L'entonnoir de la rue Henri-Bellamy doit-il rester à sens unique ?

Cette étroite rue servait d’itinéraire de délestage pendant la fermeture du tunnel. Elle avait été mise en sens unique, suite à une pétition des habitants. Le tunnel rouvert, faut-il la remettre à double sens ? Selon une large majorité de riverains : non.

« C’était un enfer avant ! Un enfer ! Regardez l’étroitesse de cette rue, vous imaginez deux voitures qui se croisent ici ? Les gens montaient sur le trottoir à ras les maisons, les murs vibraient, c’était insupportable ! ». Michèle Vincent est une des plus anciennes habitantes de la rue Henri-Bellamy, et ne décolère pas. « La remettre en double sens serait une idiotie sans nom ! ». C’est vrai qu’à bien y regarder, on se demande comment c’était possible de se croiser dans cette rue en forte pente, qui serpente depuis le boulevard de la République jusqu’à celle de la Grand Font.

- Impossible de se croiser dans cette rue très en pente, et surtout très étroite - © - FS - - Impossible de se croiser dans cette rue très en pente, et surtout très étroite - © - FS -
Il faut remonter un peu plus d’un an en arrière pour comprendre. Juillet 2018 : le tunnel sous Angoulême ferme pour plus d’un an de travaux de mise aux normes, et les principales artères d’Angoulême sont en chantier pour préparer l’arrivée du fameux BHNS. Toute la circulation du tunnel se trouve alors refoulée un petit peu partout, au hasard des itinéraires bis dégotés ici ou là par les automobilistes échauffés par les bouchons du quartier gare et du centre-ville. La rue Henri-Bellamy, jusqu’alors à double sens, sera l’un des itinéraires de délestage pour les voitures qui remontent à fond de cale une rue étroite comme un entonnoir. Les riverains, excédés, pétitionnent, demandant que la rue soit mise en sens unique, dans le sens descendant. Ils portent la pétition chez le maire d’Angoulême, un petit peu concerné lui aussi puisqu’il habite la rue. Début octobre, des panneaux provisoires de sens interdit sont installés… ce qui n’empêchera jamais quelques furieux de remonter la rue pied au plancher. Mais le calme revient dans cette paisible rue.

Pendant la fête des voisins fin mai, Xavier Bonnefont fait une courte apparition, et demande entre deux parts de quiche si après la réouverture du tunnel il faudra ou non conserver le sens unique. « Ah non alors ! C’est beaucoup mieux comme ça, c’est plus calme et comment voulez vous vous croiser dans une rue aussi étroite ? » affirme Renée Normand, elle aussi riveraine de longue date et pas fâchée que la rue soit en sens unique.

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Il est vrai que pour les habitants du haut de la rue – celle la plus proche du boulevard de la République - devoir faire tout un détour par la gare ou la Grand Font, pour revenir vers la place Victor-Hugo ou attraper le boulevard de la République est fastidieux. Marcel Racaud est de ceux-là, son garage est à « 50 mètres du haut de la rue », cependant il apprécie le calme d’une rue en sens unique, comme son épouse qui pour rien au monde ne souhaiterait revenir en arrière. « C’est même une chance qu’il n’y ait jamais eu d’accident, car dans ce virage, quand une voiture montait et une autre descendait, il s’en fallait de peu parfois ». Élisa, mère d’un jeune garçon de 6 ans, ne souhaite pas non plus revenir au double sens : « On est toujours tenté de remonter le sens unique, mais pour la tranquillité c’est quand même mieux. Pour la sécurité aussi ! ».

Un peu plus bas dans la rue, même consensus : « Très favorable à laisser comme ça, sans hésiter ! » lance Jean-Pierre Lévêque, « et les voisins sont du même avis. Le double sens c’était tout le temps la pagaille ». F. Mege, un peu plus haut, opine aussi du chef en faveur du statut quo : « Surtout pas le double sens ! Qu’ils laissent comme ça ! Il fallait voir un peu le cinéma que c’était avant ! ».

On a quand même trouvé une ou deux habitantes partagées sur la question. Natacha Oger, qui habite le haut de la rue, trouve que « c’est vrai c’est embêtant de devoir faire tout le tour pour récupérer le boulevard, mais en même temps pour se croiser c’est difficile. Et puis déjà que les voitures roulent vite en descendant… ».  

Sans avoir rencontré l’intégralité des habitants de la rue, seule Anne Terracol a donné clairement son sentiment sur le sens de circulation de la rue Bellamy : « Double sens ! C’était plus pratique que de devoir faire tout le tour par la gare. Et je trouve que ça roulait moins vite » affirme-t-elle. Comme les voitures ne pouvaient pas se croiser, c’est certain…

F.S.

(Article dans sa version complète. Une version partielle est parue dans Charente Libre du 11/09/2019)

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