Quoi de neuf, monsieur Chat?

 Tout ce que je peux vous dire, c’est que ce matin, à une heure prématurée, alors que je descendais les escaliers d’un pas encore lourd de sommeil, je le vis.Le cadre de la fenêtre enceignait l’enchevêtrement de silhouettes familières qui, dessinées sur un papier de verre à double vitrage, se trouvaient suspendues sur le papier peint du couloir comme dans un musée. C’était la première fois que je me réveillais dans une galerie. Qui plus est, une expo à domicile. C’est étonnant, je vous l’assure.

 

Tout ce que je peux vous dire, c’est que ce matin, à une heure prématurée, alors que je descendais les escaliers d’un pas encore lourd de sommeil, je le vis.

Le cadre de la fenêtre enceignait l’enchevêtrement de silhouettes familières qui, dessinées sur un papier de verre à double vitrage, se trouvaient suspendues sur le papier peint du couloir comme dans un musée. C’était la première fois que je me réveillais dans une galerie. Qui plus est, une expo à domicile. C’est étonnant, je vous l’assure.

Mais revenons au tableau de maître. L’auteur, Pierrot la Lune pour les initiés, est un artiste engagé. Tout son travail suit une voie bien lactée. Il se reconnaît aux jeux d’ombres et de lumières qui irradient des paysages spécifiques au spectateur. Des tuiles roses devant lesquelles je passe sans y prêter attention, il les érotise en les fardant de dentelles noires. Il mêle nos décors et comble l’envie que j’avais de toits. Cheminées bien dressées vers le ciel, l’astre tâche sa toile de fumée sans couleur, nous réchauffant le corps de feux crépitant aux âtres de poêles fantômes.

Devant cette nuit flamboyante d’étoiles, j’espionnais une forme courbe qui se détachait sur les lignes sombres et régulières d’une cime de maison.

Mon chat ! C’était mon chat ! Les demi-cercles dont le dernier portait des oreilles, ne me firent pas douter un moment que tant d’embonpoint ne pût orner le bide d’un autre chat que le mien.

J’éteignis la lumière pour mieux le distinguer dans l’obscurité, jetant mes yeux par la fenêtre et retenant mon souffle pour ne pas embuer la vitre frontière. Mes moustaches collées au carreau, j’observais mon mistigri en habit de sphinx dans ce désert qui envahit nos villages quand il fait encore nuit.

Raminagrobis guettait-il de gros rats bien gras, ou attendait-il son pote Félix pour philosopher sur le faîtage ? Fichtre ! Il ne faisait qu’attendre l’automne.

Tout en lorgnant quand même le grand peuplier dans lequel des dizaines de piafs chantaient. Ces derniers, matinaux de nature, peu soucieux de taper la nuit déclinante de sifflements, préparaient leurs valises. Et oui, les oiseaux prennent leurs vacances en automne. Du moins, ceux de la zone tempérée.

Encore une fois, Angora, le petit chat de la maison, la méchante panthère du peuple des pinsons, regardait sa pitence savoureuse plier bagages.

Quelle classe ce chat ! Il demeurait là, sur le toit, stoïque, acceptant sans broncher la loi qu’imposaient les saisons.

Les oiseaux partis, je n’admirerai plus mon chat méditer sur les tuiles de la maison voisine.

J’ai bien l’impression que le musée ferme.

Demain, je me réveillerai dans un cirque, où les félins sautent par-dessus les fauteuils pour kidnapper quelques souris indigènes.

J’en ronronne d’avance.

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