Savoir partir (quand l'opposition s'invite dans l'exécutif à Paris)

A-t-on déjà vu l'opposition gouverner ? La question pourrait paraître cocasse et pourtant, c'est bien la situation dans laquelle on se trouve dans le 20e arrondissement de Paris ! Terre de gauche et de progrès social et écologiste, ce territoire est aujourd'hui devenu un "haut-lieu" d'une "macronie" de plus en plus "offensive", dans une relative indifférence.

Dans la suite des élections présidentielle et législatives de 2017 qui ont porté Emmanuel Macron et sa formation "La République En Marche" (LaREM) au pouvoir sur le plan national, se sont créés à Paris (à l'Hôtel de Ville et dans les arrondissements) des groupes politiques se réclamant de ce mouvement politique. La plupart des membres de ces groupes ont depuis adhéré à LaREM.

Annonce de la démission de Mao Péninou de l'exécutif parisien suite à son ralliement à "En Marche" © Le Parisien Annonce de la démission de Mao Péninou de l'exécutif parisien suite à son ralliement à "En Marche" © Le Parisien


Au Conseil de Paris, celles et ceux qui ont rejoint Emmanuel Macron et LaREM ont naturellement quitté "l'exécutif", c'est à dire l'ensemble des Maires, adjoints à la Maire, et conseillers "délégués". Autrement dit celles et ceux qui "exécutent" la politique municipale, sur délégation de la Maire, sous "sa surveillance et sa responsabilité" (art. L2122-18 du Code Général des Collectivités Territoriales). Mais dans les arrondissements, cette règle n'a pas été appliquée, menant à des situations assez peu respectueuses des électeurs et de nos institutions.

"Clarifier les choses" ?

Ainsi, dans le 20e arrondissement de Paris, un groupe "Démocrates, Progressiste, et Ecologistes" souhaitant "la réussite du quinquennat d'Emmanuel Macron"  s'est constitué dès novembre 2017. Composé de 9 élus (provenant initialement du PS et d'EELV), il compte dans ses rangs 7 adjoints à la Maire d'arrondissement Frédérique Calandra (dont la 1ère adjointe Florence de Massol), un conseiller délégué, et même le Sénateur et Président du groupe macroniste à l'Hôtel de Ville Julien Bargeton. Ces 8 membres de l'exécutif sont donc chargés "sous l'autorité de la Maire" (comme le précisent les arrêtés qui les ont nommés) des questions notamment scolaires, de transports, de voirie, de propreté, de commerce, de démocratie locale, des espaces, verts, ... C'est à dire l'essentiel des délégations de contact direct avec les habitants de l'arrondissement ...

Tweet de la 1ere adjointe "En Marche" Florence de Massol à l'occasion d'une visite de Benjamin Griveaux © Twitter / Florence de Massol Tweet de la 1ere adjointe "En Marche" Florence de Massol à l'occasion d'une visite de Benjamin Griveaux © Twitter / Florence de Massol

 Ils ne manquent d'ailleurs pas de s'afficher et faire "du terrain" avec les députés LaREM de l'arrondissement (Laëtitia Avia et Pierre Person) mais aussi à faire découvrir les structures de l'arrondissement aux membres du Gouvernement (par exemple le 14 septembre avec Benjamin Griveaux à la recyclerie de la Porte de Montreuil et le 30 novembre au centre social Annam).

Seulement cette semaine le groupe macroniste "Démocrates et progressistes" au Conseil de Paris, aux ambitions affichées pour les élections municipales à Paris en 2020, est rentré "officiellement" dans l'opposition municipale. Et il ne s'en cache pas. D'abord en ne votant pas le budget 2019. Bien qu'il n'y ait pas à ma connaissance d'obligation légale ou réglementaire de voter le budget pour celles et ceux qui se réclament de la majorité, il est accepté et "su" de toutes celles et ceux qui participent à des assemblées que le vote du budget est l'acte qui détermine l'appartenance (ou pas) à la majorité. Mais aussi tout simplement en l'assumant et le déclarant, comme l'a fait Julien Bargeton, Président du groupe macroniste dans "le Parisien" du 10 décembre 2018. Après avoir critiqué la gestion budgétaire, la politique du logement, et la politique en matière d'environnement de la Maire de Paris, à la question de la journaliste " En votant contre son budget, vous sortez clairement de la majorité…" il répond "Oui, il y a un moment où il faut clarifier les choses". (http://www.leparisien.fr/paris-75/conseil-de-paris-pour-julien-bargeton-ce-budget-ne-prepare-pas-correctement-l-avenir-10-12-2018-7965174.php).

Clarifier les choses, voilà une intention louable. Et dans le 20e arrondissement de Paris, cela devrait logiquement commencer par le départ de "l'exécutif" de 8 élus d'opposition qui y sont confortablement installés. Comment un "adjoint" peut-il appartenir à l'opposition ? Comment peut-il mener la politique municipale dans des secteurs aussi importants que ceux cités ci-dessus ?

Annonce d'une réunion publique "En Marche" avec le titre de "1ere adjointe à la Mairie du 20e" © Twitter / Florence de Massol Annonce d'une réunion publique "En Marche" avec le titre de "1ere adjointe à la Mairie du 20e" © Twitter / Florence de Massol

Respecter les habitants ... et nos institutions

Tout cela est légal et pourtant, comment expliquer aux habitants et électeurs du 20e que les principaux services aux administrés sont de la responsabilité d'adjoints non seulement se réclamant de la République En Marche mais qui au niveau parisien votent contre le budget (et donc la politique) menée par Anne Hidalgo ? Légalement, c'est la Maire d'arrondissement qui a le pouvoir de retirer les délégations qu'elle a attribuées. Elle peut ensuite consulter le conseil municipal qui délibère sur le maintien des fonctions d'adjoint (ou pas). Madame Calandra serait d'ailleurs bien inspirée de s'exprimer sur la participation à sa majorité d'autant d'élus d'opposition ! De quoi rendre jaloux les autres groupes d'opposition ("Place au peuple" et "Républicains") ! Sans parler du dilemme pour les 23 élus des groupes écologiste, socialiste, communiste et "alternative écologique et sociale", qui constituent la majorité du conseil d'arrondissement et sont restés fidèles à leur engagement de 2014 auprès d'Anne Hidalgo mais qui, avec 7 adjoints également ... doivent cohabiter dans le même semblant "d'équipe" municipale que les 7 adjoints LaREM. 


La scène du compte-rendu de mandat de la Maire du 20e vendredi 14 décembre ne manquera pas de piquant. On pourrait presque en rire si cela ne contribuait pas à décrédibiliser "les politiques" et "la politique".

Interview de Julien Bargeton annonçant le vote contre le budget et la sortie de la majorité © Le Parisien Interview de Julien Bargeton annonçant le vote contre le budget et la sortie de la majorité © Le Parisien

Alors il serait tout à l'honneur de LaREM, qui a construit son identité sur le "parler vrai" et la "moralité" de ne pas bafouer les institutions, déjà si mal en point. Il faut d'ailleurs reconnaître aux représentants locaux de cette formation, à commencer par M. Bargeton, qu'ils font ce qu'ils disent et qu'ils disent ce qu'ils font de façon transparente, dans la presse et sur les réseaux sociaux. L'honnêteté commanderait ici le minimum de cohérence et de clarification !

Alors, mesdames et messieurs les élus d'opposition, un petit effort et prenez de vous-même l’initiative d'assumer vos choix. Partir de vous même, c'est clarifier. Rester, c'est ajouter à la confusion institutionnelle et alimenter le sentiment déjà bien trop répandu de manoeuvres politiciennes.

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