"L'oubli" médiatique de Michel Germaneau

Il est frappant de constater que la couverture médiatique des otages français diffère considérablement selon que la victime soit journaliste ou simple citoyen. En d'autres termes si vous vous faites enlever mieux vaut avoir sa carte de presse.

Il est frappant de constater que la couverture médiatique des otages français diffère considérablement selon que la victime soit journaliste ou simple citoyen. En d'autres termes si vous vous faites enlever mieux vaut avoir sa carte de presse.

 

Je lis la presse tous les jours, j'écoute la radio tous les matins, et pourtant j'ai appris l'existence de Michel Germaneau et à fortiori sa menace d'exécution, il y a seulement 15 jours lorsque les ravisseurs ont donné une date butoir au gouvernement français.

Si cette nouvelle m'avait peut-être échappé, c'est uniquement à partir de ce moment que les informations concernant cet otage ont supplanté, ou plutôt égalé, celles concernant les 2 journalistes enlevés en Afghanistan, dont les nouvelles sont régulièrement distillées par leurs confrères. Affaire qui, soit dit en passant, ne m'avait pas échappé.

Si ce réflexe corporatiste peut se comprendre, il est dommage que l'empressement n'ait pas été le même concernant Michel Germaneau, puisque cette stratégie de médiatisation est censée augmenter la valeur de l'otage aux yeux des ravisseurs et donc de lui éviter le pire.

Qu'ont dû penser ses proches lorsque des banderoles et des photos à l'effigie des 2 journalistes étaient déployées au sommet des Alpes, relayées généreusement par les divers flash d'informations, tandis que les français ignoraient tout, jusqu'à son nom, de Michel Germaneau?

Pourquoi une telle différence de traitement médiatique pour une situation similaire, si ce n'est la profession des otages?

 

 

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Pourtant Michel Germaneau avait tout du "bon client" médiatique, un ancien ingénieur reconverti dans l'humanitaire enlevé par des terroristes d'Al-Qaïda au Niger aurait pu stimuler l'abondance journalistique. Malheureusement il ne devait pas disposer de relais aussi puissants que Hervé Ghesquière et Stéphane Taponier.

Il n'est pas question de remettre en cause ici l'aide médiatique et morale apportée aux 2 journalistes, car elle me semble indispensable, mais bien de souligner qu'il est parfaitement injuste que Michel Germaneau n'ait pas eu droit aux mêmes égards. Dès lors une question se pose, le manque de visibilité médiatique, comparativement à d'autres affaires de ce genre impliquant des journalistes la plupart du temps, a-t-il eu un rôle dans le sort tragique qu'a connu Michel Germaneau?

En d'autres termes les médias ont-ils une responsabilité dans cette tragédie?

Le sort de Florence Cassez, emprisonnée au Mexique après un montage médiatico-policier honteux depuis plusieurs années, serait-il le même si elle avait été journaliste?

Il est permis d'en douter.

 

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Voici la réaction du comité de soutien aux 2 journalistes, pas de trace d'un pareil comité pour Michel Germaneau, à l'éxecution de ce dernier : "La situation de Michel Germaneau, enlevé le 20 avril dernier au Niger, était restée longtemps inconnue du public. Comme pour chaque affaire d'enlèvement, désormais, les autorités françaises avaient réclamé une absolue discrétion médiatique. Le Comité de Soutien à Hervé Ghesquière et Stéphane Taponier, qui s'est battu pendant de longs mois pour que l'on parle enfin de ces deux journalistes de France 3 enlevés en Afghanistan, considère au contraire que la médiatisation protège les otages en rendant leur vie plus précieuse aux yeux des ravisseurs" (http://tempsreel.nouvelobs.com/actualite/monde/20100726.OBS7663/les-reactions-a-l-execution-de-l-otage-michel-germaneau.html)

Ce communiqué est troublant parce qu'il semble révéler un certain malaise du comité, réalisant le manque de médiatisation de l'affaire ce dernier préfère renvoyer la responsabilité, non pas aux médias qui produisent l'information, mais au gouvernement qui aurait donné des directives aux journalistes. Il est curieux que ces directives, qui en toute logique ont dû être les mêmes concernant les 2 journalistes, aient pu être transgressées sans problème dans un cas et qu'elles servent de paravent dans l'autre.

Notons également que la liberté de la presse est mouvante puisque lorsqu'il s'agit de dénoncer les turpitudes gouvernementales, elle est absolue, mais quand il s'agit de tenter de comprendre une inégalité médiatique, on constate une étonnante obéissance aux autorités...

 

Cependant il convient de ne rien exagérer, les médias ne peuvent être, bien sûr, tenus pour responsables de l'enlèvement et des conditions de détention de Michel Germaneau. Par contre ils sont responsables de la hiérarchisation du traitement des informations et donc de sous-entendre en fonction de l'éclairage qu'ils en donnent, sans doute à leur insu puisque leur volonté est de venir en aide à leur collègue, qu'un journaliste enlevé a plus de "valeur" qu'un simple citoyen français. Et cela est insupportable.

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