Université de Toulouse : si PRESsée d’être excellente


« Faire de Toulouse une université de rang mondial ». Quand Gilbert Casamatta, président du Pôle de Recherche et d’Enseignement Supérieur annonçait le projet de Grand Etablissement - Université de Toulouse, on doit avouer avoir eu quelques difficultés à le croire sur parole. Et pourtant, à y regarder de plus près, l’ambition avait de quoi séduire … sur le papier. Plongée dans les arcanes de l’enseignement supérieur toulousain, le jour où est annoncé cette labellisation, avec un budget à la clé de 1,3 milliards d’euros.

  par Grégoire Souchay


Au commencement était le PRES

2004. Les Etats Généraux de la Recherche se réunissent dans toute la France. On s’accorde sur le besoin de coordonner le travail entre plusieurs établissements, entre disciplines, entre facs. En 2006, une loi permet la création des Pôles de Recherche et d’Enseignement Supérieur (PRES). Un an plus tard, à Toulouse, les trois grandes universités et trois écoles d’ingénieurs (INPT, INSAE, INSA) décident de créer le PRES de Midi-Pyrénées. Elisée Brugarolas, du département européen du PRES, se souvient : « tout doctorat passé à Toulouse est devenu celui de l’Université de Toulouse » et l’on partage certaines activités : vie étudiante, bibliothèque universitaire, etc … « Depuis l’origine, le fonctionnement du PRES est fondé sur la coopération » précise Marie-France Barthet, directrice exécutive du PRES de Toulouse. Toutes les décisions sont donc prises au consensus par les directeurs des six établissements fondateurs. « on évalue tout ce qu’on pouvait faire ensemble et on laisse le reste aux établissements  » explique Gilbert Casamatta, président du PRES.

Plan Campus : bâtir l’unité entre les facs

Du coup, quand le gouvernement a cherché un interlocuteur unique pour lancer en 2008 son plan de rénovation universitaire, l’Opération Campus, les PRES étaient tout trouvés. A Toulouse, sont ainsi lancés la réhabilitation d’une partie de la fac de Rangueil et la construction des locaux de la Toulouse School of Economics. Au total, 350 millions d’euros de financement, même si leur utilisation laisse parfois à désirer. Ainsi selon Antoine, élu étudiant UNEF au Conseil d’Administration de l’Université Paul Sabatier, « une bonne partie des fonds a servi à combler le déficit de l’université ». Dans le même laps de temps, les facs accèdent à l’autonomie budgétaire et les présidents d’universités prennent plus de pouvoirs. Tout est prêt pour la suite.

Le grand emprunt : une « IDEX » géniale

Cette fois c’est Nicolas Sarkozy qui lance en décembre 2009 le Grand Emprunt et les Investissements d’Avenir. 19 milliards sont annoncés pour l’université, la recherche, et apparait enfin la trilogie : Initiatives d’excellence (IDEX), laboratoires d’excellence (LABEX) et Équipements d’excellence (EQUIPEX), accompagnés d’une flopée de projets scientifiques d’envergure avec des milliards d’euros . Ainsi démarre la grande course aux financements et aux projets. Gilbert Casamatta, président du PRES, confirme : «  Nous avons déposé 70 dossiers en 18 mois  ». Et au milieu de ces dossiers, le projet Toulouse Initiative d’Excellence, ou T-IDEX. Derrière le sigle monstrueux se cache la création de filières d’excellence dans les facs et la réorganisation des universités de la région. A la clef, une promesse de 1,2 milliards d’euros pour Toulouse, mais pour ça il faut être sélectionné par le jury international. Et pas question de traînasser, trois mois séparent l’annonce du concours du dépôt du projet. Tout semble en ordre sauf qu’en juillet 2011, stupeur, l’IDEX Toulouse est recalé. Rien d’extraordinaire pour Marie-France Barthet, directrice exécutive du PRES : « on s’est planté, on a présenté un projet avec deux organes dirigeants ». Intolérable pour avoir le sésame. Fin août, tout s’accélère : « En quatre mois, les mentalités ont évolué de plusieurs dizaines d’années  ». On prévoit donc une entité unique, L’Université de Toulouse. Dans celle-ci existeront quatre collèges, correspondant peu ou prou aux quatre grandes universités (les trois facs plus l’institut national polytechnique (INPT). Pour la recherche, on crée six pôles de compétences. Et pour monter un projet pareil ? Trois mois. Peu de temps pour la consultation, la délibération. « Nous sommes en concurrence avec d’autres projets, tant que l’on n’a pas gagné, on ne peut pas dire grand chose  » se justifie Gilbert Casamatta, président du PRES. Un détail : ni les chercheurs, ni les personnels, ni les étudiants n’ont été associés à l’élaboration du projet.

Je regroupe, tu rassembles, ils fusionnent

Il y a depuis longtemps un accord tacite dans la communauté universitaire toulousaine pour mettre en place une politique de site, à l’échelle de la ville. D’où la fusion des Unités de Formation et de recherche (UFR) en cours à l’Université Paul Sabatier. Six UFR y ont fusionné en décembre dernier pour former la Faculté de Sciences et Ingénierie (FSI). « Nous avons anticipé les réformes » s’enthousiasme Jean Marc Broto, directeur de la FSI. Pour lui, cette fusion est tout à fait rationnelle. « Avec la LRU, l’Etat ne dit plus aux universités où dépenser l’argent qu’il leur donne. A l’UPS, on a mis en place des groupements de laboratoire, des pôles de recherche transversaux » chargés de répartir convenablement l’argent. Et ces UFR unifiées gèrent à la fois les personnels, les postes et le patrimoine. Un exemple suivi au début de cette année par l’université du Mirail. Et Marie-France Barthet de résumer : « même si tout ça était prévu avant, ça simplifie les choses ».

 

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