fredericsabourin
Journaliste free lance - Enquêteur - Ecrivain - Photographe - Educateur aux médias pour la jeunesse (et même les + vieux)
Abonné·e de Mediapart

98 Billets

0 Édition

Billet de blog 28 janv. 2022

La Place d’une autre

Film d’Aurélia Georges. Avec Lyna Khoudri, Sabine Azéma, Maud Wyler, Laurent Poitreneaux, Didier Brice, Olivier Broche. 1h52. En salle depuis le 19 janvier.

fredericsabourin
Journaliste free lance - Enquêteur - Ecrivain - Photographe - Educateur aux médias pour la jeunesse (et même les + vieux)
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

- Lyna Khoudri et Sabine Azéma - © (c) Pyramide Productions

Sur fond de première guerre mondiale, en 1914, la jeune Nélie Laborde (Lyna Khoudri) se fait éjecter de son travail de bonne suite à des gestes déplacés de son maître, qu’elle refusa. Errant dans la rue et ayant recours à la prostitution pour survivre, elle est sauvée par des missionnaires de la Croix Rouge et se retrouve infirmière au front, dans les Vosges. Le hasard lui fait croiser la route de Rose Juillet (Maud Wyler), semblant surgir du fond des sombres bois vosgiens. Rose est une jeune femme suisse de bonne famille se rendant à Nancy chez une amie de son défunt père, avec une lettre de recommandation, afin d’y devenir sa dame de compagnie. Mais un obus éclate et la voyageuse est laissée pour morte. Sans trop hésiter, Nélie s’empare de ses vêtements et de la précieuse lettre, et débarque chez Mme Éléonore de Lengwil (Sabine Azéma), veuve bourgeoise et protestante vivant seule dans une grande maison, avec son personnel.

Aurélia Georges et Maud Ameline, sa coscénariste, avaient tout pour réussir un film dont l’intrigue dramatique et romanesque attire généralement les spectateurs : l’usurpation d’identité (à une époque où ni Internet ni les traces d’identité laissées ici ou là le permettaient aisément !) et l’art obligé de la dissimulation qui l’accompagne. Hélas, la lenteur et les faiblesses d’écriture des dialogues rendent les 1h52 de La Place d’une autre fastidieuses à tenir, tant on voit arriver les évènements avant même qu’ils ne surgissent, comme tirés par des ficelles mal tissées.  

Si, au début, on suit avec intérêt la jeune Nélie dans ses nouveaux habits – au sens propre comme au figuré – de jeune femme de compagnie d’une grande bourgeoise aux airs mutins qu’on peine à cerner (remarquable Sabine Azéma, qu’on aime revoir avec une certaine gourmandise… !), la séquence s’éternise... Nélie se fond bien, dans ce décor soigné, suranné d’une fin de belle époque et début de guerre, tenant la dragée haute à sa patronne, ainsi qu’à son neveu Julien (Laurent Poitreneaux), pasteur à la fibre socialiste.

- Rose Juillet (Maud Wyler) - © (c) Pyramide Productions

Le film semble prendre un tournant au moment où, surgissant de nouveau comme la première fois du fond des bois, Rose Juillet débarque dans la maison de Mme de Lengwil, spectre revenant d’outre-tombe (elle n’était pas morte) et réclamant son dû. Son dû, sous les deux formes : à la fois la place concrète qui lui était promise (dame de compagnie) et sa place dans la société qu’elle n’aurait jamais dû perdre. Qu’est-il en effet promis à une femme sans mari et sans argent ni protecteur ou protectrice au début du XXe siècle ? Rien ou presque, si ce n’est l’errance, ou la rue, ou les deux.... Une petite bonne de la maison bourgeoise, malencontreusement enceinte et forcée par Mme de Lengwil de quitter ses fonctions, le résume d’une phrase terrible : « Pourvu que ce soit un garçon surtout. Nous n’avons aucune place dans cette vie ».

