Le festival MAP veut se faire bien voir dans les rues toulousaines

Ville de photo, notamment grâce à la galerie du Château d’Eau, Toulouse essaie depuis longtemps de rentrer dans la cour des grands festivals. Entre Arles et Perpignan, cela va peut-être être chose faite avec le festival MAP qui débute aujourd’hui. Rencontre avec Ulrich Lebeuf, photographe toulousain de reportage et nouveau directeur artistique de la manifestation qui s’étend sur la ville.

Ville de photo, notamment grâce à la galerie du Château d’Eau, Toulouse essaie depuis longtemps de rentrer dans la cour des grands festivals. Entre Arles et Perpignan, cela va peut-être être chose faite avec le festival MAP qui débute aujourd’hui. Rencontre avec Ulrich Lebeuf, photographe toulousain de reportage et nouveau directeur artistique de la manifestation qui s’étend sur la ville.

par Philippe Gagnebet sur www.frituremag.info

Même si le projet de Maison de l’image a été retoqué cet été par la nouvelle municipalité, Toulouse a toujours voulu se hisser au rang des grandes villes faisant la part belle à la photographie sous toutes ses formes. Si le Printemps de Septembre a du mal à trouver sa place, si Manifesto installe chaque automne sa caravane photographique dans des lieux originaux, il manque encore un grand événement fédérateur et ambitieux à la ville pour exister face aux géants que sont les Rencontres d’Arles et Visa pour l’image à Perpignan. Le mois de l’image initié depuis deux ans, et surtout le festival MAP, pourraient devenir cet accélérateur attendu. Rencontre avec Ulrich Lebeuf, fraîchement nommé directeur artistique, qui veut mener professionnels et amateurs vers un débat de fond sur la place des images dans notre société.

Shin Noguchi Lauréat du concours professionnel

Un peu perdu dans la ville jusqu’alors, le festival MAP débute aujourd’hui, quelles en sont les nouveautés et l’ambition ?
L’important est tout d’abord le thème choisi "Street photography". Nous voulons questionner sur ce grand mouvement, rendu célèbre par les auteurs américains des années 30 à 70. Avec la présence de noms connus, comme Saul Leiter, Stephan Saubitzer (voir son portfolio) ou Frédéric Stucin, on pourra découvrir plusieurs facettes d’un style photo en pleine mutation. On passe en effet de l’un des maîtres de la photo de rue des années 50 à des travaux plus récents, plus modernes, à l’heure où chacun peut avec son IPhone capturer son voisin, sa rue, ses ambiances.
Parallèlement, et c’est l’épine dorsale du festival, nous avons lancé un appel à auteur mondial à destination des amateurs ou jeunes photographes professionnels. Un succès, puisque nous avons reçu plus de 500 dossiers et que le lauréat professionnel est un jeune japonais au talent immense, exposé square De Gaulle, derrière le Capitole.
Notre but est de construire des passerelles entre professionnels et amateurs, des échanges et des strapontins pour se questionner sur l’image aujourd’hui. Grâce à une dizaine de lieux d’expos dans la ville, le public aussi pourra participer à ces dialogues visuels.

Justement, Arles est une petite cité, Perpignan rayonne à travers le monde avec le photojournalisme, Toulouse peut-elle être visible et le public peut-il s’y retrouver ?
  C’est toute la difficulté, mais en lançant le Mois de l’Image, la ville fait les efforts pour organiser un festival de grande envergure. C’est un projet global mené en partenariat avec Le Château d’Eau, les Abattoirs, Manifesto... dont MAP n’est qu’une composante. Personnellement, j’arrive avec plein d’idées, d’envies et une vision à long terme. Nous ne sommes qu’au début d’un projet qui veut d’avantage investir la ville et avec Pierre Garrigues le président de l’association, nous resterons et développerons cette idée d’un festival gratuit et accessible. Les quais de la Daurade, Saint-Cyprien, le Capitole... ce sont des lieux merveilleux pour allier expositions et balades.

A titre personnel et dans un milieu souvent taxé d’individualisme, c’est un pas important que vous franchissez. Il est assez rare de voir un photographe mettre en avant ses pairs et se lancer dans une telle organisation...
Dans mon parcours, je trouve ça assez logique, et pour tout dire j’adore travailler avec d’autres photographes. Si j’arrive cette année à exposer un monstre tel que Saul Leiter (décédé l’an dernier et dont c’est la première exposition en France depuis 2008 à la Fondation Cartier), à faire venir des gens comme Stephan Subitzer, c’est que j’ai maintenant un large réseau, de très bons contacts et surtout une façon de fonctionner qui me semble cohérente. Nous sommes les seuls à produire les expos sur le fond et la forme. Le fond avec une thématique et la rencontre pros/amateurs, et sur la forme avec des installations originales et bien entendu le fait que nous produisons de bout en bout les expos, du choix des images jusqu’à l’encadrement et la mise en scène. J’ai déjà dans la tête le thème de l’année prochaine et bien entendu de grands noms qui seraient déjà ok pour venir exposer. J’aimerais également organiser des rencontres et conférences pour approfondir ces débats. J’espère que la ville poursuivra ses efforts, et que nous arriverons à travailler harmonieusement avec les autres structures toulousaines.

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