L'idée qui brûle

L'éditorial du dernier Courrier International accorde cette semaine une grande place aux événements de Tunisie. Comme tous les médias d'ailleurs. Ils sont tous excités car ce n'est pas souvent qu'un journaliste peut se targuer de couvrir une révolution !

L'éditorial du dernier Courrier International accorde cette semaine une grande place aux événements de Tunisie. Comme tous les médias d'ailleurs. Ils sont tous excités car ce n'est pas souvent qu'un journaliste peut se targuer de couvrir une révolution !

Mais dans toute cette agitation, je me trouve confronté à la violence des mots. Certes, rien à voir avec la violence physique de nos amis tirés comme des lapins à chaque manifestation, mais de la violence quand même.

Je lisais donc cet éditorial écrit par Philippe Thureau-Dangin, intitulé La fête du 14 janvier ne sera pas oubliée. Le brave homme s'extasie devant cette nouvelle révolution, et surtout devant tous ces gens assassinés pour un rêve qui dure, la liberté.

C'est vrai que c'est beau, comme ça, écrit sur le papier, sans tâche de sang.

Je suis cependant resté un peu circonspect devant une phrase où l'auteur affirme ceci : « Il faut rendre hommage à Mohamed Bouazizi, 26 ans, qui s'est immolé par le feu le 17 décembre ».

Ben oui ! Bravo Mohamed, t'as bien réussi ton coup. J'aurais pourtant aimé que tu m'en dises plus sur ces idées! Tu sais, celles qui nous réchauffent... mais qui finissent parfois par nous brûler.

Non, franchement je suis persuadé que ce jeune homme avait de fort louables raisons mais enfin... Faut-il porter aux nues un homme qui s'ôte la vie pour un concept qui est comme le brouillard, par définition insaisissable ?

C'est décidé, je vais retirer ma fille de l'école s'ils continuent à lui apprendre à lire. Imaginez qu'elle tombe sur cet éditorial ! Je ne veux pas la voir sauter dans la cheminée un soir de dispute !

Je ne veux froisser personne, et il est très délicat d'ironiser sur un tel geste. Mais ce qui me perturbe, ce n'est finalement pas tant l'acte en lui-même que la façon dont il est subitement traité dans la presse. D'après ce que j'ai lu entre les lignes, on peut donc glorifier l'immolation, le sacrifice humain, si l'on partage les idées du flamboyant martyr ?

Attention, j'entends déjà les remarques du style « pas d'omelette sans casser des œufs ». Vous avez probablement raison. Tout comme Guevara qui disait : « une révolution sans arme ? Je n'y crois pas ! »

Dans tous les cas, je ne suis pas le mieux placé pour parler des opprimés, moi qui m'adosse régulièrement à mon cerisier pour faire la sieste.

Mais je me demande juste ce qu'écrira monsieur Thureau-Dangin quand un extrémiste du Tea Party s'immolera par le feu devant un parterre de démocrates aux Etats-Unis. Lui rendra-t-il aussi hommage pour tout le courage dont il a fait preuve en défendant ses idées jusqu'au bout? Ou bien le fustigera-t-il d'une plume méprisante parce que cet homme n'avait pas les mêmes convictions que lui ?

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