Le monde est magnifique

Des enseignants qui s’immolent, ou bien qui attaquent des préfectures au sabre… des débats politiques interminables où l’on dit la même chose. Des nouvelles en provenance d’Israël qui n’en sont pas. Une allégeance quasi religieuse à un fabriquant d’ordinateur.C’est n’importe quoi.

Des enseignants qui s’immolent, ou bien qui attaquent des préfectures au sabre… des débats politiques interminables où l’on dit la même chose. Des nouvelles en provenance d’Israël qui n’en sont pas. Une allégeance quasi religieuse à un fabriquant d’ordinateur.

C’est n’importe quoi.

Les yeux des gens s’embrument. Et ils ne savent plus dans quelle direction porter leurs regards.

Les professeurs, du haut de leurs savoirs devraient être en mesure de faire la part des choses. Il existe un autre monde que celui que l’on nous vend. La culture est une arme bien supérieure au sabre. Les poètes et les grands maîtres hurlent plus que jamais leur vision d’un monde réel, où les saisons s’écoulent sans que personne n’y prenne garde. Aujourd’hui, l’instantanéité de l’information atteint nos comportements. Nos cerveaux, assaillis par la vitesse, saturent de mauvaise musique et de voix inutiles. Dans un ultime réflexe d’autodéfense, éteignons les haut-parleurs. Prenons place dans ce fauteuil qui nous attend depuis trop longtemps, et écoutons les grands hommes, ceux dont le message est si essentiel que leurs voix s’affranchissent du temps et de la mort.

Il faut lire les livres, et arrêter un peu avec les tablettes et autres artifices modernes qui donnent de l’importance au flacon, méprisant l’ivresse de vivre naturellement. Si l’on réussit à s’enivrer du vol de l’albatros, pourquoi mourir alors qu’il existe encore tant de poèmes à vivre ? Le monde est magnifique, malgré ce qu’on nous fait croire ! Et vous savez quoi ? On vit dedans!

Laissons les beaux parleurs de côté. Tout ce qu’ils disent est sans valeur… tout ce qu’ils disent… ils le disent, c’est tout ! Ne perdons pas de temps à ces discours égocentriques qui cachent mal le mépris que ces gens ont du peuple. Tendons un peu plus l’oreille. Il existe des sons incroyables partout autour de nous. Ecoutons nos enfants. Ils apostrophent des amis imaginaires au lieu de nous parler ! Demandons-nous pour quelle raison futile leurs borborygmes sucrés ne finissent pas en desserts dans nos assiettes à l’heure du journal télévisé. Ils ont pourtant beaucoup de choses à dire, les gosses. Ils vendent des mots précieux contre un peu d’attention. Pas d’enfant ? Ce n’est pas grave. Il y a toujours les oiseaux qui piaillent, affairés par l’arrivée de l’automne. Parfois, on entend aussi la musique douce et paisible du chat qui ronronne dans le salon, impatient de se vautrer sur le fauteuil devant un bon feu de cheminée.

Le monde est beau. Que voulez-vous, c’est comme ça!

Il ne se résume pas à des guerres interminables. Il y a aussi des pays en paix ! Le bien et le mal sont présents un peu partout. Il ne faut pas voir que le mal. Le bien illumine ici le sourire d’un vieux musicien qui n’avait plus touché de violon depuis des années. Là-bas, dans cet autre décor, des dizaines de villageois construisent une maison pour de jeunes mariés.

Il faut réévaluer ce qui a de l’importance dans nos existences.

L’actualité est chargée en drames, comme souvent. Celui qui me touche le plus, c’est cette enseignante qui s’est immolée par le feu. Je me souviens d’avoir connu un moment de solitude quand j’ai publié mon article L’idée qui brûle. J’y regardais d’un œil plutôt circonspect l’immolation du jeune vendeur d’oranges que la presse s’était empressée de canoniser. Certains parlaient d’un acte héroïque, tentant de me renvoyer dans les cordes en brandissant bien haut l’argument du désespoir, dans un grand élan romantique … Alors que pensent-ils de notre enseignante ? Vont-ils en faire une nouvelle Jeanne d’Arc ? Tiendraient-ils le même discours si leurs enfants avaient assisté à la scène ?

Je ne nie pas l’existence d’un certain désespoir. Mais cette brume froide et aveuglante doit être impérativement évacuée avant qu’elle ne se mue en un brouillard toxique susceptible de s’embraser à tout moment.

Pour ceux qui se sentent investis d’une mission, qu’ils fassent ce qu’ils ont à faire. Mais pour ceux qui hésitent un peu avant de craquer l’allumette, je leur conseille de regarder par la fenêtre, ou bien, quitte à me répéter, d’ouvrir des livres.

Relisez Le paradis perdu de Milton, et souvenez-vous que le plus beau poème écrit en langue anglaise fut dicté par un aveugle.

Voyez comme les premiers feux de bois enfument les cheminées de nos villages.

Eteignez vos autoradios, et observez les bosquets dans le brouillard. On dirait que le monde nous offre un archipel entier émergeant d’un océan de lait !

Sentez l’odeur du froid qui s’annonce aux fenêtres d’une chambre, dans laquelle Baudelaire contemple toujours les splendeurs de sa maîtresse endormie.

Admirez le ciel que l’automne incendie, vous offrant un bouquet flamboyant que seule la nuit concurrence, lorsqu’elle fait grimper sur la voûte céleste sa clématite d’étoiles ; c’est ça la perfection.

Ce n’est pas n’importe quoi. C’est presque de la magie.

Il suffit de regarder ; les amis, le monde est magnifique !

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