Troupeaux cherchent bergers : l'avenir du pastoralisme en question

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Les récentes réintroductions d’ours dans les Pyrénées auraient pu permettre d’ouvrir sérieusement le dossier du pastoralisme, pour peu que l’on ait rangé au vestiaire les passions et invectives. Si les acteurs les plus bruyants de la filière en ont décidé autrement, d’autres, plus discrets, posent les questions fondamentales telle l’association pastorale pyrénéenne, sur la vie des troupeaux et des bergers.

par Philippe Serpault


Il est un pays verdoyant aux vallées encaissées d’où remonte une vie agricole et industrielle que l’homme a su créer de ses mains en extrayant les ressources d’une montagne généreuse. Du haut des sommets et au hasard des prairies d’altitude, l’environnement respire la tranquillité sur fond de clarines et sonnailles. Derrière ce tableau bucolique que nous offrent régulièrement les Pyrénées, une sourde bataille vient suinter depuis les vallées aujourd’hui trop boisées. L’économie pastorale n’est plus à l’abri dans ces montagnes qui l’ont si longtemps nourrie et qui restent sa raison d’exister. Ce désarroi laisse la place aux dérapages, et des éleveurs s’opposent à propos d’un animal qui a tant donné à l’histoire du pays par ses légendes, ses traditions et sa toponymie. Mais comment appelle-t-on un pays où la loi du silence pèse sur des éleveurs soupçonnés de ne pas hurler avec les loups ? L’anonymat est parfois requis en échange d’un témoignage qui ne cadre pas avec le discours officiel. La réalité de 2006 fut pourtant bien celle, préoccupante, où régnèrent menaces physiques et pression sociale au sein d’un milieu où tout le monde se connaît. Peut-on imaginer un berger, salarié d’éleveur, témoigner librement en faveur d’une cohabitation avec l’ours sans risquer de devoir chercher une estive sous d’autres cieux à la prochaine transhumance ? Il est grand temps de cesser de s’approprier un espace montagnard qui s’ouvre tout grand à de multiples utilisateurs et constitue, quoiqu’on en pense, un patrimoine commun.

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Philippe Serpault

La conduite du troupeau

Au-delà des bruits de casseroles et des graffitis sur les routes, il existe des éleveurs qui ont choisi de vivre aux côtés de l’ours, ce qu’ils font d’ailleurs depuis toujours car cet animal n’a toujours pas disparu des Pyrénées. L’Association pour la cohabitation pastorale (ACP) fut créée en 2001 sur le massif pyrénéen, cinq ans après les premiers renforcements de population des ours. Ses adhérents, éleveurs et bergers, plaident pour une réflexion approfondie sur la pratique de l’élevage de montagne : « Il faut cesser d’imaginer que tous les éleveurs et les bergers sont pour la destruction de la faune sauvage, l’environnement fait partie de l’agriculture, le pastoralisme n’y échappera pas », soulignait Catherine Brunet, éleveuse à Siguer en haute Ariège et coordinatrice de l’ACP en 2006, au plus fort de la mobilisation anti-ours. L’association, devenue entre temps la Pastorale Pyrénéenne, n’entend pas se positionner par rapport à un prédateur quel qu’il soit : « Le remue ménage politique, on s’en f… », entend-on dans ses rangs. Il est utile de se pencher sur l’état des lieux qui prévalait voici dix ans : « De la Bigorre à l’Ariège, la moitié des estives n’était plus gardée », rappelle l’actuel président Gilbert Guillet, éleveur transhumant avec 230 brebis et deux patous, qui a fait l’objet de menaces, en raison de ses positions favorables à la cohabitation avec l’ours. Au sein même de la Pastorale, on se pose la question cruciale : « Peut-être aurait-on dû inverser les actions, d’abord nous donner les moyens de protéger les troupeaux avant de procéder à toute réintroduction ». Seulement voilà, quand on pratique la politique de la chaise vide, la concertation devient difficile.

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La désertification, la baisse des prix et le coût du travail ont amené la plupart des éleveurs à se passer des services d’un berger. Pourtant, les estives ont été améliorées, mais les aides, portant surtout sur le matériel et oubliant la dimension sociale du métier, ont profondément modifié le travail du berger : « La brebis est devenue une bête à prime, il est temps de s’entendre sur un avenir commun. »

Potentiel d’emplois

Dans les estives, les brebis sont laissées libres dans les deux tiers des cas, visitées de temps en temps. Ce qui entraîne un sur-pâturage et une érosion, sans compter l’enfrichement du bas de l’estive. Les éleveurs opposés au renforcement de la population d’ours ont même réussi, avec l’aide -non dénuée d’arrière pensée ?- des collectivités territoriales, à créer l’appellation Barèges-Gavarnie pour l’agneau issu d’un troupeau dispensé de gardiennage au motif que les brebis devraient subir le moins de dérangement possible. Ces bêtes sans protection sont une proie facile pour un prédateur, le troupeau est parfois éclaté et le suivi sanitaire n’est pas quotidien. Cette situation, la plus plus fréquente, représente un potentiel d’emplois à créer pour l’économie montagnarde.
Le simple gardiennage par un berger, qui ne conduit pas le troupeau, est le deuxième cas rencontré. Il entraîne la même dégradation du milieu, mais assure néanmoins une présence humaine.
Enfin, le dernier cas, un troupeau gardé et conduit, réduit au maximum le risque d’une éventuelle agression sans pour autant l’annuler. De fait, les éleveurs de la Pastorale Pyrénéenne, souhaitent poser le problème sur un plan plus général et interpellent les élus : « Si l’élevage était placé sur le plan économique et social, le dialogue serait plus facile. » Force est de constater que la déprise agricole entraîne une transformation du milieu ne favorisant pas le retour aux estives : « Avec ou sans ours, l’essentiel est d’occuper le terrain, la lutte est permanente contre la forêt et s’il y a un ours, c’est à nous de le confiner en milieu forestier. »

La cohabitation pastorale

La Pastorale Pyrénéenne se félicite de la forte augmentation de chiens patou dans le massif pyrénéen : « Peut-être le chien de protection entre-t-il dans les mœurs », suppose Cyprien Zaire, technicien de l’association chargé du chien de protection jusqu’en 2011. Mais souvent, dans les Pyrénées, « celui qui prend un chien de protection est soupçonné d’être favorable à l’ours, alors que le patou est très efficace contre les chiens errants qui font plus de dégâts que les ours ». Sans compter que le patou a été sélectionné dans les Pyrénées pour protéger les troupeaux, notamment contre les ours. Ceux qui aujourd’hui prétendent défendre le patrimoine pyrénéen et refusent le patou ne craignent pas l’incohérence. Le summum du ridicule a été atteint voici deux ans quand des éleveurs ariégeois présentaient le chien de Carélie comme l’arme fatale contre l’ours...c’est sans doute ce que l’on appelle l’immigration choisie.

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Une image "pro-ours" ?

Le chien de protection fait pourtant l’objet de débats : « Ce n’est pas un outil que l’on met en place, le fait d’intégrer un chien de protection à un troupeau prend du temps ». Et le temps, c’est précisément ce que l’on ne sait plus prendre. Cependant chacun s’accorde pour retenir, depuis 2006...

 

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