Faut-il élire Xavier Bonnefont dès le 1er tour ?

Pourquoi, afin de favoriser le fameux "débat démocratique", et surtout éviter la surchauffe des esprits avec une victoire trop large, il ne vaudrait mieux pas élire un maire dès le 1er tour ? (dans une ville moyenne d'environ 45.000 habitants par exemple...)

La Charente Libre a publié un dossier le 19 février, analysant un sondage BVA sur les prochaines élections municipales des 15 et 22 mars. Le titre est très explicite : « Bonnefont élu dès le premier tour ? ». Selon ce sondage, 49% des personnes interrogées se disent prêtes à voter pour le maire sortant dès le 1er tour (27 % pour l’écologiste Françoise Coutant, 9 % pour la socialiste Martine Pinville), et 56% au second dans un éventuel duel contre Françoise Coutant. La marche pour sa réélection ne semble donc pas très haute pour Xavier Bonnefont, et ce dès le 1er tour. Charente Libre estime même qu’il « écrase la concurrence ».

Il ne fait guère mystère que le maire sortant et son équipe peuvent légitimement espérer s’asseoir de nouveau dans le fauteuil du château comtal de la place de l’hôtel de ville, dans un mois. Les vents sont plutôt favorables : pour une fois pas de division à droite (Samuel Cazenave a jeté l’éponge ce qui n’était pas le cas en 2014) ; LREM a adoubé la liste de l’ex Les Républicains bref : tout baigne dans l’huile. Pour autant Xavier Bonnefont devrait garder la tête froide à la lecture de ce sondage qui semble gonfler ses voiles. Un sondage reste un sondage, et seul le résultat des urnes compte. On a déjà vu, aux soirs d’élections, des sondeurs se planter dans les grandes largeurs et descendre dans des abîmes d’auto-flagellation piteuses…

Au risque de ne pas me faire que des amis, non, il ne vaudrait mieux pas élire Xavier Bonnefont dès le 1er tour, ni aucun maire d'une ville de cette strate d’ailleurs ! D’abord parce que c’est plus sain pour le fameux débat « démocratique » dont on nous répète à l’envi qu’il est déjà bien écorché depuis 2017. Ensuite parce que le risque existe – qui peut prétendre ne pas être tenté d’y succomber ? - de « surchauffe du casque » dès les derniers effets de la traditionnelle gueule de bois des lendemains de victoire. « Rien n’échoue comme le succès » écrivait Jean d’Ormesson. Le dernier a avoir presque réalisé cet exploit est Philippe Mottet, en 2001, avec 49,59 % des voix au 1er tour, un quasi plébiscite, et 59,29 % au second tour, écrasant J-C Viollet. Son mandat fut pour le moins contrasté, et il en demeure un échec nommé « champs-de-mars », centre commercial sous-terrain censé redynamiser un commerce de centre-ville souffrant et à l’esplanade bétonisée que Xavier Bonnefont s’efforce désormais de verdir. En 2008, quelques mois après l’inauguration de ce « fleuron » commercial, Philippe Mottet buvait le bouillon amère des soirs de défaites…

Verdir. C’est bien l’enjeu du premier, et même du second tour de ces municipales angoumoisines. Du mandat tout entier pourrait-on dire. Le « greenwashing » est à la mode – Xavier Bonnefont n’y échappe pas – mais sa volonté écolo-compatible sera-t-elle suffisante pour les Angoumoisins, à l’heure où les envies écolos de centre-ville poussent comme des champignons. Avant de rêver franchir la ligne d’arrivée en vainqueur, l’équipe Bonnefont « Angoulême, c’est vous » devrait se pencher sur les résultats des dernières élections européennes. Après le « périph’vert », ce fut la « croissance verte » dans la cité des Valois. Un signe ?

- La "végétalisation" du quartier gare, selon Sandra Ros, de la liste "Angoulême, c'est vous" - © FS - La "végétalisation" du quartier gare, selon Sandra Ros, de la liste "Angoulême, c'est vous" - © FS
 Car les Angoumoisins ont (enfin) découvert les vertus d’habiter « une ville à la campagne » ; ils doivent cependant sourire un brin lorsqu’ils entendent, dans une des vidéos flash qui fleurissent actuellement sur le Facebook officiel Xavier Bonnefont 2020, #XB2020, Sandra Ros expliquer (sans rire, elle) que son coup de cœur pour Angoulême, c’est « la gare, je trouve que la végétalisation au niveau de la gare a donné un espace de verdure à cette ville que j’aime beaucoup ». On se pince. Si la gare est « végétalisée », alors le Jardin vert c’est la forêt amazonienne… Sans porter Françoise Coutant au pinacle, il n’est peut-être pas inutile de ne pas donner toutes les clés à une seule équipe et ce dès le 15 mars.

- Ah mais si, c'est vrai, c'est "végétalisé" la gare... - © FS - Ah mais si, c'est vrai, c'est "végétalisé" la gare... - © FS
 « Penser contre soi-même », disent les sages, le principe du contradictoire n’est jamais une mauvaise chose, à moins de rêver, comme disait paraît-il Erik Satie : « En matière de modestie, je n’ai de leçons à recevoir de personne ». Greenwashing ou pas, l’équipe « Angoulême, c’est vous » déjà assez sûre d’elle-même comme ça (surtout chez les sortants qui redémarrent), si en plus elle était élue au 1er tour elle attraperait un de ces melons qu’il faudrait d’urgence en agrandir les portes – pourtant larges – des salons de l’hôtel de ville… Lequel, lui aussi, possède deux tours. Autant en profiter.  

FS

 

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