Incidence, attestation, taux d'occupation et toutes ces sortes de choses

Rien n'est simple, et le boulot des décideurs n'est pas facile. Mais mentir et se contredire sans vergogne, avancer en reculant, hésiter entre l'ubuesque et le kafkaïen et nous prendre pour des tricheurs immatures empêchera l'adhésion de tous, condition indispensable pourtant en la matière. Dommage.

 

1°/ Sur les « nouveaux malades » annoncés quotidiennement,

j'avoue avoir du mal à comprendre les deux chiffres qui sont censés les mesurer : l'incidence est de 5 pour mille par semaine (499 pour cent mille le 2 novembre) alors que les tests nous disent qu'il y aurait 20% de positifs également qualifiés de « nouveaux malades » par jour (21 le 07/11) soit quarante fois plus. Ou bien ce dernier chiffre est surévalué, évoquant de faux positifs, et il est faux. Ou les deux sont faux en valeur absolue (échantillon de testés non représentatif de la population, patients infectés asymptomatiques non testés) et aucun des deux ne devrait être publié, l'évolution étant suffisamment facile à apprécier sur le nombre d'hospitalisations, de réanimations et, malheureusement, de décès.

2°/ Sur le taux d'occupation des lits de réanimation

Il est annoncé hier un taux d'occupation de 93,6%, par 4750 patients « covid » . Ce qui veut dire, règle de 3, que nous disposons très exactement de 5075 lits de réanimation, pas un de plus. Donc soit nous disposons en réalité de davantage de lits de réa, et ce pourcentage est faux, soit nous n'en avons créé aucun de pérenne depuis mars, ni en matériel ni en personnel, et tout le blabla de nos gouvernants à ce sujet n'est que … du blabla.

3°/ Sur l'évolution de l'épidémie

Comme nous n'avons pas pu ou su la juguler, nous en sommes réduits à « aplatir » la courbe des contaminés et donc des hospitalisés, pour pallier aux manque de lits (voir ci-dessus). Cela étant, tous ceux qui ne sont pas contaminés aujourd'hui le seront forcément plus tard, avec son lot de décès, sauf si entretemps l'immunité collective est atteinte, si un vaccin efficace est trouvé (l'enthousiasme actuel sur ce vaccin à venir me semblent quelque peu précipité et c'est une litote), ou si le virus nous fait la bonne surprise de s'essouffler, comme c'est souvent le cas. (au fait, que ferons nous alors des vaccins commandés?)

Seuls seront épargnés ceux qui ont pour une raison ou une autre des défenses spécifiques (génétique, immunité croisée obtenue avec d'autres virus). Nous devons donc nous préparer à soigner ces futurs inévitables malades, et nous retrouvons le même problème : alors que pour certains (statista.com) nous avons déjà mis 600 milliards sur la table pour « sauver l'économie » (qui ne sera d'ailleurs pas sauvée, du moins pour les plus démunis), le Ségur de la santé n'a accouché que de 7,5 milliards tandis que des centaines de millions étaient dépensés cet été en tests ininterprétables et donc inutiles.

4°/ sur les attestations

Ah, les attestations, en voilà une mesure qu'elle est bonne pour détecter les tricheurs que nous sommes. Tricheurs isolés, cela va de soi, seuls contrôlés, alors que les seuls dangereux, entassés dans les transports en commun, les bureaux, les lycées et collèges ou les cantines, sont à l'abri de toute amende (la double peine, voire triple avec le réchauffement climatique) Ici, j'avoue ne pas comprendre l'interdiction formelle de sa rédaction au crayon : comme la limitation en temps n'est obligatoire que pour le sport, le sagace législateur a dû empêcher que l'on courre 6 heures d'affilée (seul) au lieu d'une , en modifiant l'heure au fur et à mesure ? Mais si nous voulions vraiment tricher avec des attestations remplies à l'encre indélébile, qu'est-ce qui nous empêche d'en avoir 10 dans notre poche, heure par heure ? D'autant que les déplacements autorisés hors loisir ne sont limités ni dans le temps ni dans l'espace

J'avais crû entendre nos ministres et président seriner qu'ils faisaient appel à notre sens des responsabilités . Je ne suis pas certain que ces attestations infantiles, infantilisantes et insultantes soient le meilleur moyen d'y parvenir. (félicitations par contre aux forces de l'ordre que l'on nous décrivait comme épuisées mais qui ont retrouvé dans cette saine occupation de contrôle et de punition un bienvenu retour d'énergie. Avec peut-être des pépettes à la clé au rendement ? Bien sûr que non !) En créant ce climat d'exception le pouvoir insiste en fait sur la gravité de la situation et en exagère la dramaturgie pour nous montrer à quel point il en a pris conscience et avec quel sérieux il nous protège d'un danger dans lequel, sans lui, nous nous perdrions. Pathétique.

Et puis, pourquoi empêcher ceux qui ont la possibilité d'aller marcher de le faire au vert, à la montagne, en sentier, seuls, sans danger pour eux ou les autres, ce qui diluerait la population, au lieu de nous condamner tous à la concentration ?

5°/ Sur les courbes et l'action du gouvernement

Le pouvoir prévenait que toute les mesures prises demanderaient 2 à 3 semaines pour faire effet. Mais voilà que O.VERAN se félicitait hier d'un léger ralentissement des entrées hospitalières. Tant mieux. Mais il l'attribuait aux mesures gouvernementales (une semaine de couvre-feu dans quelques villes suivie d'une semaine de confinement on ne peut plus laxiste) Je ne voudrais lui faire aucune peine même légère, mais on voit mal comment ces mesurettes auraient en si peu de temps cassé l'évolution d'une poussée qualifiée d'infiniment plus dévastatrice que la 1ère vague, laquelle n'avait vu sa courbe se casser qu'au début de la 5ème semaine de confinement, le 20 avril (et de façon brutale, à croire qu'il s'agissait plutôt d'une évolution virale spontanée)

6°/ On voit par là que ..

Rien n'est simple, et que le boulot des décideurs n'est pas facile. Mais mentir et se contredire sans vergogne, avancer en reculant, hésiter entre l'ubuesque et le kafkaïen et nous prendre pour des tricheurs immatures empêchera l'adhésion de tous, condition indispensable pourtant en la matière. Dommage.

7°/ Un indicateur dont on parle peu

le chiffre « R » de reproduction effectif, qui avait déjà nettement baissé en août et septembre avant de remonter en octobre, est brutalement redescendu de 1,47 au 22/10 à 0,93 au 07/11. Je ne sais pas s'il est un réel indicateur d'amélioration, mais pourquoi n'est-il pas cité, ne serait-ce que pour nous remonter le moral ?

 

Frédéric

Pau

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