futur réel, pas le sien, l'Amérique s'enverrait en l'air avec un... Soyouz !!! Et oui, aussi incroyable que cela puisse paraître, le vaisseau russe Soyouz devrait prendre la relève d'Atlantis pour ravitailler la Station Spatiale Internationale (ISS).

Dans son petit coin de musée elle aura tout le temps de méditer sur la victoire silencieuse des soviétiques.

Pour l'instant, Atlantis regarde une dernière fois l'espace. L'immensité, à l'écart du sol et de ses musées. Loin de tout, elle est là, à presque 400 km de nous, en orbite et adossée à l'ISS. Elle est encore libre, alors que sournoisement des hommes ont déjà poussé grand papa pour faire un peu de place.

Bon, j'entends déjà ma femme me dire « on ne va quand même pas en faire tout un plat. Ce n'est qu'une machine après tout ! Et même si les seuls astres qui lui resteront seront ceux de la bannière étoilée tatouée sur son aile, combien aurait-on pu soigner de gens avec tout l'argent qu'on lui a consacré ? Hein ? Plusieurs millions de dollars à chaque lancement ! Tu dis plus rien, là ! »

Alors, accusant le coup, je me lèverai silencieusement, et je sortirai dans le jardin avec mon futur désuet dans la poche. J'irai prendre une lampe torche dans l'atelier et puis une échelle. J'adosserai cette dernière au tronc de mon cerisier, puisque c'est l'arbre qui côtoie le plus le ciel par chez moi.

Une fois dans la cime, je repérerai l'ISS et j'enverrai des signaux avec ma lampe.

Je préviendrai Atlantis de ce qui l'attend ici. Et quitte à avoir des ennuis avec les Ricains, je lui dirai de rester là-haut.

Une navette est faite pour voyager.

Alors elle remettra les gaz et la Terre observera incrédule un morceau de futur prendre le large, laissant ses créateurs bien seuls au milieu des étoiles et des musées.

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