Rien n'est réglé, ou comment se contaminer sans se contaminer tout en se contaminant

Le confinement n'aura réglé que les désordres de nos erreurs initiales. Le déconfinement ne sera pas un appel vers un mieux-vivre retrouvé, mais une simple « autorisation » à se contaminer de façon contrôlée jusqu'à obtenir l'immunité de groupe. Et tant que les amendes infligées (près d'un million) resteront le double des test effectués, le compte n'y sera pas.

Le confinement en fait n'aura eu qu'un seul but, limiter la propagation initiale explosive et incontrôlée du virus pour permettre un accueil efficace des malades dans les centres de soin et en particulier en réanimation. Mais l'épidémie n'aura été que suspendue le temps du confinement, et va devoir reprendre son cours après le 11 mai, puisqu'en l'absence de vaccin nous ne pouvons compter que sur l'immunité de groupe pour la contrôler. Laquelle peut demander de nombreux mois pour être obtenue.

Dès lors le déconfinement n'est pas une si bonne nouvelle en soi : non seulement la reprise des contaminations est quasi certaine, mais elle est souhaitable, obligatoire même car si comme dit ci-dessus nous voulons obtenir l'immunité de groupe, nous avons besoin de nouveaux malades. Le tout sera d'ouvrir les vannes en jouant du frein et de l'accélérateur, d'obtenir si possible un flot régulier et gérable de nouvelles contaminations pour éviter une seconde vague brutale qui nécessiterait un nouveau confinement.

Le discours ambiant est dès lors forcément paradoxal, puisqu'il sous-tend cette double affirmation contradictoire : contaminez-vous sans vous contaminer (masques, mesures barrière), mais tout en vous contaminant pour obtenir l'immunité de groupe. Et il me semble que cette réalité douloureuse n'apparaît pas clairement dans le discours officiel, d'autant que le nombre de victimes à venir peut s'avérer très important si l'on note que moins de 10% de la population a été contaminée à ce jour.

Au total, si le confinement a été rendu indispensable parce que les mesures initiales de mise à l'écart des malades et de leurs contact n'ayant malencontreusement pas été prises, les hôpitaux ont été débordés, il n'aura été qu'une protection illusoire et passagère, au prix de la paralysie totale que l'on sait de l'économie.

Mais le mal étant fait, une nouvelle stratégie est possible où les tests reprennent toute leur importance : en permettant de déceler au jour le jour non seulement les nouveaux contaminés mais surtout leurs contacts et les isoler, on doit pouvoir contrôler le nombre de nouveaux malades sans avoir besoin, espérons-le, de recourir à un nouveau confinement. Les masques et surtout les tests seront-ils cette fois au rendez-vous ?Le gouvernement saura-t-il enfin sortir de la désorganisation dont il a fait preuve jusqu'à ce jour ? Espérons-le car, sauf à compter sur une extinction spontanée et bien improbable de la pandémie, le nombre de victimes à venir risque d'être bien plus important que l'actuel.

Frédéric PIC

Pau

PS. Il faut malgré tout féliciter Christophe CASTAGNER – pardon, CASTANER - pour sa gestion personnelle de la crise : 15 millions de contrôles pour 900 000 amendes versus 500 000 tests à ce jour. Alors que l'on nous décrivait les forces de l'ordre épuisées et au bord du burn-out, nous sommes ravis de les retrouver aussi pimpantes et guillerettes, même si bon nombre d'abus semblent avoir été commis lors de ces contrôles, au point que quelques grognons mal intentionnés ont pu imaginer que les contrôleurs étaient financièrement intéressés au nombre de contrôles effectués …

 

 

 

 

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