La question était posée il y a quelques jours sur Inter, de savoir si notre société était égoïste, ou pas. La réponse est malheureusement connue et indiscutable, oui, nous vivons dans une société égoïste du chacun pour soi. Où les gagnants sont sans cesse valorisés ; Car il faut gagner, partout et toujours : gagner sa vie, gagner le match, les marchés, les élections, son pain, gagner sa place à parcours sup ou au concours d'internat. Sur fond d'enjeux financiers – nous y voilà - : gagner le deal ou le challenge (prière de prononcer à l'anglo-saxonne si vous ne voulez pas passer pour un looser) Dans ce monde réservé aux gagnants, la question dès lors est : que fait-on des perdants ?
Notre système social de répartition, qui fait passer les écarts de revenus de 10 à 4, y pourvoit en partie. Mais comment assurer à priori une meilleure égalité des chances ? On nous raconte que les vaincus n'ont qu'à s'en prendre à eux-mêmes, traverser la rue, fonder une start-up : imaginez, bougez-vous, bon sang ! Et de nous bassiner avec la valorisation de ceux qui se lèvent tôt pour travailler dur (avez-vous remarqué comment les politiques qui exaltent la « valeur travail » sont très souvent ceux qui se font élire par de riches rentiers?) Balivernes en fait. Les dés sont pipés, la réussite plus que souvent tient davantage au milieu, à l'éducation, aux appuis, voire à la triche (pensons au dopage en cyclisme) qu'à la conscience professionnelle, au labeur, à l'inventivité ou à la probité.
Et à ce jeu, les puissants ont à leur disposition l'héritage, qu'il soit culturel ou, surtout, financier et patrimonial : aujourd’hui la fortune héritée représente 60% du patrimoine total contre 35% dans les années 70 (*) Car oui, les écarts se creusent, la fortune va à la fortune, la puissance à la puissance. Et la gloutonnerie des gagnants n'a d'égale que leur cynisme prédateur. On pourrait si chacun pouvait vivre correctement autour d'eux les plaindre en souriant et leur conseiller une visite urgente en milieu psychiatrique. Mais le problème est qu'ils nuisent à tous. TRUMP n'en est qu'un spécimen, mais remarquable. Et comme leur appétit n'a pas de limites, si l'on ne s'y oppose pas, alors ils se croient tout permis : comme aurait dit RENAUD dans la chanson, j'ai besoin de ton blouson, de ton jean et de tes santiags, je te file une mandale et je les prends. J'ai besoin du pétrole vénézuélien (les vénézuéliens aussi, peut-être?), je prends. J'ai besoin du Groenland (les groenlandais aussi, peut-être?) donc il me le faut et ceux qui s'y opposent sont des malfaisants.
À ce jeu, comme les ressources naturelles vont en se raréfiant et qu'ils sont quelques-uns à les convoiter, il n'y en aura effectivement pas pour tout le monde. Et comme la mode n'est ni au partage ni à l'écologie, il y a un risque réel de conflit entre prédateurs. Qui s'attaqueront d'abord au patrimoine des plus faibles, puis des moyens. Jusqu'à ce qu'ils se retrouvent face à face. Et là, mieux vaut ne pas y penser. Car la doctrine, et aujourd'hui la pratique de TRUMP et Cie n'est rien d'autre que celle de l'espace vital chère au petit père ADOLF. Mieux vaut en avoir conscience, et se préparer à s'y opposer.
Frédéric PIC
Pau