Des fraises ou des pruneaux, ou de l'utilité de brasser du vent

Totalement désorganisé face à la crise du Covid 19, pris en flagrant délit d'impréparation, d'improvisation et de mensonges, le pouvoir n'a qu'une arme pour faire croire qu'il agit et pèse sur les événements, réprimer en infantilisant. Il y excelle, et donc, en abuse.

 

Soyez responsable, mais ne faites pas n'importe quoi. Nous savons compter sur vous, mais pas vraiment. Nous faisons confiance à votre esprit civique, mais sans plus. Tester tout le monde n'aurait aucun sens, mais nous allons tester à tour de bras. Le masque ne sert à rien, mais s'avère indispensable. Du reste nous en avons à ne plus savoir qu'en faire, enfin bientôt. Et des neufs, parce que nous venons d'en détruire des millions qui auraient pu servir car à peine périmés. Oui mais, périmé, c'est périmé, non ? En fait nous n'en avons pas, mais leur port est obligatoire sous peine d'amende. Nous allons vous en fournir, mais le mieux serait que vous les achetiez, ou que vous en fassiez, tout en sachant que dans ce cas ils sont minables et ne servent à rien. Quoique si, aux dernières nouvelles ils ne seraient pas si mal que ça. Bref ne comptez pas sur nous, mais si vous n'en avez pas, paf 135 euros.

Les plus âgés doivent rester chez eux, mais tout compte fait ils peuvent sortir. Les parents doivent envoyer leurs enfants à l'école, mais sont libres de ne pas les y conduire. Les maires doivent ouvrir les écoles, mais nous leur laissons l'initiative, à condition qu'ils respectent les 63 pages de consignes qu'ils doivent scrupuleusement respecter. Pas plus d'un enfant sur deux à l'école. Lesquels ? Euh ...bonne question, nous comptons sur l'esprit d'initiative etc... Par contre nous allons installer le système stop-covid pour pouvoir situer les contacts. Quoique non. Quoique si. Mais vu que ce système ne fonctionne que s'il est obligatoire, nous le décrèterons facultatif, car nous vous faisons confiance.

On voit par là que rien n'est simple. Sauf la répression, qui donne l'impression d'agir. Et du reste, 15 millions de contrôles la semaine dernière et 1 million d'amendes, 5 fois plus que de tests effectués dans le même laps de temps, s'il y a quelque chose qui a fonctionné, c'est bien ça !. Alors les fâcheux diront que seuls les isolés ne représentant de danger pour personne ont été contrôlés par des policiers qui n'allaient évidemment pas courir le risque de se contaminer en contrôlant les usagers entassés dans le métro, pas fous ! Quant à la règle des 100 km, il en ira de même : seront contrôlés les automobilistes isolés dans leur véhicule, dangereux pour eux seuls. Mais comment contrôler que les usagers du train, dangereux les uns pour les autres, ne vont pas au-delà des 100 km ? À la délivrance du billet ? A l'entrée en gare, au départ des trains, à l'intérieur ? J'allais dire, je vous en fiche mon billet, impossible. et donc inefficace. Au lieu de la confiance, susciter la peur.

En clair si nous n'avons pas su protéger votre santé, brasser du vent s'avère indispensable pour faire croire que nous nous en préoccupons. Car c'est quand même bien là l'essentiel, non ? Et comme punir et contrôler, nous savons faire, pourquoi s'en priver ? Il y a quelques semaines, on nous expliquait que l'on manquait de bras pour récolter fruits et légumes, en faisant appel au bénévolat. On aurait pu y envoyer les premiers de cordée, certes. Mauvaise idée, ces incapables auraient gâché toute récolte. Mais pourquoi alors ne pas réquisitionner ces 100 000 fonctionnaires affectés aux contrôles et les envoyer ramasser des fraises ? Ils y auraient été aussi utiles qu'en nous envoyant, il n'y a pas si longtemps, des pruneaux.

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