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Billet de blog 18 oct. 2021

le discours de la servitude volontaire, toujours d'actualité

Comment ne pas invoquer encore aujourd'hui ce lumineux pamphlet de 1576 où LA BOÉTIE, alors jeune homme de 18 ans, se demande pourquoi et comment les peuples par paresse, habitude ou intérêt se laissent soumettre et priver de liberté par des tyrans « qui n'ont de puissance que celle qu'ils lui donnent » ?

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ETIENNE DE LA BOÉTIE S'ÉTONNE – ET NOUS AVEC -

« de voir un million d’hommes misérablement asservis, la tête sous le joug, non qu’ils y soient contraints par une force majeure, mais parce qu’ils sont fascinés et pour ainsi dire ensorcelés par le seul nom d’un, qu’ils ne devraient pas redouter — puisqu’il est seul — ni aimer — puisqu’il est envers eux tous inhumain et cruel »

ET D'AJOUTER

« tout pouvoir, même quand il s’impose d’abord par la force des armes, ne peut dominer et exploiter durablement une société sans la collaboration, active ou résignée, d’une partie notable de ses membres »

Quatre cent cinquante ans plus tard si nous regardons autour de nous, nous pouvons effectivement nous demander pourquoi et comment nous acceptons sans que quiconque s'en offusque ou semble s'en préoccuper

- qu'un président viole notre constitution – dont il est censé être le garant - en gouvernant en lieu et place du gouvernement, et en légiférant en lieu et place du parlement ?

- que, partie la plus visible d'un iceberg de violences, des mains arrachées et des yeux crevés sanctionnent des manifestations pour l'essentiel pacifiques ?

- que l'homme de main BENALLA (qui n'a pu échapper à une perquisition essentielle qu'avec la complicité des enquêteurs) s'en tire – bienveillante réquisition - avec du sursis et 500 euros d'amende, l

- que les inégalités explosent au bénéfice des plus riches

- que nous acceptions de nous faire insulter, traiter de cyniques, de capricieux, d'extrémistes, de fainéants et d'égoïstes au seul fait d'émettre des doutes sur des décisions prises en conseil restreint et secret pour lesquelles l'absurde le dispute souvent au contradictoire ?

- que le garant de l'unité de la nation n'ait cessé d'attiser les dissensions, le chacun pour soi et le tous contre tous

- que... je vous laisse le soin de compléter la liste, chacun malheureusement pourra y ajouter des chapitres et non des moindres.

MAIS ALORS, POURQUOI ??

Par habitude, par paresse, par conformisme, par peur aussi nous dit – entre autres - LA BOÉTIE . Il suffit que l'on ait déjà perdu un pan de liberté pour que l'on s'en satisfasse à la longue, et qu'un pan de plus s'en aille en effilochant ce qui nous reste soit après tout accepté – à quoi bon ? - sans regimber. Après tout, il y a plus malheureux que moi, et si l'on ne touche pas à mes avantages résiduels, une petite lâcheté n'est rien au vu du confort au quotidien...C'est vrai, les manif, c'est compliqué, et puis l'enthousiasme se dilue, sortir du rang et se faire remarquer n'apporte rien de bon, la peur de prendre des coups ou d'en pâtir dans sa vie quotidienne ou son boulot, défendre les siens est important, ça compte aussi.. :

« Ainsi la première raison de la servitude volontaire, c’est l’habitude. Voilà ce qui arrive aux plus braves chevaux qui d’abord mordent leur frein, et après s’en jouent, qui, regimbant naguère sous la selle, se présentent maintenant d’eux-mêmes sous le harnais et, tout fiers, se rengorgent sous l’armure »

D'AUTANT QUE, AJOUTE NOTRE JEUNE PHILOSOPHE

« Pour que les hommes, tant qu’ils sont des hommes, se laissent assujettir, il faut de deux choses l’une : ou qu’ils y soient contraints, ou qu’ils soient trompés »

Oui-da ! Nous avons les deux aujourd'hui : la contrainte du pass sanitaire par exemple … pour ceux qui ne l'ont pas (les mécréants, les pestiférés, les complotistes rétrogrades anti-science qui refusent tout progrès) que cette contrainte réduit au statut de parias de la société : « faites ce que je veux ou je vous réduirai à rien » dit-il en nous tordant le bras. Contraints donc, mais trompés aussi. Car si les journalistes ne sont pas des collabos (quoi que certains participent activement et en rajoutent) la plupart paraissent comme anesthésiés, peu curieux et impuissants à contrecarrer le flot de propagande univoque et pluriquotidienne au point de ne pouvoir que la relayer, comme par fatalité...("faites-vous tester, tracer, isoler, alerter, protéger, mais surtout pas soigner". Enfin si, quand vous irez très mal, à l'hôpital préalablement désarmé de sas capacités, "tous les vaccins sont sûrs ( ah zut, sauf Astra-Zeneca) , ils sont la seule solution et tout le monde doit être vacciné"

ET PUIS, POUR FAIRE PASSER LA PILULE

«  Les théâtres, les jeux, les farces, les spectacles, les gladiateurs, les bêtes curieuses, les médailles, les tableaux et autres drogues de cette espèce étaient pour les peuples anciens les appâts de la servitude, la compensation de leur liberté ravie, les instruments de la tyrannie ». 

