C'est quoi, le problème ?

Il pense que c'est nous, mais après tout, qui nous dit que ce n'est pas lui ? Alors, quitte à être procureur...

 

Cessez de critiquer ! S'il nous avait bien semblé, malgré une année pleine d'obéissance du bon peuple aux injonctions chaotiques du pouvoir, que toute critique de la doxa gouvernementale relevait du complotisme, la diatribe présidentielle nous désignant tous, les 66 millions que nous sommes, comme autant d'aveugles procureurs nous le confirme : toute critique devient impossible, la parole est serve, et penser va vite devenir suspect.

 

Et de s'étonner de la défiance que lui manifesterait le peuple, susceptible de briser son enthousiasme réformateur et d'empêcher qu'il fasse notre bien, fusse contre nous. Mais faut-il s'étonner qu'un peuple taxé de cynique, de fainéant, d'extrémiste, d'illétré voire de n'être rien rechigne à se laisser réformer par qui l'insulte et lui tord le bras ? Faut-il que les moins lotis soient accusés de « foutre le bordel » et « coûter un pognon de dingue » quand il fait ruisseler à flots, non seulement de façon provocatrice mais tout simplement en dépit du bon sens sur les plus riches ?

 

Comment faire confiance à un président schizophrène qui méprise une année durant des soignants en grève puis les porte au pinacle en les félicitant d'avoir travaillé dans des conditions lamentables qu'il avait lui-même contribué à créer ? Et comment analyser le double discours sur l'absence ici d'argent magique, et la distribution sans limite et sans contrôle ni conditions de centaines de milliards dont une partie à des entreprises qui n'en avaient pas vraiment besoin et qui s'empressent sans vergogne de licencier dans la foulée ? Ou pour assurer des salaires jusqu'à 4,5 SMIC (7000 euros brut) en faisant l'aumône aux étudiants de quelques euros par jour...

 

Ainsi le pauvre petit enfant gâté narcissique et méprisant exige notre confiance, lui qui musèle nos libertés et nous impose une attestation de déplacement humiliante et infantilisante. Qui écoutera encore le rhéteur logorrhéique et pompeux qui déclarait que plus personne ne dormirait dans la rue au terme d'un an de son règne, tandis qu'après quatre années le nombre de sans-abri explose, que les soupes populaires ne désemplissent pas, que les riches n'ont jamais été aussi riches et les inégalités jamais aussi insupportables ?

 

Qui pourrait, quelle fable !, croire à sa volonté de démocratisation, après un grand débat national qui a généré plus d'un demi-million de propositions dont il n'a daigné ne retenir qu'une, déformée qui plus est, la seule qui l'intéressait ? Ou qu'après avoir balayé d'un revers de main le rapport BORLOO qu'il avait demandé, il taille en pièces les propositions de la convention pour le climat contrairement à sa promesse solennelle de les soumettre toutes sans filtre au parlement ou à référendum ? Qui pourrait enfin prendre pour un écologiste convaincu celui qui autorise le crime climaticide de réintroduction des néonicotinoides et moque les AMISH alors que c'est bien sa fureur productiviste qui risque de nous renvoyer à la bougie ?

 

Aussi bien, Manu, je te le dis comme je le pense : je crois que tu n'aimes pas les gens, et que tu n'aimes que toi. Que tu ne te poses aucune question m'inquiète, alors je vais te faciliter la tâche : si tu es trop bien pour nous, abandonne nous, traverse la rue et réalise ton rêve de rejoindre la pire engeance qui soit, celle des milliardaires. Car en fin de compte, le problème, c'est peut-être bien toi.

 

Frédéric PIC

Pau

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.