régimes spéciaux, vous avez dit régimes spéciaux ?

Il y a bien des régimes spéciaux, mais ce ne sont pas ceux dont on parle. Il y a bien un problème de financement des retraites, mais ça n'est pas celui que l'on évoque. Il y a bien un problème d'âge d'entrée en retraite, mais pas celui que l'on nous rabâche. Non, les privilégiés ne sont pas ceux que l'on dit. Nous n'avons pas de problème de retraites, nous n'avons qu'un problème de partage.

Il y a bien des régimes spéciaux, mais ce ne sont pas ceux dont on parle et que l'on jette en pâture à la vindicte populaire. Je veux parler de ceux dont à mon grand étonnement personne ne parle, les retraites-chapeau, les parachutes dorés et les stock-options gratuites. Et tant qu'ils existeront, avec leurs paquets insensés, ubuesques, délirants de millions, il sera indécent – comment peut-on toucher des sommes pareilles ? - de dire qu'il y a un problème des retraites.

Il y a bien un problème de financement des retraites, mais ça n'est pas celui que l'on évoque : on nous dit que « le contexte économique ne permet pas de financer nos retraites », alors qu'il faudrait dire : « nous devons bien entendu à nos ainés de financer convenablement leur retraite, donc nous allons tordre le contexte économique pour y parvenir »

Comment le tordre, où chercher les financement ? Allons donc : ne parlons pas de supprimer TOUS les paradis fiscaux, y compris le Luxembourg, l'Irlande et les Pays-Bas, faisons-le. Ne disons pas que le travail doit payer : actuellement, il paye .. .pour ceux qui ne travaillent pas. Reprenons donc aux dividendes les 9,28% de PIB qu'ils ont pris peu à peu entre 82 et 2006 aux salaires, aux cotisations sociales et aux indépendants (INSEE), soit aujourd'hui chaque année en année pleine plus de 250 milliards !

Continuons ? Annihilons toutes les exonérations de cotisations (pas de cotisation, pas de prestations) et autres CICE qui ne seraient pas adossées à une contrainte d'embauche et pas à une seule et vague promesse. Rétablissons bien sûr l'ISF, dont l'amputation a été un pur effet d'aubaine pour les assujettis, vu que les PME ne font pas appel au marché mais à 95% à l'emprunt ou l'auto-financement. Abolissons l'amendement 646 voté en catimini en octobre 2017 sans passage en commission, qui a vu baisser l'impôt sur les stock-options de 10 %. Supprimons la flax-tax et imposons le capital comme tout revenu. Rétablissons un véritable impôt sur le revenu, le seul progressif, qui ne rapporte qu'environ 75 milliards contre 100 à la CSG ete 180 à la TVA. Bref si l'on voulait, les retraités pourraient se gaver. Mais ils pourraient aussi partager cette manne pour financer la transition écologique ...

Il y a bien un problème d'âge d'entrée en retraite, mais pas celui que nous répètent comme des mantras la minorités de possédants qui nous gouvernent via ce capitalisme imbécile et mortifère qui nous détruira tous (eux compris) si l'on n'y met bon ordre : « il n'y a plus que 1,8 actif par retraité (2 en 2000) contre 4 en 1960, vous voyez bien qu'il faut travailler plus ! » Sauf qu'entre 1960 et 2000, le PIB a été multiplié par 4, donc 1,8  actif, 4 fois plus productif pouvait mathématiquement suffire par retraité.

Autre discours rabâché par ces perroquets : « nous vivons plus longtemps , donc nous devons travailler plus » Ah Bon ? À quoi auront donc servi tous ces efforts, tous ces sacrifices, cette inventivité, cette prodigieuse productivité ? À s'abrutir et à s'épuiser pour courir après un taux plein qui devient inaccessible quand 1/3 des 55-59 ans sont éjectés du marché du travail et que l'âge en bonne santé bute sur les 63 ans ?. Et d'abord, travailler pour quels besoins, se pose-t-on seulement la questions ? Pour une croissance magnifiée comme l'ultime désirable, alors qu'elle nous mène à la catastrophe ? Il faudrait donc travailler plus, alors qu'un enfant comprendrait que s'il n'y a pas d'emploi disponible, chacun doit travailler moins ? Et qu'un volant de chomage ne sert que le donneur d'ordre (« si tu n'es pas content de ton salaire, 10 sont prêts à te remplacer »)

Le système à points serait universel ? La belle blague, il remplacera 42 régimes particuliers par 2 ou 3 régimes … avec 42 spécificités comme le dit si bien un dessin du Canard de mercredi. Et puis, lisons le rapport Delevoy : 10 euros de cotisations vous donneront 1 point qui vaudra … 55 centimes au début du système : 10 euros pour 55 centimes, bonjour le rendement.

Il serait équitable ? Toutes les projections démontrent que non. Mais tant qu'à vouloir l'équité, pourquoi ne pas la promouvoir dans les rémunérations de la vie active pour commencer (voir ci-dessus) ?

Alors non, les privilégiés ne sont pas ceux que l'on dit. Et la colère de la rue n'est pas injustifiée, surtout venant après la peur légitime que suscite le bilan de Mr MACRON : rapporteur de la commission ATTALI dès 2007, banquier d'affaire, 5 années à l'Elysée pour mettre en place la loi El Khomri et le CICE, puis l'ISF, les ordonnances travail (bonjour la démocratie) la réforme de la SNCF et de l'assurance chômage (bonjour la concertation) sans oublier l'affaire BENALLA, à la limite de la forfaiture d'Etat …

Au fait, j'allais oublier : pour ne rien glander à la retraite, pourquoi les plus riches qui ont eu tout le temps de se constituer un patrimoine fructueux toucheraient-ils plus que les pauvres … pourquoi pas un égal montant, au moins pour une retraite de base plus que confortable à déterminer ?

En conclusion, nous n'avons pas de problème de retraites, nous n'avons qu'un problème de partage.

 

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