Pour une rupture sémantique avec le social-libéralisme

Le terme social-libéralisme est dorénavant utilisé de façon péjorative, et intempestive, par l'autre gauche pour désigner la dérive idéologique actuelle du PS. Il désigne dans l'esprit de ceux qui l'utilisent et le comprennent, le renoncement du socialisme et le basculement vers la troisième voie blairiste, donc vers le néolibéralisme.L'appellation sociétal-libéralisme me paraît pourtant plus proche de la réalité historique, politique et philosophique.

Le terme social-libéralisme est dorénavant utilisé de façon péjorative, et intempestive, par l'autre gauche pour désigner la dérive idéologique actuelle du PS. Il désigne dans l'esprit de ceux qui l'utilisent et le comprennent, le renoncement du socialisme et le basculement vers la troisième voie blairiste, donc vers le néolibéralisme.

L'appellation sociétal-libéralisme me paraît pourtant plus proche de la réalité historique, politique et philosophique.

L'utilisation récurrente du terme "social-libéral" pour qualifier la doctrine philosophique du parti socialiste me paraît impropre pour deux raisons majeures.

 

*

 

1- Sur le plan de l'histoire de la pensée c'est une erreur de fond car ce terme désigne déjà un courant de philosophie politique auquel le Front de gauche est rattaché.

L'ajout du terme "libéral" est bien compris dans l'opinion publique et dans l'autre gauche, il permet de désigner l'abandon des idéaux originels du socialisme pour se conformer à la logique du libéralisme économique prétendument imposée par la globalisation des échanges, soutenue par les grandes instances internationales (UE, OMC, FMI). Autrement dit ce terme est synonyme de la troisième voie blairiste, donc du néolibéralisme de "gauche".

Cette dérive du PS français est indéniable, cependant le libéralisme tel qui est compris ici correspond au seul libéralisme économique, utilisé comme une justification philosophique (la liberté individuelle) pour légitimer la domination d'une oligarchie. Le libéralisme philosophique ne peut être réduit à cette caricature. C'est ce que défendait à partir du XIXe siècle en France et surtout en Italie (1) les penseurs du socialisme-libéral ou social-libéralisme (2). Pour eux il était absurde de dissocier le socialisme du libéralisme en défendant uniquement l'un ou l'autre, car il existait un risque totalitaire à promouvoir seulement la liberté individuelle, ou alors la collectivité prise comme un tout. L’équilibre était à rechercher en associant ces deux philosophies, en gardant comme objectif ultime l'émancipation humaine. Celle-ci ne peut se faire que dans l'égalité sociale, mais en respectant la liberté individuelle. Jaurès par exemple est clairement à ranger dans ce courant philosophique, dans ces textes il n'a eu de cesse de ne jamais opposer liberté individuelle, qui lui semblait être la base du "vrai" socialisme, et l'intérêt général (3). Le Républicanisme peut également être rattaché au socialisme-libéral (4).

Nous constatons ainsi que la philosophie du Front de Gauche, en particulier celle du Parti de Gauche, est l'héritière de cette tradition philosophique, enrichie par l'apport du féminisme et surtout de l'écologie politique (5).

 

*

 

2- Sur le plan politique, cela correspond à légitimer une appartenance supposée au courant socialiste de l'actuel gouvernement, ainsi que de la direction du Parti "socialiste". Cette appartenance sert de paravent au positionnement politique de ce parti, ainsi que de support au clivage droite/gauche admis par tous les commentateurs, servant de caution pour des mesures pourtant clairement conservatrices. En effet si les mots ont un autre but que celui d'embrouiller les citoyens, le socialisme est défini dans le dictionnaire Larousse comme une philosophie construite contre le capitalisme et défendant la socialisation des moyens de production. E.Durkheim par exemple proposait cette définition: "on appelle socialiste toute doctrine qui réclame l'attachement de toutes les fonctions économiques ou de certaines d’entre-elles actuellement diffuses au centre directeur et conscient de la société". (6)

Dès lors une question se pose, où se trouve actuellement le caractère socialiste de la politique du gouvernement Ayraut?

 

*

 

En le qualifiant de social-libéral, nous faisons deux cadeaux au PS, celui de l'appartenance à une philosophie noble qu'il a pourtant désertée, et celui du rattachement au socialisme quand il ne fait plus que du sociétal. Le PS, qui accepte et juge nécessaire la domination d'une minorité, pourrait s'en prévaloir dans un futur proche. (7)

En conséquence le terme sociétal-libéral me paraît mieux correspondre à la philosophie politique actuelle du PS, puisque certaines questions de société, pourvues qu'elles ne touchent pas à la domination de l'économisme actuel, peuvent encore être défendues par ce gouvernement, qui n'a malheureusement plus rien de socialiste. Au sens philosophique du terme.


  1. Partito d'azione ( 1942-1947) ou Guistizia e libertà (justice et liberté) au XIXe siècle

  2. Le socialisme-libéral, S.Audier, La découverte 2006
  3. voir par exemple Socialisme et liberté, La Revue de Paris, décembre 1898
  4. Républicanisme, M.Viroli, Le bord de l'eau, 2011

  5. voir le premier manifeste pour l'écosocialisme

  6. E.Durkheim, cours sur le socialisme, cité par S.Audier dans Les nouveaux chemin de la connaissance, France culture, 28 février 2013

  7. Terme revendiqué pour la première fois par Jérôme Cahuzac dans le débat avec Jean-Luc Mélenchon sur le plateau de Mots croisés, le 7 janvier 2013 sur France 2

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.