- Sabine Azéma, Laurent Poitreneaux - © (c) Pyramide Productions

Qui, de l’usurpatrice ou de l’usurpée prendra l'ascendant sur l’autre ? Comment prouver qu’on est bien celle qu’on prétend être, et comment ne pas se faire démasquer ? Avec un souci du cadre et classicisme 1914 d’un film en costumes, Aurélia Georges séduit, malgré tout, avec des compositions et une photographie qui rendent La Place d’une autre agréable à regarder. N’en demeure pas moins ce sentiment tenace qu’avec un peu plus de rythme, moins de lenteur et des dialogues plus ciselés –peut-être aussi une fin plus « mordante », moins happy end – l’œuvre toucherait à la perfection. On peut malgré tout avoir un avis contraire…

F.S. 

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — France
Fausse rétractation de Takieddine : sur la piste d’un « cabinet noir » au service de Sarkozy
L’enquête sur l’interview arrangée de Ziad Takieddine révèle les liens de plusieurs mis en cause avec le clan Sarkozy et leur volonté de « sauver » l’ancien président, mais aussi ses anciens collaborateurs, Brice Hortefeux et Thierry Gaubert, également mis en examen dans l’affaire libyenne.
par Karl Laske et Fabrice Arfi
Journal — Terrorisme
Les confidences du commissaire des services secrets en charge des attentats du 13-Novembre
Le commissaire divisionnaire SI 562 – le nom de code le désignant – a dirigé la section chargée des enquêtes judiciaires liées au terrorisme islamique à la DGSI, entre 2013 et 2020. Il offre à Mediapart une plongée inédite dans les arcanes du service de renseignement.
par Matthieu Suc
Journal — Justice
À Marseille, des juges font reculer l’incarcération à la barre
L’aménagement de peine, par exemple le bracelet électronique, prononcé dès le jugement, est une possibilité qui n’avait jamais décollé avant 2020. Mais à Marseille, la nouvelle réforme de la justice et la volonté d’une poignée de magistrats ont inversé la tendance. Reportage en comparution immédiate.
par Feriel Alouti
Journal — France
Violences conjugales : le jugement qui condamne le candidat LREM Jérôme Peyrat
Investi par la majorité présidentielle malgré sa condamnation pour violences conjugales, l’ancien conseiller d’Emmanuel Macron continue de minimiser les faits. Mais le jugement rendu en septembre 2020 par le tribunal correctionnel d’Angoulême note que Jérôme Peyrat a « adapté sa version » aux stigmates, physiques et psychologiques, constatés sur son ex-compagne, ayant occasionné 14 jours d’ITT.
par Ellen Salvi

La sélection du Club

Billet de blog
La clique de « Kliniken » vue par Julie Duclos
Quinze ans après Jean-Louis Martinelli, Julie Duclos met en scène « Kliniken » du dramaturge suédois Lars Noren. Entre temps l’auteur est décédé (en 2021), entre temps les guerres en Europe ont continué en changeant de pays. Immuable, la salle commune de l’hôpital psychiatrique où se déroule la pièce semble jouer avec le temps. Troublant.
par jean-pierre thibaudat
Billet de blog
La chanson sociale, comme levier d’empowerment Bernard Lavilliers en concert
Dans la veine de la chanson sociale française, l’artiste Bernard Lavilliers transmet depuis plusieurs décennies la mémoire longue des dominés, leurs souffrances, leurs richesses, la diversité des appartenances et propose dans ses narrations festives et musicales. Balzac disait que «Le cabaret est le Parlement du peuple ». En quoi la chanson sociale est-elle un levier de conscience politique ?
par Béatrice Mabilon-Bonfils
Billet de blog
Un poète palestinien : Tawfik Zayyad
Cette poésie simple, émouvante, populaire et tragique a circulé d'abord sous les tentes des camps de réfugiés, dans les prisons avant d'être lue, apprise et chantée dans toute la Palestine et dans tout le monde arabe.
par mohamed belaali
Billet de blog
La comédie des catastrophes
Au Théâtre de la Bastille, le collectif l'Avantage du doute dresse un hilarant portrait de la société contemporaine pour mieux en révéler ses maux. De l’anthropocène au patriarcat, de la collapsologie aux comédiennes mères ou non, du besoin de tendresse des hommes, « Encore plus, partout, tout le temps » interroge les logiques de puissance et de rentabilité par le biais de l’intime.
par guillaume lasserre