Les Misérables: passe ton Bac à Montfermeil d'abord

- Damien Bonnard, Djebril Zonga, Alexis Manenti - © Copyright SRAB Films - Rectangle Productions - Lyly films - Damien Bonnard, Djebril Zonga, Alexis Manenti - © Copyright SRAB Films - Rectangle Productions - Lyly films
Le film de Ladj Ly embarque le spectateur au cœur de la vie d’un groupe de la Bac, dans une cité de Montfermeil où fourmillent des jeunes désœuvrés en plein cœur de l’été, au lendemain de la victoire de la France en coupe du monde de foot. Montfermeil, c’est là que vivaient les Thénardier du roman de Victor Hugo, il y a un siècle et demi. Un certain Jean Valjean y avait fait la connaissance d’une petite Cosette. Les Misérables, un film tendu comme un string, où l’étincelle peut à tout moment mettre le feu aux poudres. Tout en laissant la fin plutôt ouverte. Heureusement ?

Les Misérables s’ouvrent le 15 juillet 2015 au soir de la finale de la coupe du monde de football. On voit le jeune Issa, revêtu d’un drapeau tricolore, prendre le RER avec ses copains pour aller voir le match à Paris, sur le Parvis des Droits de l’Homme du Trocadéro. C’est la victoire, c’est la liesse populaire, tout le monde chante la Marseillaise et les Champs-Élysées pavoisent en bleu-blanc-rouge, black-blanc-beur épisode 2. Le lendemain matin, Stéphane (Damien Bonnard) flic provincial débarque de Cherbourg pour intégrer la Bac (Brigade anti-criminalité) de Montfermeil en Seine-Saint-Denis. Il découvre Chris (Alexis Manenti) et Gwada (Djebril Didier Zonga) avec lesquels il va vivre « les pires 24 heures de sa vie » selon ses propres mots. Un lionceau a disparu d’un cirque tenu par des Roms plutôt nerveux. Ces derniers foncent dans la cité à sa recherche, accusant un des enfants de l’avoir volé. La tension monte. Une interpellatio

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n tourne à la bavure, le tout filmé par un drone. Cette tension ne redescendra pas jusqu’à la fin, filmé à la manière d’un western.

Si vous espériez voir déambuler Jean Valjean, Mgr Myriel, Cosette et Marius dans la cité, alors vous vous êtes trompé de film. Mais Javert, oui. Pour autant, Ladj Ly campe le décor et le titre ne s’éloigne jamais de ce qui fit un des ressorts de l’œuvre de Victor Hugo. Redoutée, chaque apparition de la police dans la cité constitue un élément essentiel de cet écosystème si particulier qui ne tient que par des petits arrangements dans cette poudrière aux relations électriques. Stéphane assiste à cette visite guidée, visiblement agacé au départ d’être pris pour le « bleu » ; hésitant sur la conduite à tenir lorsqu’un des enfants sera blessé par un tir de flashball ; vacillant enfin quand il s’agira de sauver sa peau, qui sait ?

Les Misérables ressemblent à une course effrénée, d’abord pour retrouver le voleur du lionceau, puis pour mettre la main sur celui qui détient la carte mémoire du film de la bavure. Les seconds rôles ne sont pas oubliés et trouvent l’espace nécessaire pour exprimer ce qu’ils ont à dire (Ladj Ly est un cinéaste militant), et personne ne peut dire où se situe la frontière entre comédiens professionnels et non professionnels. On en ressort lessivé, et la fin ouverte - le réalisateur ne tranche pas : le huis-clos dans la cage d’escalier est à ce sujet fort habile - nous laisse la tête dans le seau. Le même que celui que Jean Valjean proposa à Cosette de porter, tant il semblait lourd ? Peut-être…

F.S.

Prix du Jury à Cannes 2019.

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