Quoiqu'il en coûte, certes. Mais à qui, pour qui et pour quoi ?

Le « quoiqu'il en coûte » d'E. Macron est clair, destiné d'abord et surtout à ceux qui l'ont mis au pouvoir, et qu'il sert fidèlement. L'argent va à l'argent. Les cyniques, fainéants, illétrés qui ne sont rien , qui foutent le bordel et coûtent un pognon de dingue n'auront qu'à traverser la rue, à condition qu'ils survivent, les soignants ayant démissionné depuis longtemps. Vaste programme.

 

Un mot d'abord pour relativiser la pandémie qui nous frappe : globalement, si l'on excepte la Russie et la Chine dont les statistiques sont sujettes à caution, c'est le « vieux monde » économiquement riche qui est touché, tandis que l'Afrique, vraisemblablement protégée par l'immunité acquise lors des précédentes épidémies qui l'ont atteinte, est épargnée. L'Europe, mal habituée à souffrir et frappée de stupeur, s'autoparalyse du fait de ses (trop nombreux) 250 000 morts. Alors qu'elle ne s'est jamais réellement inquiétée des quasi 500 000 décès annuels que le paludisme provoque en Afrique (qui en concentre plus de 90% des cas). Les fonds mondiaux pour la recherche « paludisme » se montent à 2,7 milliards de dollars par an tandis que les pays riches prévoient d'investir cette année au moins 30 milliards pour un vaccin « covid »...sans commentaires.

 

Quoiqu'il en coûte, pourquoi et pour qui ? La réponse a été donnée dès le 13 mars par Bruno Lemaire qui annonçait « des dizaines de milliards d'euros » pour sauver..les malades ? Non, bien sûr, pas les malades, mais l'économie. Dans les semaines qui ont suivi, le gouvernement s'est argué d'avoir prévu au minimum 300 milliards d'aide aux entreprises et aux salariés. Aides directes, prêts garantis pour les entreprises quel qu'en soit le niveau, TPE comme multinationales étant mises sur le même plan, Renault et Airbus étant servis en premier, 12 milliards sans aucune contrepartie, avec des suppressions d'emploi immédiatement annoncées. Et chut, pas un mot sur les fraudes importantes au chômage partiel, le record battu de dividendes versés, l'enrichissement des plus riches et à l'appauvrissement des plus pauvres. Quant aux salariés, ils seront couverts jusqu'à 4,5 smic, soit 5400 euros nets mensuels, salaires qui ne courent pas les rues dans les PME. On voit par là que si l'on ne pouvait pas faire autrement que d'indemniser les smicards, la solidarité nationale invoquée à gorge déployée s'appliquait aussi jusqu'aux plus riches du 9ème décile.

 

A ces 300 milliards qui risquent de devoir être finalement dépensés s'ajoutent les 100 milliards du plan de relance. Combien pour modifier le système agricole et favoriser la relocalisation ? Rien n'apparait, tandis que le CETA et le traité MERCOSUR ne sont toujours pas dénoncés, alors que l'on exporte la moitié de nos céréales et que l'on importe 45% de nos fruits et légumes. Pour la transition écologique ? Il y a bien un volet, mais la bagnole et l'avion ont été servis, et royalement, en premier. Ne disons rien sur les néonicotinoïdes, scandale absolu qui n'est fait que pour protéger les exportateurs de betterave sucrière touchés par la suppression des quotas beaucoup plus que par le puceron (la France, 1er producteur européen, exporte la moitié de cette production). Quant aux plus pauvres, ils auront droit à 800 millions, 0,8% du plan de relance. Et tandis que l'on sanctuarise les salaires du 9ème décile le plus riche, il sera octroyé royalement aux bénéficiaires su RSA ...150 euros. Champagne !

