Les abeilles surprises en plein vols

L’abeille est un animal rare. A grands coups de pesticides, sa mortalité s’est envolée. Et avec, le prix des ruches. 150 à 200 € pour les plus productives. C’est tentant. Une ruche, c’est isolé, facile à voler.

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L’abeille est un animal rare. A grands coups de pesticides, sa mortalité s’est envolée. Et avec, le prix des ruches. 150 à 200 € pour les plus productives. C’est tentant. Une ruche, c’est isolé, facile à voler. Il suffit d’un camion plateau, d’une grue et en deux heures, 80 ruches sont embarquées. 16 000 € dans les poches. Dans le Grand Sud, le phénomène se développe. Mais les apiculteurs n’ont pas dit leur dernier mot.

par Maylis Jean-Préau sur www.frituremag.info

La Llagonne, Pyrénées-Orientales, 25 juillet 2011. Une soixantaine d’apiculteurs de Languedoc-Roussillon se pointent devant la mairie, masques de protection apicole sur le nez. Sur les banderoles, des slogans dénonciateurs : « Touche pas mes ruches ! », « Collectif des victimes »... La colère est palpable. Dans ce village, un apiculteur poursuit son activité alors qu’il vient d’être reconnu coupable du vol d’au moins 150 ruches dans la région.
L’histoire commence en février 2011. Trois apiculteurs des Pyrénées-Orientales déposent des plaintes auprès de la gendarmerie de Rivesaltes pour des vols de 39, 19 et 92 ruches. Parmi eux, Georges Poux. L’homme a perdu près d’une centaine de ruches et décide de mener l’enquête. Rapidement, il découvre l’invraisemblable : le voleur est un confrère, on le croise sur les marchés, il revend des essaims dans toute la France et organise même des stages d’apiculture ! «  L’escroc a été condamné à une peine symbolique et a continué son activité ! C’est pour ça que nous avons manifesté, pour dissuader les voleurs et montrer que nous sommes solidaires  » explique Philippe Weibel, apiculteur et co-organisateur de la manifestation à La Llagonne.
Résultat des courses, le voleur a plaidé le coup de folie et le procureur de Perpignan a refermé l’enquête.
Dans le même temps, de nombreux autres vols, constatés dans la région, n’ont pas été élucidés et les apiculteurs lésés attendent toujours une indemnisation. « L’enquête n’est pas allée assez loin ! Cet homme n’a pu agir seul. Pour voler 200 ruches il faut des complices et toute une organisation ! La preuve : aujourd’hui, même si ce voleur a quitté la région, les vols de ruches ont repris en Languedoc-Roussillon » poursuit Philippe Weibel.

Moins d’abeilles, donc plus de vols

Pour comprendre l’ampleur de ce phénomène, il suffit de contacter une bonne dizaine d’apiculteurs du Grand Sud. La liste des ruches volées devient vite désagréable à l’oreille. Finis, les petits larcins d’amateurs, désormais les ruches se volent par dizaines, mais aussi les reines de valeur et les récoltes. Du travail de professionnel. Ces vols sont bien sûr liés à l’augmentation de la mortalité des abeilles, atteignant souvent les 30%, voir 40 à 50% en Midi-Pyrénées. Alors, pour reconstituer leur cheptel, des apiculteurs peu consciencieux se servent tout simplement chez leurs voisins. « Il y a un important marché d’achat-vente de ruches. C’est facile de voler des ruches et de les écouler ailleurs » souligne Philippe Rouquette, apiculteur dans l’Hérault. Il y a trois ans, on lui a volé 76 de ses meilleures ruches. Le coupable : le voleur de La Llagonne, une filière roumaine, un réseau profitant de l’Espagne pour faire passer discrètement son butin ?

  • L’intégralité du reportage dans le N°16 de Friture Mag, sortie le 11 juin

La fin du cruiser

Oui, les pesticides sont bien les principaux responsables du déclin des pollinisateurs. C’est le très sérieux magazine Science qui le dit. Le monde apicole avait déjà de gros doutes. Il faut dire que depuis 1994 et la mise sur le marché des insecticides neurotoxiques, les colonies d’abeilles avaient commencé à s’effondrer. Un hasard ? Pas vraiment, répondent les chercheurs français Mickaël Henry (INRA) et Axel Decourtye (Acta). Pour le prouver, ils ont collé des micropuces sur 663 abeilles et les ont nourries avec une solution sucrée contenant de faibles doses de thiaméthoxam, principale molécule du Cruiser, insecticide et fongicide utilisé sur le maïs et le colza. Désorientées par la molécule, peu d’abeilles ont pu retrouver le chemin de leur ruche. Le risque de disparition loin du rucher a été multiplié par deux ou trois. Or 84% des espèces cultivées en Europe ont besoin des pollinisateurs. Le nouveau Ministre de l’agriculture vient d’ailleurs d’en demander officiellement l’interdiction.

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