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Billet de blog 5 janv. 2023

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Tirailleurs : un père et un fils, dans l’enfer de la Grande Guerre

Un père et un fils, engagés dans les Tirailleurs sénégalais sur le front des Ardennes en 1917, jouent une intelligente partition de Mathieu Vadepied, mêlant la question historique de la violence coloniale et le romanesque d’un drame père-fils sur fond de guerre.

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Illustration 1
- Alassane Diong et omar Sy, dans la boue des Ardennes - © (c) Marie-Clémence David

Thierno Diallo (Alassane Diong) est requis de force dans son village sénégalais pour aller combattre dans une unité sur le front des Ardennes, en 1917. Bakary (Omar Sy), son père, qui veille sur lui comme la prunelle de ses yeux, se fait engager volontaire pour tenter de le sauver d’une mort plus que probable. Il va passer l’essentiel de son temps à chercher mille stratagèmes pour l’exfiltrer du front, depuis le village où sont abritées les unités entre deux montées en premières lignes. Pendant ce temps-là, Thierno est pris en amitié par le lieutenant Chambreau (Jonas Bloquet), fils d’un général, qui lui retourne le cerveau et le fait monter en grade, lui insufflant sa rage patriotique. Chambraud a une obsession : prendre aux soldats allemands une colline en apparence imprenable, dans une opération type commando. Cette obsession diffère de celle de Bakary, mais connaîtra la même fin.

Pendant la Grande Guerre, 200.000 tirailleurs sénégalais furent engagés dans le Grande Guerre. 30.000 ne reverront jamais le village duquel ils sont partis, souvent de force. Avec Tirailleurs, Mathieu Vadepied (ex assistant de Raymond Depardon, chef op pour Jacques Audiard dans Sur mes lèvres en 2001, et d’Olivier Nakache et Éric Tolédano dans Intouchables en 2011) réussi le pari de ne pas verser seulement dans le film mémoriel interprété par les meilleurs vedettes du moment, comme ce fut un peu le cas, reconnaissons-le, d’Indigènes, de Rachid Bouchareb en 2006. L’enjeu du drame est ailleurs, dans la discordance qui va bientôt entrainer l’opposition entre le père et le fils. Ce drame intime s’appuie sur la fiction romanesque, objectif premier, au service d’une trame historique montrant le rôle politique que ces tirailleurs sénégalais ont eu dans l’histoire de la République. La bravoure de ces soldats déracinés et emmenés malgré eux dans des combats plus ou moins légitimes, n’a d’ailleurs d’égal que le trouble généré par ces conquêtes coloniales et des violences qui en découlèrent.

Un film remarquablement servi par une distribution resserrée (Omar Sy, Alassane Diong et Jonas Bloquet, et une pléiade de seconds rôles efficaces). Tirailleurs fut projeté en ouverture du dernier Festival de Cannes.

Tirailleurs, de Mathieu Vadepied. Avec : Omar Sy, Alassane Diong, Jonas Bloquet. 1h40. En salle le 4 janvier.

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