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Billet de blog 3 août 2010

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Le balancier de l'histoire politique

On retrouve régulièrement sous la plume des journalistes politiques ou autres commentateurs la réflexion suivante : "la gauche n'a pas d'idée.". Dans, la gauche, il faut bien sûr comprendre le PS, totalement hégémonique. Or l'histoire ainsi que l'expérience socialiste du pouvoir devrait nous amener à remettre en question cette évidence. 

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On retrouve régulièrement sous la plume des journalistes politiques ou autres commentateurs la réflexion suivante : "la gauche n'a pas d'idée.". Dans, la gauche, il faut bien sûr comprendre le PS, totalement hégémonique. Or l'histoire ainsi que l'expérience socialiste du pouvoir devrait nous amener à remettre en question cette évidence.

Historiquement le clivage droite/gauche est né le 28 août 1789, lors du débat sur l'épineuse question du droit de véto, accordé ou non au roi, dans les futurs institutions du pays. Ceux qui était pour devait se placer à droite du président de l'assemblée constituante, ceux qui était contre à gauche. Le clivage était donc situé entre les tenants de la monarchie absolue, la droite légitimiste, et les tenants de la monarchie constitutionnelle, la gauche appelée aussi orléaniste.

A partir de 1830 le débat se déplace entre les défenseurs de la monarchie constitutionnelle, dont les orléanistes, et ceux prônant la république, la gauche. Une partie de l'ancienne gauche a donc rejoint les rangs de la droite avec l'évolution des enjeux sociétaux.

Une fois la république définitivement acquise à partir de 1880, la controverse se déplace du type de régime à des considérations socio-économiques, notamment celle concernant le rapport de force avec les nouvelles classes sociales de masse issues de la seconde révolution industrielle. Dès lors le point de clivage se situe au niveau du rôle de l'état dans le régime et l'importance donnée aux inégalités sociales. Là encore un ancien parti de gauche, la gauche républicaine des débuts de la IIIème république, devient un parti de droite.

Avec l'apparition du socialisme puis du communisme, le clivage restera principalement focalisé sur le rôle de l'état dans l'organisation de la société et le régime de propriété.

Les 30 glorieuses puis la chute du bloc soviétique entraîneront un nivellement des partis politique français dominants, et les points de clivage deviendront de moins en moins nets jusqu'à aujourd'hui.

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Il est intéressant de constater que le bloc des droites et le bloc des gauches ne forment pas des groupes homogènes. A l'intérieur de chacun des blocs, certains points fondamentaux sont communs, le régime, le système économique, mais ils fourmillent de sensibilités évoluant autour du noyau de base, ne demandant qu'à suivre le mouvement de balancier imposé par l'histoire.

La frontière étant fluctuante suivant les époques, lorsque les enjeux de société se déplacent, le mouvement entraîne inexorablement les partis incapables de se réformer pour suivre l'évolution de la gauche vers la droite. Les partis qui ont pu être les représentants du progrès, se retrouvent les défenseurs de l'ordre établi. Notons que l'inverse est beaucoup plus rare, les partis de droite ne deviennent pas des partis de gauche, comme si les idées nouvelles provoquaient l'émergence de nouveaux partis venant enrichir la gauche, entraînant un refoulement de certains courant vers la droite. Ces derniers étant plus attachés à l'ordre social du moment, ils ne sentent pas le vent tourner et deviennent donc en somme des partis conservateurs.

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Or qu'en est-il aujourd'hui? où se situe le point de clivage entre la droite et la gauche?

Cette question est primordiale car elle détermine l'éclairage actuel du PS. L'UMP a bien entendu fait sienne les idées néolibérales, qui déterminent dorénavant toutes les politiques de la finance à la santé or, et c'est bien cela le problème, le PS également. En effet mis à part les cadres du PS, en raison de la connotation négative que comporte le terme, qui pourrait décemment affirmer que ce parti n'adhère pas au néolibéralisme?

Il suffit de regarder le bilan des années Mitterrand puis Jospin, le PS n'a pas fait qu'accompagner, il a bel et bien promu jusqu'au cœur de notre société l'idéologie néolibérale, bien que cette dernière soit totalement incompatible avec les valeurs historiques du socialisme.

Certes le capitalisme néolibéralisé n'est jamais autant acceptable que lorsqu'il est emballé d'un papier cadeau avec une rose en guise de ruban.

