Le dimanche, c’est balade au bord du Canal du Midi. Mais le chemin est semé d’embûches : « J’arrive au Pont des Demoiselles et là je me rends compte que je ne suis pas la seule à avoir eu la bonne idée d’aller prendre l’air. Tu parles d’un espace partagé ! Un joyeux bordel ou se mêlent, joggeurs, cyclistes, promeneurs, mamie et son chien, rollers, et oui il en existe encore... »
par Rachel Robert sur www.frituremag.info
Trop mal aux cheveux pour aller courir. La crainte aussi de m’évanouir dans un fossé ou pire, de vomir dans le Canal, j’ai quand même besoin d’évacuer toute la vodka de la veille. VELO !!!!!
Voilà la solution à ma culpabilité alcoolique, une balade à vélo histoire d’aller un peu plus loin que le port technique de Ramonville où me portent péniblement mes baskets habituellement.
Je pars le sourire aux lèvres, des images bucoliques plein la tête, convaincue qu’une balade en vélo me fera évacuer l’alcool qui, hier, m’a permis d’évacuer le stress de la semaine.
J’arrive au Pont des Demoiselles et là je me rends compte que je ne suis pas la seule à avoir eu la bonne idée d’aller prendre l’air. Tu parles d’un espace partagé ! Un joyeux bordel ou se mêlent, joggeurs, cyclistes, promeneurs, mamie et son chien, rollers, et oui il en existe encore. Je me faufile péniblement au milieu du foutoir ambiant et me retrouve bloquée par une poussette et toute l’escorte familiale. En tête, maman qui promène sa huitième merveille, entourée de papa et des grands-parents qui bloquent tout le chemin. Impossible de dire quoi que ce soit, la poussette c’est le joker absolu….
Je repars de plus belle, remontée comme un coucou, la désagréable sensation de remonter la rocade en sens inverse un jour de départ en vacances. Je me rappelle une réflexion d’un ami parisien venu s’installer et qui au bout de trois jours me faisait remarquer « qu’à Toulouse, le code de la route était une indication intéressante mais sans plus ». Pas un promeneur qui tient sa gauche, qui regarde derrière avant de traverser… Seuls au monde les gars.
Une fois passé le pont de la rocade, le chaland se raréfie. C’est le sportif qui domine. Je me fais doubler à toute vitesse par un groupe de cyclistes, ridicules dans leurs tenues fluo. Je hais profondément ces types. Le genre de gars qui roulent en troupeau sur les petites routes le week-end et qui t’ignorent, toi dans ta voiture, derrière, à 40 à l’heure, alors que t’es déjà à la bourre pour le repas du dimanche dans la belle-famille, vu que tu t’es couché la veille à pas d’heure dans un état proche de l’Ohio.
Je croise aussi des « vététistes », sur leur vélo nickel, pas une trace de boue sur le cadre, les roues tout juste poussiéreuses, aussi à leur place sur le chemin de halage du canal qu’un 4x4 en ville.
Je dépasse enfin le port technique, en quête de mon « far ouest » à moi, l’écluse de Castanet. Ca y est, à Port Sud ils se croient à Pont-Saint-Esprit, tu peux louer des canoës pour aller pagayer, entre les péniche et les bateaux écoles. Manquait plus que ça pour parfaire l’allure de simili station balnéaire hideuse, genre Cap d’Age ou la Grande Motte. A quand le camping naturiste à la ferme des 50 ?
Arrivée à l’écluse de Castanet, évidemment je me rends compte que je suis partie sans rien, pas 1 euro pour me payer un café à la terrasse du petit estaminet de l’écluse. En même temps, c’est totalement bondé, aussi je poursuis en terra incognita.
A partir de là c’est carrément le désert, plus un chat le long du Canal. J’arrive à l’écluse de Montgiscard, enfin c’est ce qui est noté sur la plaque de la maison de l’éclusier. C’est mignon, c’est calme, trop…. Et là, un sentiment de malaise profond m’envahit. Personne, pas un bruit, trop de nature autour de moi, le jour qui commence à tomber en plus du petit vent frais qui traverse ma polaire. Je n’ai même pas pris mon portable ! Je fais demi-tour en quatrième vitesse et, tiens tiens, c’est quoi ce sale vent de face que j’avais pas remarqué à l’aller. Forcément je l’avais dans le dos !
Le retour : un enfer sur mon vieux clou sans vitesses. J’ai pédalé tout du long sans répit. Pas un regard pour le paysage, les dents serrées dans la crainte que, cerise sur le gâteau, je ne crève au milieu de nulle part.
Arrivée à Ramonville, j’ai au moins fait 5km et j’en peux déjà plus. Je reprends mon souffle en matant les derniers sportifs de la journée. T’en veux du style ? Un florilège, un camaïeu de ridicules. Un groupe de quadras hystériques sapées comme des couvertures de Elle, en pleine expérience mystique de marche rapide, levant les bras bien haut histoire de faire travailler tous les muscles. Le joggeur du dimanche arborant la panoplie du marathonien avec les chaussettes jusque-là, ou celui qui laisse une traînée de parfum de 3km derrière lui, qui n’a toujours pas compris que la douche se prend après l’effort…..
En vue du parc technologique, j’aperçois deux schtroumpfs à cheval. Un délire de fatigue sûrement ! Pas du tout, ils me sourient même en me croisant. Marrant comme les flics ont l’air plus cool à cheval plutôt qu’habillés en boîtes de conserve étiquetées CRS 66.
Sympa le retour en ville ! Je slalome entre les crottes de chiens, certains doivent promener des clébards génétiquement modifiés au vu de la taille des déjections. Un chemin de trois mètres de large et pas un capable de traîner son clebs dans les herbes qui longent les berges. C’est vrai que c’est plus drôle quand tout le monde en profite !
Ça y est, ça sent l’écurie, j’en ai ras les bottes et le premier qui fait pas gaffe ou qui déboîte sans prévenir, je m’en fous, je l’écrase, la mère de famille en extase, pareil !
C’est pas demain la veille que je descendrai à la mer en vélo !