Offrez donc à ceux qui acceptent de subir la peur au ventre une vaccination - inutile pour la majeure partie d'entre eux(*) - de pouvoir aller au ciné, au théâtre, au stade, faire son tarot au bistrot du coin ou aller guincher, sortir, voire simplement travailler, et toute honte bue ou toute curiosité malsaine étouffée, alors la cohorte des rebelles rétrécira comme peau de chagrin, et chacun se procurera son pass-passoire (qui n'a pas le début du commencement d'une utilité médicale(**) Collabos ? Sûrement pas. Complices ? Un peu quand même. Fatigués et désabusés, oui.

PARCE QUE, OUI, LE TYRAN A DES SOUTIENS : 

« cinq ou six ont eu l’oreille du tyran et s’en sont approchés d’eux-mêmes, ou bien ils ont été appelés par lui pour être les complices de ses cruautés, les compagnons de ses plaisirs, les maquereaux de ses voluptés et les bénéficiaires de ses rapines. Ces six en ont sous eux six cents, qu’ils corrompent autant qu’ils ont corrompu le tyran. Ces six cents en tiennent sous leur dépendance six mille, qu’ils élèvent en dignité. Ils leur font donner le gouvernement des provinces ou le maniement des deniers... »

Hé oui, il faut en avaler des couleuvres et accepter d'être humilié, ignoré, ridiculisé pour accepter de n'être rien, juste pour le plaisir de dire « je suis premier ministre » (et je le reste); ou ministre des transports (le décret Djebarri sur le contrôle des deux-roues balayé d'un revers de main) ; ou de l'écologie (un an de pesticides de plus sur les betteraves ne peut faire que du bien) ; ou parlementaire soucieux de renouveler un bail bien gras de cinq ans qu'il a obtenu en mettant simplement sa photo à côté de celle de son bienfaiteur. Tous ceux-là, oui, sont des collabos.

Comme le sont ceux qui profitent des prébendes : ISF, flat-tax, privatisations, aides et subventions, défiscalisations, nominations ; et qui pourront le moment venu renvoyer une partie du surplus qui déborde de leurs poches...tout en s'insurgeant contre les chèques-aumône offerts avec une largesse inconséquente (« et qui risquent d'augmenter la dette laissée à nos enfants ») à des pauvres qui quand ils ne les boivent pas les transfèrent en achats de luxe, lequel est néfaste comme chacun sait.

MAIS LE TYRAN A DES PIEDS D'ARGILE, CAR

- d'une part  « les favoris d’un tyran ne peuvent jamais compter sur lui parce qu’ils lui ont eux-mêmes appris qu’il peut tout, qu’aucun droit ni devoir ne l’oblige, qu’il est habitué à n’avoir pour raison que sa volonté, qu’il n’a pas d’égal et qu’il est le maître de tous » et l'on a vu des favoris se retourner contre celui qui les avait faits roitelets. Après tout un traitre - fût-il encore jeune et (mauvais) comédien – peut toujours trouver plus traitre que lui.

- et d'autre part le peuple peut aussi sortir de sa léthargie, s 'ébrouer, se demander comment il a pu supporter aussi longtemps un tel despote, et le balayer d'un revers de main.

On aura compris que notre peuple chahuteur et rigolard s'il en est le peut dès aujourd'hui, demain au plus tard. C'est ce que je nous souhaite.

Frédéric PIC

PAU

* quand une maladie tue à partir de un an, il est logique de s'en protéger par la vaccination dès un an. Quand une maladie ne tue qu'à partir de 45 et surtout 65 ans des sujets déjà très malades, il est logique de ne proposer le vaccin qu'à ceux-là seuls . Vaccin qui ne protège du reste pas « les autres » car il n'est pas stérilisant, autrement dit il n'empêche pas de recontracter le virus et le disséminer : les enfants vaccinés peuvent contaminer leurs grand-parents et vice versa, « le vaccin qui protège les autres » est ici un mensonge médical total.

** Il n'y a pas que les vaccinés qui peuvent être contaminés et contaminants, les détenteurs d'un test de 72 heures aussi dès le 2ème jour du fait de la brièveté de l'incubation du variant delta...

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