La France insoumise doit se renouveler ou disparaître

Les résultats des élections européennes ont vu la vague dégagiste se poursuivre. Une fois le choc passé, La France insoumise doit admettre sa responsabilité dans cet échec. Flou du message, abandon du plan A/plan B, incapacité de s'adresser aux abstentionnistes, la ligne politique pose problème. La crédibilité de ce que ce mouvement a porté en 2017 est lourdement atteinte.

Les résultats aux élections européennes sont cruels mais sans appel. Après avoir incarné en 2017 l'espoir de tout un peuple, la France insoumise évite de peu l'humiliation suprême de se trouver derrière Place publique, ce bricolage de vieux restes d'un Parti socialiste décrédibilisé. Avec 6,3% dans un contexte où l'abstention concerne pratiquement un électeur sur deux, se retrouver à environ 3% du corps électoral doit nous faire ouvrir les yeux. « Nous », je veux dire l'ensemble des personnes attachées aux valeurs de partage des richesses, de justice sociale et écologique et à un projet de société fondé sur la démocratie. En somme, tous ceux et toutes celles qui se reconnaissent dans les aspirations exprimées lors du plus formidable élan populaire que nous ayons connu ces dernières décennies, celui des Gilets jaunes, dans ce qu'il a de radical et de neuf. LFI n'a pas su être la force politique qui offre un débouché crédible à la crise sociale profonde que traverse le pays. Par ailleurs, nous ne pouvons pas nous contenter des arrangements partidaires avec la petite gauche macrono-compatible allant de Place publique à EELV dont le projet politique est de sauver l'Union européenne, y compris dans ce qu'elle a de furieusement néo-libéral.

 

Extérieur à LFI, venant d'Attac où j'ai milité pendant 20 ans, j'ai vu des militants formidables, des gens dévoués et extraordinaires. La liste des candidats était une belle liste, elle n'a pas démérité et moins que personne la tête de liste qui a fait, et bien fait, le travail. Aujourd'hui, LFI connaît un échec retentissant et c'est d'autant plus frappant que c'est à l'occasion des élections européennes.

 

La question européenne, sur le fond, est la mère de toutes les batailles. Telle qu'elle est, l'Union européenne est une assurance vie pour les politiques néo-libérales car elle est organisée pour rendre strictement impossible toute politique alternative. Avec un tel carcan, un gouvernement qui en aurait la volonté ne pourrait pas mener des politiques de redistribution, ce qui pose un problème direct de crédibilité à la gauche qui entend mener de telles politiques. Or, LFI a précisément perdu les élections européennes. Il faut se résoudre à regarder les choses en face : elle a perdu car elle a une ligne politique floue.

 

Certes, en politique, il faut s'adapter aux circonstances mais là, cela donne le tournis. Un jour, plan A/plan B ; puis plan A/plan A prime ; puis plan A. Un autre jour, il faut « sortir des traités », le lendemain « notre projet politique est de sauver l'Union européenne », puis le jour suivant les traités rendent impossible tout changement, changement pour lequel LFI entend néanmoins se battre au Parlement européen. Même dans les repas familiaux, il faudra bientôt faire défiler un power point pour tenter de faire comprendre la chose à des gens qui, pourtant, avaient décidé de voter LFI. Alors, je n'insiste pas lorsqu'il s'agit de convaincre les hésitants, les indécis, les récalcitrants. De surcroît, si on tente une analyse plus politique, on peut légitimement se demander si LFI ne serait pas en train de se replier sur la petite gauche macrono-compatible, PS et EELV, ce qui serait un recroquevillement, voire un ratatinement.

 

A rebours de 2017, LFI n'a pas su s'adresser à la masse de ceux et de celles qui ne croient plus dans le vieux système de partis, système qui ne fait que reproduire l'éviction du peuple des décisions qui le concerne. Elle ne sait plus tenir une ligne claire qui la rendrait crédible, ou simplement audible. Comment dés lors mettre en œuvre la dynamique et l'élargissement indispensables à une victoire aux présidentielles ?

 

LFI devrait être en mesure de susciter un réenchantement de la politique et se contente au mieux de faire de la figuration. C'est non seulement déprimant mais rageant pour ceux et celles qui entendent au contraire faire face à leur responsabilité historique. N'oublions jamais que, pendant ce temps-là, la réalité est celle du business as usual, du délitement de notre contrat social, de son piétinement serait le mot plus juste et dans un certain ensauvagement de notre société qui voit un repli de chacun sur sa sphère personnelle d'affinités électives, une violence des rapports sociaux et une naturalisation du rejet de l'autre.

 

Il nous faut donc que LFI se renouvelle entièrement, ou qu'elle disparaisse. Après tout, les astres morts finissent dans des trous noirs.

 

 

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