Ecologie ou libéralisme, il faut choisir ! (pour un programme commun de l'écologie)

Avec le départ de Nicolas Hulot, le roi Macron est nu : écologie et libéralisme mondialisé sont antinomiques. Pour mettre un coup d'arrêt au libéralisme triomphant depuis 30 ans, citoyens et mouvements politiques ont une occasion formidable de se fédérer autour de l'écologie politique. Et pourquoi ne travailleraient-ils pas à un programme commun de l'écologie ?

Se vantant d'avoir dépassé le clivage "gauche - droite", le pouvoir macroniste a entretenu pendant 15 mois une espèce d'illusion, un "faux semblant", sur sa prise en considération des questions écologiques. La participation de Nicolas Hulot au gouvernement a d'abord constitué une lueur d'espoir, semé comme un doute dans les rangs écologistes. Car M. Hulot est respecté par les écologistes de tous horizons. Même dans son rôle d'opposant, la France Insoumise faisait preuve d'un certain respect (ou "courtoisie" pour reprendre un terme à la mode :-)) dans ses critiques à M. Hulot, pourtant seule personnalité politique de poids dans le Gouvernement Philippe. Idem pour les ONG environnementales. Même si dans le fond nombre d'entre nous ne croient pas à l'écologie de marché, nous aurions accepté de nous être un petit peu trompés sur les priorités écologistes de M. Macron à condition que M. Hulot réussisse à enclencher la transition. Mais cette petite indulgence, cette pudeur dont la plupart des écologistes ont fait preuve vis à vis de N. Hulot a progressivement tourné à la gêne, au malaise, puis au camouflet pour Emmanuel Macron dans un effet dit "boomerang" d'une précision chirurgicale.

Ce qui était évident depuis le départ a été mis de façon spectaculaire sur la place publique : l'écologie et le "macronisme", déclinaison française du libéralisme économique et philosophique, sont antinomiques. C'est à dire qu'ils répondent chacun à des logiques  contradictoires l'une avec l'autre. Les fables du capitalisme vert et de l'ajustement des déséquilibres écologiques par le marché, ou "écologie de marché" sont tout simplement des mensonges. Il convient alors de saluer le courage, la lucidité et l'honnêteté intellectuelle de M. Hulot qui par son geste, met au grand jour l'incompatibilité du libéralisme mondialisé avec une planète préservée et harmonieuse pour toutes celles et ceux qui l'habitent ... et ouvre la voie à une fédération des oppositions au culte de l'économie de marché à partir de l'écologie politique.

L'écologie, l'enjeu du 21è siècle

En définitive, la participation de N. Hulot au Gouvernement était une anomalie. Parmi celles et ceux qui font de l'écologie une priorité de l'action publique, son départ a pris de court tout le monde sur la forme mais n'a surpris personne sur le fond. La vive émotion suscitée et la clarté du message qui en ressort (i.e. la politique menée par l'actuel Gouvernement de la France est contraire à ce qu'il faut faire pour l'écologie, la planète, et les les espèces qui l'habitent) ont dépassé le simple "coup politique" et posé comme jamais la question de la compatibilité entre politique et écologie, comme l'ont fait remarquer nombre de journalistes, chroniqueurs, et politiques eux-même. 

En réalité, cette crise et les nombreux exemples d'échecs des tentatives des ministres de l'environnement successifs font apparaître au grand jour l'impossibilité de mener des réformes écologistes dans le système actuel. Or citoyens, experts, et scientifiques l'ont compris et le clament, solides argumentaires à l'appui : l'écologie est l'enjeu du 21è siècle. Pas un enjeu parmi d'autre, pas une nouvelle dimension, ou encore un supplément d'âme : l'écologie est centrale et incontournable pour qui aspire à offrir des jours meilleurs et harmonieux entre les humains et les millions d'espèces avec lesquelles ils cohabitent sur cette planète, la seule que nous ayons.

Mais comme toujours, les politiques sont en retard sur les préoccupations et innovation sociétales. Bien que les preuves scientifiques s'accumulent, rien ne bouge vraiment dans le bon vieux monde politique. Les partis se revendiquant "écologistes" ont échoué à prendre le pouvoir (si tant est qu'ils le souhaitent vraiment) et au sein des autres formations, les enjeux climatiques, de richesse et de résilience de la diversité des espèces et des peuples restent considérés comme secondaires. Au mieux quelques décideurs avancent-ils quelques beaux discours et des "hashtags" enfiévrés, mais à l'heure de prendre des décisions concrètes, le business as usual reprend le dessus ...

Article du quotidien Libération sur l'influence des lobbys sur les décisions environnementales © Liberation.fr Article du quotidien Libération sur l'influence des lobbys sur les décisions environnementales © Liberation.fr

Vous reprendrez bien un bout de planète ?

