Peut-on à gauche critiquer la « PMA pour toutes » sans se faire écorcher vif ?

Je pense que oui, et je vais tenter de m'en expliquer. C'est nécessaire car Il y a dans l'air du temps comme une injonction « à gauche » à dire que ce combat ne saurait être en rien discuté. Injonction impérative qui m'agace comme toutes celles qui prétendraient m'interdire de penser par moi-même.

 

 

Oui, il y a me semble-t-il loin des ukases la possibilité d'une réflexion apaisée permettant d'avancer des arguments de raison propres à permettre la critique du projet de "la PMA pour tous" ( Déjà, pourquoi "la PMA pour toutes" et pas "la PMA pour toutes et tous ?)

Redisons d'emblée bien qu'il s'agisse d'un truisme que tous les combats féministes concernant les inégalités d'accès au travail, au pouvoir et à l'argent sont évidemment légitimes et à mener sans faiblesse. Disons encore que le désir d'élever un ou plusieurs enfants est non moins légitime, et que les femmes, seules ou à deux – ou que les homme dans la même situation - sont tout aussi aptes à le faire que des couples mixtes.

Mais, première réflexion, je me demande s'il est bien indispensable alors que nous sommes 7,5 milliards d'humains (1,5 milliards - 5 fois moins - en 1900) de fabriquer artificiellement des enfants ?

Il y a par ailleurs dans "PMA" - ça me paraît essentiel - le M de Médical : s'il est normal de traiter médicalement des couples ou des femmes que l'on considère légitimement comme stériles, il ne l'est pas de proposer des actes possiblement utiles mais pénibles, prolongés, douloureux et potentiellement dangereux à des personnes saines. Dans le domaine du sport, cela s'appelle du dopage et c'est pénalement et surtout à mon avis éthiquement répréhensible.

Je passe sur le coût non négligeable de ces interventions qui se fait au détriment des vrais malades. Et je n'insiste pas – cela a été dit et redit mais n'en reste pas moins pertinent - sur le fait que les hommes seuls ou en couple ne pouvant faire appel comme les femmes à cette technique pour eux-mêmes se trouveront de fait légalement discriminés, ce qui entrainera obligatoirement pour eux l'accès à la GPA.

Je n'insiste pas sur les problèmes de filiation, ils peuvent être douloureux ou sources de conflits : il y en a toujours eu et l'on se débrouillera encore avec (mais quitte à faire des bêtises, supprimons l'anonymat, j'imagine avec jubilation la tête du donneur de sperme qui risque de voir débouler 300 charmants bambins aux cris de « bonjour papa »! )

Les homosexuels des deux sexes se sont à juste titre battus pour faire reconnaître et accepter leur différence. Et cette différence comporte la douloureuse contrainte de ne pas procréer. Pourquoi vouloir la nier au mépris de la réalité ? Et n'y a-t-il pas d'autre moyen d'y remédier que par l'hubris et le désir de toute-puissance que nous donne la technique : « nous pouvons le faire, donc faisons-le »?

Je suis enfin étonné de ne pas entendre dans le débat le mot d'adoption. L'adoption est difficile, mais elle est possible. J'entendais Nathalie Loiseau dire ce matin que ces mères en devenir par le biais de la « PMA pour toutes » étaient des femmes « qui faisaient le don de soi » dans cette quête d'enfant. Je pense que l'expression est exagérée. Mais si ces femmes et ces hommes ont un réel désir d'élever un enfant, les orphelins ne manquent pas, ni les deshérités pour celles et ceux qui veulent donner d'eux-mêmes.

Frédéric PIC

Pau

 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.