Poly : Nicolas Vanier à cheval sur la comédie équestre familiale

Le dernier film de Nicolas Vanier adapte au cinéma un feuilleton des années 60, en lui redonnant du rythme et de la couleur. Les personnages – y compris les seconds rôles - trouvent une épaisseur et une direction d’acteurs perdues dans le précédent opus, L’École buissonnière. Il en ressort une comédie familiale plaisante à regarder et plutôt bien ficelée, mais pas non plus sans défauts.

Poly s'ouvre sur un cabriolet 404 dans lequel une petite fille de dix ans, Cécile (Élisa de Lambert), fait la gueule, traversant des paysage du sud à couper le souffle. Au volant, sa mère (Julie Gayet) en pantalons corsaires et foulard sur la tête, va tenter sa chance après divorce (rare pour l’époque). Une fois vissée sa plaque d’infirmière libérale sur la place du village – qui voit d’un œil en biais cette parisienne et sa môme – elle tente de s’intégrer. Arrive un cirque dans le bourg. Il est conduit par Brancalou (Patrick Timsit, excellente prestation) un monsieur Loyal qui porte bien mal son nom. Il maltraite son poney star, Poly, cheval courageux et de bonne volonté. Cécile, s’en entiche et va fuguer avec le petit cheval rendu à sa liberté.

On a aimé : Nicolas Vanier, qui, après le soporifique et très décousu L’École buissonnière (2017), semble retrouver l’art du scénario construit et de la direction d’acteurs. Et surtout d’actrice : la jeune Élisa de Lambert est (presque) parfaite dans le rôle de la frondeuse et fugueuse Cécile, qui a visiblement de qui tenir si on en juge par sa mère, elle aussi femme libre et indépendante (Julie Gayet en blonde, étonnante). François Cluzet, en châtelain marginal, semble sortir de son lit à chaque plan (à moins que ça ne soit le Mistral qui le décoiffe ?), est beaucoup mieux qu’en Totoche, branquignole braconnier de Sologne.

Le rythme et le soin apporté aux seconds rôles – mention spéciale pour les deux gendarmes guignolesques qui font un peu oublier, malgré la couleur de leur uniforme, le chef Cruchot – apportent du plaisir à ces cent-deux minutes de film familial, parfait pour les pluvieuses vacances de la Toussaint avant le reconfinement général.

- Patrick Timsit, François Cluzet - - Patrick Timsit, François Cluzet -
On a moins aimé : le côté trop « propre » des tenues et des décors, d’une France des années 50-60 ripolinée qui semble directement sortie des armoires de nos grands-mères et sent bon les pivoines de la Fête-Dieu. Mais bon, la nostalgie est un mal auquel le cinéma français ne sait pas toujours très bien comment y remédier. Finalement le noir et blanc y serait peut-être aussi bien parvenu… Étonnants aussi les anachronismes des combats militants d’une jeunesse des sixties qui n’aurait jamais boudé la viande de son assiette (« pour ne plus faire de mal aux animaux »), ce qui donne quand même une des meilleures répliques de Poly : « Quoi ?! Mais tu es devenu complètement fada ! Le fils du boucher qui ne veut plus manger de viande !). Poly, film végan avant l'heure...

 

Poly, de Nicolas Vanier, avec François Cluzet, Julie Gayet, Élisa de Lambert, Patrick Timsit, Orian Castano… 1h42. Sortie le 21 octobre.

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