Alors ce sont les intérêts privés, les capitaux, les "puissants" financièrement qui mènent la danse et font les règles. Cela a toujours été plus ou moins le cas mais depuis une trentaine d'années, la déferlante libérale s'est abattue sur le monde sans partage, avec à chaque fois moins d'alternatives et de contrepouvoirs (le marxisme, la social-démocratie européenne, ou encore les mouvements altermondialistes ont été balayés successivement). L'accumulation à partir de la surexploitation des ressources naturelles et des hommes pour satisfaire les intérêts propres et à court terme de quelques uns est devenue la règle. Une règle qui s'est imposée dans la pratique mais aussi petit à petit dans un nombre croissant d'esprits (heureusement pas tous !). Bien sur, celles et ceux qui profitent du libéralisme globalisé, de cette sorte de loi du plus fort économique et financière ne sont pas dupes des mécanismes à l’œuvre et des dangers encourus par nombre d'espèces, certains humains, et des régions entières de la planète. Mais ils doivent se dire qu'en accumulant des richesses et en créant les conditions pour être "du bon côté du manche", ils s'arrangeront toujours pour habiter les endroits qui restent agréables sur la planète (et il y en aura, mais de moins en moins et bien sur pas pour tout le monde). Et tant pis pour les autres, il ne tient qu'à eux et à leur mérite de se retrouver dans le petit club des gagnants ! Les grilles d'analyses traditionnelles (clivage droite - gauche, capitalisme  - communisme, etc.) se sont de fait révélées inaptes à proposer des contrepouvoirs efficaces, laissant tant de militants progressistes, humanistes, écologistes, dans un grand désarroi.

Le coup de théâtre orchestré par Nicolas Hulot a fait tomber le masque du représentant français du club des libéraux mondialisés. Par la clarté du message qu'il envoie dans un univers où habituellement on louvoie et fait tellement semblant (#Makeourplanetgreatagain comme dirait l'autre !), Nicolas Hulot ouvre la voie à une formidable opportunité. Il permet enfin de voir se dessiner au grand jour la vraie ligne de clivage du 21è siècle : écologie ou libéralisme, il faut choisir !

Pour un programme commun de l'écologie politique

Le macronisme se revendiquait "ni de droite, ni de gauche", en référence à l'axe de clivage politique caractéristique de "l'ancien monde". Il apparaît désormais sans équivoque comme n'étant "ni social" (il n'a jamais prétendu l'être), "ni écologique" (il a entretenu le mirage de l'écologie de marché). Dans le débat démocratique, c'est alors bien autour de ces notions que peut se cristalliser et se construire l'opposition. D'un côté le libéralisme globalisé et déshumanisé incarné par Emmanuel Macron, de l'autre une vision renouvelée de la société et des enjeux planétaires privilégiant le respect, la préservation et l'épanouissement de tous les être humains et espèces avec lesquelles ils cohabitent sur terre.

Appel des ONG françaises suite au départ de N. Hulot du Gouvernement © FNH / Twitter Appel des ONG françaises suite au départ de N. Hulot du Gouvernement © FNH / Twitter


Submergés par la vague libérale globalisée, humanistes et précurseurs de l'écologie se sont retrouvés orphelins d'un grand projet commun mobilisateurs. Pris dans ce tourbillon, l'Union européenne et presque tous les Etats membres ont délaissé le modèle solidaire et le rôle d'éclaireur qui aurait dû être le leur en matière d'environnement et de droits humains et sociaux. En France, les écologistes "historiques" (aujourd'hui représentés politiquement par EELV) n'ont pas su jusqu'à maintenant fédérer autour de leur projet de société. Mais ils ne sont désormais plus seuls. D'autres forces progressistes et humanistes s'emparent progressivement des enjeux de l'écologie et en font désormais des composantes à part entière de leurs programmes politiques. Dans les partis classés "à gauche", en plus d'EELV, la France Insoumise et Génération.s font explicitement de la transition écologique leur priorité (c'est moins clair et surtout peu crédible de la part du PS). De l'autre côté de l'échiquier traditionnel, le Président de l'Assemblée nationale est un ancien Vert converti au macronisme tandis que le Présidents du Front démocrate et le secrétaire général du Modem sont carrément des ex-secrétaires nationaux des Verts français ... convertis à l'écologie de marché macronienne. Mais Nicolas Hulot vient de dissiper ce mirage.

Une certaine écologie politique devient alors potentiellement le facteur fédérateur de l'opposition à la vieille politique libérale (et sa pseudo déclinaison en écologie de marché), dont Emmanuel Macron est le visage en France. A bien y regarder, ce sont d'ailleurs bien ces valeurs sociales et écologiques qui constituent le socle commun des oppositions progressistes (citoyennes et politiques) au libéralisme globalisé.

Alors plutôt que de se mettre puérilement en compétition pour savoir qui est le plus "écolo" des opposants, je me mets à rêver que les mouvements politiques et citoyens profitent de ce contexte inédit et d'une rare clarté pour coopérer à l'élaboration d'un "programme commun de l'écologie politique". Du genre conquérant, rassembleur, et potentiellement majoritaire. Pour agir, vite.

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