Copains d'avant (60 nuances de verts)

Les législatives 2017, c'était il y a un an, une éternité en politique ! Quelques articles se sont intéressés au devenir des "stars" de l'ère Hollande, mais que sont devenus les ex-députés écologistes et leurs équipes ? Petit voyage dans l'ex "galaxie parlementaire écolo" de Macron à Pôle emploi, en passant par quelques emplois politiques et autres aventures personnelles.

Ce 18 juin marque la date anniversaire du grand renouvellement qui a secoué l'Assemblée nationale lors des législatives de 2017 (424 nouveaux députés sur 577, soit les 3/4). Pour l'occasion, François De Rugy, Président de l'Assemblée nationale était ce matin l'invité de la matinale de France Inter. Il y a défendu sur les ondes matinales son travail et celui de la majorité "En Marche" à l'Assemblée nationale. Un temps candidat à la primaire socialiste pour l'élection présidentielle, François de Rugy a été co-président du premier groupe écologiste à l'Assemblée de 2012 à 2015 (date à laquelle il a quitté EELV pour désaccords politiques). Mais tous les ex-députés écolo et leurs collaborateurs n'ont pas connu le même sort.

Cet "anniversaire" est l'occasion de se pencher sur ce que sont devenus les députés et leurs collaborateurs écologistes. J'ai ainsi pointé un à un le sort de celles et ceux qui étaient encore en poste à la fin de la mandature précédente (sources : recherches sur le réseau professionnel Linked In et informations directes). Soit un échantillon de 60 personnes (18 députés et 42 de leurs collaborateurs identifiés). Ce qui distingue l'ensemble de l'échantillon de l'analyse des seuls 18 députés est que parmi ceux-ci la proportion de ceux n'ayant pas retrouvé d'activité est encore plus grande que pour l'ensemble de l'échantillon (7 sont sans emploi, 5 ont été réélus "En Marche", 2 ont un emploi hors politique, et 4 sont retraités).

Dans les grandes masses on peut distinguer trois grandes catégories de tailles à peu près équivalentes : ceux qui sont toujours actifs dans l'univers, politique, ceux qui ont trouvé un emploi dans d'autres sphères, et enfin ceux qui sont toujours sans emploi et/ ou fonction politique un an plus tard.

Devenir des ex-députés écologistes et leurs collaborateurs en juin 2018

(Sources : Linked In et l'auteur sur un ensemble de 18 ex-députés et 42 collaborateurs)

Répartition par type d'activité en juin 2018 (députés et collaborateurs) © F. Guerrien Répartition par type d'activité en juin 2018 (députés et collaborateurs) © F. Guerrien

 Show must go on : les "politiques"

Parmi les 22 élus et collaborateurs (37% de l'échantillon) encore actifs "en politique", 5 sont députés "En Marche" (De Rugy, Pompili, Alauzet, Lambert, et Molac) accompagnés de 8 collaborateurs anciennement écologistes qui occupent aujourd'hui de bonnes positions dans le dispositif de l'Assemblée nationale (cabinet du Président de l'Assemblée, groupe EM, ou encore cabinet de Présidente de commission). Sur le plan de la carrière (politique), c'était un choix "gagnant". A l'inverse, aucun des députés restés apparentés EELV ou qui ont refusé l'investiture EM n'a été réélu. Les seuls "convertis à EM"' (j'espère qu'ils ne m'en voudront pas du terme, leurs choix leur appartenant et certains étant restés des amis !) représentent donc presque le quart des ex-écologistes de l'Assemblée nationale.

Dans une moindre mesure, et pour les collaborateurs qui sont restés fidèles à leur formation politique d'origine, la Mairie de Paris a constitué une opportunité à la fois politique et professionnelle (le remaniement de l'exécutif d'Anne Hidalgo élargi à l'automne 2017 a notamment ouvert quelques postes nouveaux pour les collaborateurs). 5 ex-collaborateurs écologistes y occupent aujourd'hui des fonctions de cabinet auprès de l'exécutif. Il y a là une certaine logique, la ville de Paris étant l'une des dernières grandes collectivités restées à majorité de gauche et écologistes et surtout, sa situation géographique correspond à la sociologie des ex-collaborateurs écologistes de l'Assemblée. 3 autres personnes occupent des fonctions politiques diverses et isolées (élue, secrétaire générale d'un groupe en région, et attachée parlementaire d'un député "insoumis").

