Ruffec : l’association Eostress vent debout contre les éoliennes

Samedi 16 février après-midi, à la salle polyvalente La Canopé de Ruffec, une centaine de personnes ont pris part une réunion publique organisée par l’association Eostress, présidée par Yves de La Meslière. Objectif : informer les Ruffecois sur le projet d’implantation de 5 éoliennes au nord de la forêt de Ruffec, impactant directement les communes des Adjots, Bernac et Taizé-Aizie.

Environ 130 personnes très intéressées par le projet d'installation d'éoliennes à Ruffec sont venues pour la réunion publique du 16 février © F.S. Environ 130 personnes très intéressées par le projet d'installation d'éoliennes à Ruffec sont venues pour la réunion publique du 16 février © F.S.

 « Trop c’est trop », s’étrangle Yves de La Meslière, président d'Eostress. « Si tous les projets sont acceptés, il y aura 340 éoliennes dans le nord Charente ! ». Une vingtaine de projets sont en effet actuellement à l’étude dans le nord Charente, 9 déjà en service, 3 ont été refusé, 3 en construction, 16 en cours d’instruction. Au total, un quart du territoire de Nouvelle Aquitaine supporte un tiers des objectifs de la carte éolienne de la région : d'ici 2020, 3.000 MW devraient être produits par cette énergie dite "verte". Promotrice du projet, la société allemande Volkswind (absente lors de la réunion publique du 16 février à Ruffec) a déposé des permis de construire dans les communes concernées, non sans avoir assez brièvement informé les habitants en juin dernier au cours de deux matinées d’exposition. Ces éoliennes mesureront 180 m de hauteur en bout de pales. Plusieurs associations et collectifs anti-éoliens du nord Charente, sud Vienne et Confolentais s’étaient jointe à la réunion (1).

« Les pins des Landes doivent être plus beaux que les chênes de Charente »

Points bleus : éoliennes en fonctionnement. Verts : projets autorisés. Jaunes : en cours d'instruction. Rouges : refusés. Points bleus : éoliennes en fonctionnement. Verts : projets autorisés. Jaunes : en cours d'instruction. Rouges : refusés.
Sur la carte de la Nouvelle Aquitaine en effet, projetée pendant la réunion publique, aucune éolienne n’apparaît au sud de Bordeaux. Aucune sur la côte charentaise – pourtant plus ventée que le nord Charente, où la moyenne annuelle de vent est de 5,9 m/s. En revanche, la carte est constellée de petits points colorés dans le nord de la région. Les habitants et certains élus ont le sentiment d’être sacrifiés. Nord Charente, sud Vienne, Confolentais, sud des Deux-Sèvres : des zones rurales en effet déjà fortement impactées par la faiblesse de leur attractivité, d’accessibilités ou d’emplois. Leurs seuls atouts liés à la qualité du cadre de vie, du patrimoine, des paysages et d’habitat se trouvent, selon eux, menacé par ces multiples implantations d’aérogénérateurs. « Les pins des Landes doivent être plus beaux que les chênes de Charente ? », s’indignera Philippe d'Hemery, propriétaire forestier, pour signifier que dans les Landes, aucune éolienne ne vient défigurer le paysage, alors qu’autour de chez lui, oui.

« J’étais favorable aux éoliennes, mais maintenant je trouve qu’il y en a trop »

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À l’issue de la présentation du projet, la salle a pu poser quelques questions, notamment au sujet du démantèlement promis au bout de vingt ans par les sociétés d’implantation d’éoliennes. « Elles promettent 50.000 €, c’est légal, mais on sait dès aujourd’hui que le coût réel du démantèlement sera bien au-delà de 450.000 €, jusqu'à 900.000 € pour les plus hautes » ajoute encore le président d’Eostress. « Des milliers de tonnes de bétons des socles resteront enfouis dans le sol des propriétaires des terrains. Où est l’écologie là dedans ? Je parlerai plutôt d’escrologie ». Prenant la parole pendant la séance de questions, le maire de Nanteuil-en-Vallée, Didier Villat, également conseiller départemental du nord Charente, cible quant à lui les méthodes des sociétés d’éoliennes. « Ils promettent 5.000 € pour 2.000 m² aux propriétaires de terres agricoles. Si ce dernier négocie bien, ça peut monter à 10.000 € par an de rente. Les paysans ont besoin d’argent… Et quand ces affaires sont conclues, ils ne sont pas encore allés voir le maire ! ».

Les trois conseils municipaux des communes concernées ont voté contre. À Ruffec, le projet a été accepté de justesse à 10 voix contre 9. La voix du maire, Bernard Chabonneau ? « Il avait promis de venir, et il n’était pas là » regrette Laurent, habitant près de Bernac. Une pétition sera remise le 22 février à la commissaire enquêtrice chargée de l’enquête publique. In fine, la préfète de Charente décidera si oui ou non, 5 éoliennes de plus viendront fleurir le paysage du nord du département. « J’étais favorable aux éoliennes, mais maintenant je trouve qu’il y en a trop », dira un des participants à cette réunion publique, comme le cri d’une ruralité qui se sent, une nouvelle fois, sacrifiée.

À Ruffec, F.Sabourin

(1) Association de défense Saint-Fraigne et alentours. APAPPA d’Aigre. Label Horizon (Bioussac). Brisevent (Saulgon). ECC (Confolens). A bout de souffle (Vouthon). CLE (Charente Limousine environnement) de Nieul. RAPASSE (Saint-Laurent-de-Ceris). Sonnette d’alarme (Cellefrouin).

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