 

Les mesures drastiques, cahotiques et contradictoires prises depuis mars ne peuvent être acceptées que si les efforts pharamineux qui sont demandés aux français sont honnêtement partagés. Le président ne peut se gargariser de solidarité et d'union nationale tout au long de ses très longs et trop nombreux discours amphigouriques s'il persiste à prétendre que les sommes qui auront été avancées, financées pour l'instant par l'emprunt mais qui devront être remboursées, le seront par la croissance et elle seule. Billevesée économique bien entendu, sans compter qu'un sursaut trop important de croissance qu ne serait pas centré sur des mesures écologiques nuirait au climat. Dire que tous les prêts seront garantis vise à protéger certes les entreprises...mais surtout les banques. Prétendre qu'il n'y aura pas d'augmentation d'impôts est un mensonge total qui ne sert qu'à rassurer ceux que la solidarité devrait mettre le plus à contribution. Quant au maintien de lISF et de la flat tax en l'état, deux mesures sans aucun impact économique autre qu'un effet d'aubaine pour les intéressés (les TPE à 90% se financent par emprunts bancaires ou autofinancement) c'est devenu aujourd'hui une faute impardonnable qui collera comme un sparadrap au nez d'Emmanuel Macron comme à Sarkozy son « casse toi pov con »

 

Mais la santé, qu'en est-il ? Tout a été dit sur le déficit en masques, sur les dizaines de milliers de lit supprimés (dont une bonne partie déjà alors que E.Macron était aux finances) sur la surdité face à la souffrance et aux demandes réitérées du corps médical, dès une année avant le covid. Idem sur l'absurdité des tests pratiqués depuis juillet avec le seul souci infantile de battre un record quantitatif alors qu'aucun résultat qualitatif ne pouvait en être tiré. Aujourd'hui, on table sur une hypothétique diminution de contamination dont le mesures prises ne sont qu'un facteur marginal comparé à l'affaiblissement estival du virus, mais on ne fait rien pour augmenter l'offre de soins. Car enfin, il faut bien soigner les malades du covid, comme on soigne les autres. Et le comportement insupportable du président reprochant, lui l'inorganisé, leur inorganisation aux soignants n'aura qu'un effet, augmenter le flot de démissions de ceux-ci.

 

Il y a bien aujourd'hui un rebond, qui justifie que l'on s'en préoccupe, mais qui reste modeste. Il n'est que de regarder les courbes de décès quotidiens du 17 mars à ce jour pour s'en persuader . Et face à ce réel rebond, que stoppe t-on ? La culture, les bars, la convivialité, le sport (pas de douche en commun, mais les mêlées autorisées pendant 80 minutes), les repas entre amis à domicile, qui seraient les premiers vecteurs, bobard insupportable quand les gestes barrière sont respectés, et ils le sont. Alors que le flot de voyageurs du métro, confinés, pressés les uns contre les autres durant des dizaines de minutes si ce n'est plus, touchant et retouchant qui les barres, qui les sièges, qui les tourniquets, seraient protégés sous prétexte... qu'ils ne parlent pas ? Les cohortes de travailleurs sont ainsi sacrifiés sur l'autel de l'économie, tandis que l'on éteint sans raison valable les poches de vie, seules zones d'espoir restantes, au seul motif sans doute de dire que l'on a « fait quelque chose »

 

Alors, que faire ? Le problème est médical, agissons médicalement. Rendons confiance aux soignants au lieu de les mépriser, payons les mieux que les rentiers, proposons un vrai plan massif de sauvetage de l'hôpital, formons dans les mois à venir du personnel des blocs de réanimation, ce qui aurait dû être fait depuis six mois, c'est encore faisable pour des soignants possédant déjà fond un d'expertise qui ne demande qu'à être spécialisé. Et recrutons, titularisons. Mais rien ne sera possible tant qu'il apparaîtra comme aujourd'hui que les efforts demandés ne sont ni compréhensibles ni finalement partagés comme il se doit, c'est à dire que le plus favorisés devront forcément contribuer très vite, et massivement, à hauteur des dommages subis par la collectivité.

 

Frédéric PIC


Pau

 

 

 

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