François de Rugy à la matinale de France Inter le 18 juin 2018 © France Inter - You tube

 New life

Pour un deuxième (petit) tiers, le post-Assemblée nationale a pris des formes professionnelles diverses, soit engagée ou proche du domaine de compétences exercé à l'Assemblée nationale (ONG, Agence bio, Enerplan, ...), soit très différentes (activité indépendante, fonctionnaires, ...), soit retraités (les ex-députés Bonneton, Allain, Mamère, Auroi). On dénombre 9 salariés (dont 5 en ONG), 5 travailleurs indépendants (journaliste-pigiste, avocate, artiste peintre, gérante dans la restauration, ...), 2 fonctionnaires et 4 retraités. Toutefois, à l'exception notable de deux déléguées générales d'ONG (Cécile Duflot à Oxfam France et Marine Tondelier à ATMO pour ne pas les nommer :),  celles et ceux qui ont retrouvé des postes salariés et de fonctionnaires ont du accepter des postes à responsabilités moindres par rapport à celles exercées à l'Assemblée et ne faisant pas appel à l'ensemble des compétences développées et acquises lors de leur expérience parlementaire. 

Ce constat est là aussi assez logique après une défaite électorale si cuisante pour une formation politique mal intégrée dans les réseaux de pouvoir. Il tord en tous cas le cou au cliché selon lequel le passage par la politique et les fonctions d'attaché parlementaire ouvrent des portes pour la suite de la carrière professionnelle. Ou alors si ce fut le cas, ce ne l'est plus dans le "nouveau monde" !

Cécile Duflot lors de sa prise de fonction à Oxfam © Twitter @CecileDuflot

 Taux de chômage record ...

Enfin, le troisième "tiers" n'a toujours pas retrouvé de poste un an après. Soit un taux de chômage parmi les plus élevés dans notre pays ... malgré que la plupart soit dans la force de l'âge et bardés de diplômes. C'est vrai pour 7 des 18 ex-députés et 11 de leurs collaborateurs. Pour bien les connaître et avoir beaucoup travaillé et et partagé avec chacun d'entre eux, je peux attester que ce n'est ni par manque de compétence ni par manque d'envie de travailler qu'ils sont dans cette situation. Alors pourquoi ? Sans doutes simplement parce qu'il est difficile de retrouver un poste pour un ancien élu (il y a eu quelques articles là-dessus) mais aussi pour leurs collaborateurs. En tous cas pour les écologistes ! Sans doutes les compétences sont-elles mal connues (et pourtant elles sont nombreuses et variées)  et l'étiquette "politique" inspire-t-elle la méfiance ? Dans le cas qui nous occupe, le fait d'être dans un mouvement minoritaire et souvent contestataire n'arrange sans doutes pas les choses !

Détail des situations individuelles (et non nominatives) des 60 cas ayant servi à l'analyse

(sources : Linked In et l'auteur sur un ensemble de 18 ex-députés et 42 collaborateurs)

Détail de la situation de l'échantillon en juin 2018 © F. Guerrien Détail de la situation de l'échantillon en juin 2018 © F. Guerrien

En définitive, un an après le vent nouveau de LREM, celles et ceux qui sont restés jusqu'au bout sur le navire écologiste à l'Assemblée en 2017 ont connu des sorts divers, influencés pour une petite partie par leurs choix politiques. Un quart s'en est "sorti" en faisant le pari de défendre leurs idées dans le cadre fixé par Emmanuel Macron (une tendance au "ni-ni", c'est à dire ni de droite ni de gauche, qui a toujours existé dans l'écologie politique). Pour les autres, le tableau est plus mitigé. Quelques uns ont trouvé chaussure à leur pied Tansi que d'autres sont toujours en recherche de nouvelles opportunités professionnelles ... ou politiques !

Frédéric Guerrien

Twitter : @Fredguerrien / LinkedIn : https://www.linkedin.com/in/frédéric-guerrien-8a9081118/ 

Sur la démarche : https://blogs.mediapart.fr/fredguerrien/blog/290717/chroniques-de-lancien-monde-souvenirs-dun-collaborateur-parlementaire 

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