Les mesurettes du PS pour tenter de combler les inégalités, de plus en plus béantes, engendrées par les bases-même de leur politique économique ne peuvent constituer un point de clivage sérieux entre la gauche et la droite. Certes le parti présidentiel est plus brutal cela ne fait aucun doute, éclairant ainsi le néolibéralisme d'une lumière crue, mais la base idéologique est commune.

En témoigne le passage du PS à l'UMP de certains cadres ou encore les postes stratégiques du système économique mondial occupés par des socialistes.

A partir de là, le point de clivage émerge de lui-même, il s'agit de l'acceptation ou non du capitalisme dans sa forme néolibérale. Ce système économique, qui ne peut qu'accentuer les inégalités sociales et les problèmes écologiques, s'étant dorénavant infiltré dans toutes les sphères de la vie publique comme de la vie privée et, point très important, nécessitant une société non réellement démocratique pour prospérer, le rapport qu'entretiennent les partis politiques avec lui détermine le projet de société défendu. Le statu quo ou le grand chantier.

Les partis estimant qu'il est indépassable, voire naturel ou divin peuvent être considérés comme à droite. Ceux qui estiment qu'un système économique quel qu'il soit n'est qu'une addition de décisions humaines, et donc qu'il peut être modifié sont à gauche.

Le balancier de l'histoire suivrait ainsi son cours, ce qui est parfaitement logique étant donné l'émergence de problèmes nouveaux depuis 30-40 ans (écologiques notamment) en sus de ceux engendrés par le néolibéralisme.

Dans cette classification le PS serait un parti de centre-droit, l'UMP correspondrait à la droite dure, Villepin et Bayrou représenteraient un entre-deux, une droite plus classique. Europe écologie serait plus difficile à placer D.Cohn-bendit restant, à dessein, suffisamment flou et incompréhensible sur la stratégie économique de son parti. Il resterait donc à gauche le PCF, le PG, le NPA, les alternatifs et toutes les autres petites formations de la gauche actuelle.

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Ce recadrage me semble avoir plusieurs avantages. Premièrement sa pertinence économique peut-être juger à l'aune du bilan gouvernemental du PS, d'autant qu'il est volontiers brandi comme un trophée par les anciens membres des gouvernements socialistes.

Deuxièmement il permettrait de clarifier les choses pour l'électorat en général et celui du PS en particulier, complètement déboussolé par les élucubrations des uns et des autres. Les cadres du PS seraient obligés de se positionner clairement, et donc d'assumer enfin ce fameux bilan néolibéral pour pouvoir le dépasser ou pas. De nouveaux courants ne manqueraient pas d'émerger.

Troisièmement on arrêterait d'une part, d'assimiler la gauche au PS et d'autre part, de lire des évidences telles que "la gauche n'a pas d'idée".

On lirait alors "le PS n'a pas d'idée mais la gauche, elle, en a." . En effet si les médias de masse ne parlaient plus uniquement du PS, on saurait que la gauche telle que je viens de la définir a des idées et même beaucoup. On pourrait alors les discuter et ne pas être d'accord mais affirmer avec le sérieux du journaliste avisé que la gauche n'a pas d'idée serait tout simplement malhonnête intellectuellement. Ce qui obligerait les journalistes politiques à connaître et faire connaître les propositions de ces partis.

Quatrièmement, il pourrait briser le cercle vicieux consistant pour une partie de la population à répéter en boucle que l'opposition est nulle, qu'elle ne ferait pas mieux si elle était au pouvoir (encore une fois l'opposition est assimilée au seul PS dans ce cas), en déviant les projecteurs médiatiques vers d'autres cieux. Ce lieu commun contribuant grandement au désintérêt et au désespoir que ressentent les citoyens français.

Cinquième et dernier point, il ferait perdre le seul argument de poids électoral du PS, c'est à dire d'être considéré comme le seul parti d'opposition. De ce fait il semble croire qu'il peut faire l'économie d'un programme politique ambitieux puisque le dégoût de la droite est censé suffire à leur assurer la victoire lors de l'élection suivante. En d'autres termes forcer le PS à refaire de la politique au sens noble, en éliminant l'argument du vote utile, véritable plaie des élections à la française.

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La situation paraissant complètement figée actuellement, cette nouvelle frontière pourrait redonner du mouvement au paysage politique français, redonnant ainsi un nouvel intérêt aux citoyens, dégoutés des discours creux et aseptisés. Suivre le balancier permettrait en outre de réfuter une autre évidence, celle que nous aurions atteint la fin de l'histoire.

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