Le Premier ministre renforce les raisons de se mobiliser

Le Premier ministre ne cède rien en dépit des mobilisations : retraites par points, baisse des pensions, rapprochement de l'âge de la retraite de celui de la mort. Les raisons de se mobiliser sont encore plus fortes, d'autant que le gouvernement n'a aucune légitimité pour mener cette réforme qui remet en cause le pacte républicain issu du Conseil national de la Résistance.

Le Premier ministre avait prévenu : « il n'y aura pas d'annonces magiques ». Mais il est allé au-delà : ses annonces aujourd'hui aggravent la situation.

Le recul de l'âge de la retraite à taux plein est non seulement confirmé mais le calendrier est accéléré et les partenaires sociaux sommés de se soumettre ou de se démettre. L'invention sémantique de « l'âge d'équilibre » (ou « âge pivot » – ils paient des gens pour trouver ces mots nouveaux à jet continu au gouvernement?) porté à 64 ans indique que la personne qui voudra partir avant le fera avec une décote. Les partenaires sociaux doivent se prononcer sur cette décote avant la fin du quinquennat sinon l’État reprendra la main. Manière de dire aux syndicats : « soit vous contribuez à mettre en place une réforme dont vous ne voulez pas, soit le gouvernement le fait. » On a fait mieux pour tenter de faire descendre la pression sociale. Cela va même à l'encontre de la position de la CFDT et de l'Unsa, qui parlent de franchissement de « ligne rouge. » Fâcher même la CFDT et l'Unsa, quel talent !

Manipulation éhontée : la valeur du point serait décidée par les partenaires sociaux. Le diable est dans les détails : rien n'est dit sur quels critères la valeur du point ni celle de son du rachat seront décidés. Il est tout à fait possible de laisser les partenaires sociaux « décider » nominalement dans le cadre des contraintes de restrictions budgétaires et macro-économiques conformes aux vœux de l'Union européenne. Dans la mesure où la limite des 14% de PIB consacrés aux retraites ne bouge pas, il n'y a aucune raison de penser que la valeur du point ne va pas doucement mais sûrement diminuer avec l'augmentation du nombre des retraités.

Tentatives de division grossières : ne seront concernées que les générations nées après 1975 pour le régime général. Les quarantenaires sont priés de retrouver le chemin du travail et de laisser en plan les générations plus jeunes. En somme, on demande aux générations les plus âgées de laisser leurs enfants être sacrifiés. Cela n'empêche pas le Premier ministre de se montrer quasiment lyrique sur la solidarité inter-générationnelle. C'est pratique le lyrisme, ça fait du vent et ça ne coûte pas cher.

Et pour finir, une promesse d'augmentation de salaire dans deux ans pour les enseignants – mais attention, en contrepartie d'une « nouvelle organisation du travail », autrement dit la casse de leur statut. Et pour les pompiers, la police, l'armée, maintien de leurs « spécificités » : en gros, le système est censé être réformé pour plus d'universalité, mais le gouvernement entend créer des exceptions pour certaines catégories – dont la police, on se demande bien pourquoi au passage. Quant à la promesse de maintenir le minimum vieillesse à 1000 euros par mois, c'est dans la loi depuis 2003. 

Rappelons que l'ensemble des régimes se trouveront à l'équilibre dans les mois qui viennent, certains le sont déjà, et qu'il n'y a donc, en l'état, aucune raison de faire des réformes réduisant drastiquement les pensions et rapprochant l'âge de la retraite de celui de la mort. Si, une raison : pousser les gens à souscrire des assurances privées supplémentaires. Les (ex) employeurs du Haut-Commissaire Delevoye chargé de la réforme apprécient sans doute. D'ailleurs, M. Roux de Béziers, le président de Medef parle de réforme « équilibrée ». Cela indique clairement la philosophie de la réforme. Adepte du langage de 1984 d'Orwell, le Premier ministre ose pourtant parler de « refonder le pacte républicain. » Qui le lui a demandé ? En a-t-il simplement la légitimité ? Se poser la question, c'est y répondre.

Ce gouvernement n'a aucun mandat, aucune légitimité pour s'attaquer au pacte républicain issu du Conseil national de la Résistance. Ce n'est pas un gouvernement constitué après l'élection présidentielle de 2017 qui a vu arriver au pouvoir un homme élu avec une minorité du corps électoral qui peut le faire. Seul le peuple le pourrait, dans son ensemble. Mais il n'est ni écouté, ni entendu. Le Premier ministre vient de renforcer encore sa détermination.

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