Décryptage de la Ve République par H. Guaino. A écouter, à ré-écouter , et ré-ré-écouter...

J'ai dû écouter plusieurs fois M. Guaino pour en croire mes oreilles.
Henri Guaino - France Inter © France Inter
Henri Guaino - France Inter © France Inter
Henri Guaino - France Inter © France Inter

J'ai dû écouter plusieurs fois M. Guaino pour en croire mes oreilles. Ce matin en direct sur France Inter dans l'émission de Nicolas Demorand, Henri Gaino, conseiller spécial (avec tout ce que cela veut dire) du président faut-il le rappeler, a littéralement pulvérisé la 5ème république et la classe politique française. Pour sa défense il était manifestement troublé, et on le comprend, par la perte d'un de ses compagnons de route mais quelle mouche l'a piqué?

 

 

Interrogé sur la disparition de P.Seguin, après une éloge funèbre il enchaîne (3min 20 de la vidéo) "au fond la classe politique n'est pas organisée pour, aujourd'hui en tout cas, porter des convictions, pour porter des valeurs. Elle est organisée pour conquérir et pour gaino.jpggérer le pouvoir. Voilà.". Et ce n'est pas tout, toujours à propos de Séguin, il rajoute (5min20) "vous savez c'est très déstabilisant pour un système quelqu'un qui fait passer ses convictions avant sa carrière dans un sytème où on fait toujours passer la carrière avant ses convictions. Bon, quelqu'un qui tient à ses idées, quelqu'un qui tient à ses convictions, est quelqu'un de jugé incontrôlable....insupportable, encombrant voilà. Faut pouvoir faire des compromis. Vous savez c'est un homme politique, il savait que la démocratie c'est fait de compromis. Mais il refusait la compromission, ce qui n'est pas tout à fait la même chose, et le système vit de la compromission.".

Interloqué Demorand lui demande quand même si ce n'est pas un portrait un peu dur de la politique, à laquelle il participe tout de même... Ne vous inquiétez pas pour lui il utilisera la classique langue de bois pour se sortir de là.

De toute évidence Guaino se considère en dehors de ce monde politique, et il se place lui-même dans la case des gens à convictions.Ok. Mais comment ne pas remarquer que la carricature de l'homme politique carriériste, sans aucune conviction, avide de pouvoir, à propos duquel tout le monde s'accorde pour dire qu'il est un pur produit du système dénoncé par Guaino, n'est autre que notre président Sarkozy. Or à aucun moment il ne prononce son nom, et ne tente de le disculper de l'accusation, cela aurait été difficile d'ailleurs. La critique vaut aussi pour les membres de la cour, du gouvernement pardon, qui n'ont pas brillé, c'est le moins que l'on puisse dire, par la magnificence de leurs convictions politiques.

 

La technique qui consiste à penser qu'à partir du moment où il "ose" en parler il sera automatiquement innocenté ainsi que sa famille politique, puisqu'ils seraient les seuls conscients de la faiblesse de tous les autres, me semble trop simpliste pour lui. Je le vois mal aussi transformer cela en éloge indirecte du sarkozysme. Il est vrai qu'il représente un électron libre au sein de la majorité, mais comment ne pas y voir une attaque envers Sarkozy et toutes les carpettes de l'UMP? Peut-être que la compromission et le carriérisme de ce gouvernement (et de son président) est une telle évidence, qu'il ne cherche même plus à les disculper, cela a atteint le stade de la vérité générale, du symbolique. Mais s'il croit à ce qu'il dit dans quelle schizophrénie vit-il?!

 

Ou alors le débat sur l'identité aura été l'idée de trop et il serait sur la sellette?

 

Ou alors il a une telle cote auprès du président qu'il peut décidement tout se permettre...

 

Quoi qu'il en soit quelle tristesse (et quelle frustration) d'entendre l'un des protagonistes du gouvernement, résumer en quelques mots terribles qui semblent évidents pour la plupart d'entre nous, la vie politique sous la 5éme république française.

 

 

 

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