Effacer l’historique

De Benoît Delépine et Gustave Kervern. Avec Blanche Gardin, Denis Podalydès, Corine Masiero.

- Corine Masiero Blanche Gardin Denis Podalydès - © (c) Les Films du Worso - No Money Productions - Corine Masiero Blanche Gardin Denis Podalydès - © (c) Les Films du Worso - No Money Productions
Trois ex-gilets jaunes partent en croisade contre l’intelligence artificielle et les GAFA, la tête dans le cloud et les pieds dans la glaise. Le dernier film du duo bicéphale Delépine-Kervern explore, avec leur reconnaissable comique de l’absurde et une certaine tendresse pour les combats perdus d’avance, les affres d’un monde ubuesque dans lequel les moins bien armés comme les plus débrouillards se font étriller, à leur corps défendant.

Des heures d’attente au téléphone sur des numéros « verts » ; des données personnelles pillées avec notre consentement plus ou moins de plein gré ; des crédits à la consommation aux conditions désastreuses contractés en quelques clics ; des vidéos compromettantes perdues dans de lointains « data center » ou des « cloud » aussi insaisissable qu’un satellite… Qui n’a pas déjà expérimenté ces grands moments de solitudes face à « l’Internet » ? Avec leur habituel et singulier sens de la dérision, du ridicule des situations vécues, sans se départir d’une certaine tendresse pour les petits, les sans grades, les gilets jaunes qui ont été leur source d’inspiration, Benoît Delépine et Gustave Kervern signent avec Effacer l’historique un nouvel épisode des affres de la vie (ultra) moderne.

- Blanche Gardin Vincent Lacoste - © (c) Les Films du Worso - No Money Productions - Blanche Gardin Vincent Lacoste - © (c) Les Films du Worso - No Money Productions
« On a pris le rond-point de Lidl, on peut bien prendre un data-center ! » s’écrie Corine Masiero (Christine), qui aimerait bien voir décoller les étoiles et avis positifs de son activité de taxi Uber. « Je vais te spoiler la face ! » lance Denis Podalydès (Bertrand) à la figure de la peste collégienne qui harcelle sa fille, qui sombre dans la dépression. Tandis que Blanche Gardin (Marie) essaie de mettre la main sur une embarrassante « sextape » dont elle vient d’être victime (Vincent Lacoste, hilarant).

On pourrait croire, si on n’y prenait garde, que le duo Delépine-Kervern se moque de ces humiliés qui composent la majorité d’une France fracturée de toute part et dont nous sommes si proches ; mais ce serait oublier, comme ils l’avaient déjà fait dans I Feel good il y a deux ans au milieu d’une communauté Emmaüs avec Jean Dujardin et Yolande Moreau, que le fond d’Effacer l’historique baigne dans un profond humanisme qui fait beaucoup de bien à voir.

Au cinéma depuis le 26 août.

F.S.     

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