Blanche comme neige : Laâge du conte

Au bout du conte : l'envers du conte, le nouveau film d'Anne Fontaine. Avec Lou de Laâge, Isabelle Huppert, Charles Berling, Damien Bonnard, Jonathan Cohen, Richard Fréchette, Vincent Macaigne, Benoît Poelvoorde...

Lou de Laâge, Isabelle Huppert © Emmanuelle JACOBSON-ROQUES Lou de Laâge, Isabelle Huppert © Emmanuelle JACOBSON-ROQUES
Cette Blanche Neige se prénomme Claire (Lou de Laâge), et c’est une jeune femme d’une grande beauté, diaphane et pâle comme son nom l’indique. Orpheline, elle suscite l’irrépressible jalousie de sa belle-mère Maud (Isabelle Huppert), qui va jusqu’à préméditer son meurtre. Sauvée in extremis par un homme mystérieux qui la recueille dans sa ferme perchée dans l’Isère près du sanctuaire Notre-Dame de la Salette, Claire, sensuelle et spontanée, décide de rester dans ce village et va éveiller l’émoi de ses habitants... Sept hommes vont tomber sous son charme, dont quatre vont la croquer comme une belle pomme. Début d’une émancipation radicale pour Claire ; et derniers feux du désir en fin de vie pour sa marâtre qui a tout pour finir brûlée dans les feux de l’enfer.

Légère et court vêtue, Blanche comme neige s’en va courir un jogging dans les rues de Lyon, se fait enlever, et se réveille dans une forêt maléfique à faire trembler les enfants à qui on lit des contes de Grimm. Sauf qu’il faudra rapidement censurer l’histoire aux chastes oreilles : Claire – c’est son prénom – assouvit ses désirs – longtemps réfrénés – avec de parfaits inconnus quelques heures auparavant. Tour à tour dépressif, benêt, taiseux ou timide, les quatre « nains » (sur sept) qui cèdent à l’appel de la chair et du vice avec Claire sont autant de faire valoir d’un détournement de conte par Anne Fontaine, dont on se demande bien ce qu’elle a voulu nous montrer, au fond.

De beaux paysages de Drôme et d'Isère filmés avec un drone : probablement. Une jolie femme de 28 ans dans la vraie vie, vue dans des séries jusqu’alors, (1788 et demi notamment, et au théâtre dans  Il était une fois... le Petit Poucet, de Gérard Gelas en 2013) : sûrement. Des portraits d’hommes rapidement brossés entre dépression, bêtise et timidité : assurément. On regrette juste un peu que la réalisatrice des Innocentes (avec Lou de Laâge), Gemma Bovary et Marvin ou la belle éducation nous laisse aussi froid que la sensualité de Claire nous réchauffe, entre deux foulées de jogging en bordure des Alpes. Le suspens hitchcockien suggéré par les routes sinueuses perdues dans le brouillard ne se dissipe finalement jamais. Pas sûr que Blanche comme neige trouve son public venu croquer une si belle pomme, pourtant…

FS

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