lettre ouverte à François BAYROU et autres couteaux suisses auto-proclamés

Nous en avions soi-disant fini avec les cumuls de tous poils, alors qu'ils fleurissent tous azimuts comme azalées au printemps. Il est temps de mettre d'y mettre fin, et si l'exemple ici rapporté de François BAYROU est significatif eu égard à sa personnalité et au poste évoqué, il n'est qu'un arbrisseau masquant une forêt insalubre d'autres élus condamnés par le cumul à bâcler leur mission.

 

 

Monsieur le Maire,

En 1989 déjà, impétueux député trentenaire et déjà peut-être un rien ambitieux, vous appeliez vos aînés à prendre une retraite bien méritée et à vous faire - ainsi qu'à quelques coreligionnaires - une place conséquente dans le jeu politique. Depuis lors, vous avec accumulé (à 15 jours près) 59 années de mandats ou de fonctions électives (dont 22 années de cumul député-conseiller général). C'est dire que tout se passe comme si vous aviez commencé votre carrière politique à l'âge de 10 ans. C'est assez précoce, reconnaissez-le. Et je ne compte pas vos années de fonction de président de parti (27 années au total), lesquelles auraient fait débuter votre entrée en politique 17 années avant votre naissance, ce qui confirmerait que le projet était soigneusement réfléchi.

Je ne vous referai pas le coup de 89 à l'envers : je pense comme Brassens – d'autant plus que je suis votre aîné - que « l'âge ne fait rien à l'affaire ». Néanmoins, soucieux de votre santé, je pense qu'un surcroît de charges pourrait vous être néfaste. Je pense bien entendu à ce poste de commissaire au Plan qui vous serait promis. Et là je ne plaisante plus, vous ne pouvez en aucun cas accepter ce poste. Car vous avez passé un contrat avec les palois et l'agglomération, et ne pouvez impunément le rompre quelques jours à peine après votre prise de fonction. Vous ne pouvez pas matériellement assumer les deux fonctions, sauf à les remplir mal. Le prétendre serait mentir ou dénier l'évidence du réel. Et à supposer que vous le puissiez, ce serait un abus par excès de pouvoir.

Et le fait que vous soyez (mal) accompagné dans cet exercice de haute voltige par d'autres élus de tous bords ne change rien (décidément, encore !) à l'affaire. Les citer tous serait fastidieux. Retenons qu'il ya quelques mois 291 maires étaient vice-présidents de conseils départementaux et 37 vice-présidents de conseils régionaux. Sans compter les conseillers départementaux ET régionaux, les députés européens conseillers régionaux (pour "garder un ancrage local" comme dit Nicolas BAY, comme s'il était plus ancré dans les problèmes locaux que son boulanger ou les chômeurs de sa région...) La réalité est que tous ces cumulards forcément débordés sont hors-sol, bien au contraire coupés des réalités locales qu'ils ne peuvent appréhender que par des rapports vite lus, quand ils s'en donnent la peine...

Vous devez donc choisir : ou Pau et l'agglomération, ou le Plan. Si vous acceptez le Plan, alors l'honnêteté intellectuelle vous fait une ardente obligation de vous démettre de toute activité locale. Ce qui serait bien entendu susceptible de faire annuler l'élection municipale. Si vous hésitez, faites donc ce que vous avez promis :  un référendum local interrogeant les électeurs palois sur l'opportunité de ce cumul. Et si vous ne le faites pas, alors j'invite tous les habitants de l'intercommunalité à faire pacifiquement par des manifestations réitérées, de quelque manière qui leur plaira, ce référendum que vous n'aurez pas voulu faire. Et à vous imposer leur décision, car ce sont eux qui vous gouvernent, et non l'inverse.

Frédéric PIC, citoyen militant politique et associatif

 PAU

 

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