Catastrophe oléicole en Italie, inquiétude en France

L’Italie abat en ce moment plus de dix mille oliviers dans le Sud. Une épidémie de Xylella fastidiosa ravage les Pouilles et menace l’Europe. Les agriculteurs et les écologistes, de plus en plus sceptiques, réclament davantage de recherche pour explorer d’autres solutions.

L’Italie abat en ce moment plus de dix mille oliviers dans le Sud. Une épidémie de Xylella fastidiosa ravage les Pouilles et menace l’Europe. Les agriculteurs et les écologistes, de plus en plus sceptiques, réclament davantage de recherche pour explorer d’autres solutions. Un premier cas de la maladie sur un caféier vient d’être identifié à Rungis et à ce jour aucune politique d’envergure et adaptée n’est mise en place à l’échelle d’une Méditerranée qui ne fait qu’une, et qui constitue l’unique région nourricière mondiale en huile d’olive.


Photo AGF EDITORIAL/SIPA

Par Catherine Jauffred sur www.frituremag.info

Une petite brève à la radio, aux informations de six heures du matin, annonçait vendredi 17 avril qu’un caféier touché par la bactérie Xylella fastidiosa avait été identifié deux jours avant à Rungis, Paris. Un plant arrivé d’Amérique du Sud. Ce serait la première fois que la maladie, tenue comme responsable du dessèchement de milliers d’oliviers dans le sud de l’Italie aurait été détectée sur le sol français. Jusque-là, selon l’Association française interprofessionnelle de l’olive (Afidol), les seules espèces végétales malades et menaçantes pour la France auraient été "interceptées avant leur entrée sur le territoire"… Depuis, l’information est assez réduite sur le sujet et le gouvernement assure que la situation est "sous contrôle". Mais on a commencé à voir les premiers abattages massifs dans les Pouilles et des agriculteurs démunis, allongés ou accrochés à leurs arbres face aux engins et aux carabiniers. En France, les professionnels de l’olive multiplient en interne les messages et tentent l’apaisement. En Italie c’est la psychose. L’Afidol appelle à la vigilance, à une surveillance éclairée des vergers, et sollicite une circulation d’information "juste et claire". Avant ce caféier du 15 avril, le ministère de l’Agriculture avait officialisé au 4 avril, l’interdiction de l’importation de plus d’une centaine d’espèces végétales en provenance des zones contaminées hors ou dans l’Europe avec le renforcement du plan de contrôle et de surveillance sur l’ensemble du territoire national. Depuis ces mesures se sont-elles renforcées ? Sont-elles suffisantes et adaptées à la situation européenne ? Du côté de la Corse, l’alerte est supérieure. L’Île de beauté est très exposée. Les préfectures et l’assemblée de Corse ont prévu des mesures complémentaires de contrôle sur les végétaux introduits par voies maritime et aéroportuaire et sur les lieux de ventes fixes et itinérants. Saveriu Luciani, élu à l’assemblée de Corse, alertait, fin octobre lors d’un symposium sur la bactérie à Galliopoli (Pouilles) : "50 millions d’oliviers risquent de mourir en Italie et le fléau menace toute l’Europe méridionale".

Les Pouilles dépouillées

C’est le sud du talon de la botte italienne qui est principalement touchée. Toute la région de Lecce est classée zone infectée depuis 2013 où la bactérie serait arrivée par un caféier du Costa Rica et se propage depuis par les cicadelles. Des insectes porteurs de nombreuses bactéries néfastes pour beaucoup de végétaux. Aujourd’hui le gouvernement italien a établi une zone tampon, un cordon sanitaire, dans le but de stopper la propagation par un abattage massif. Trente mille hectares ont déjà été détruits, onze millions d’arbres sont condamnés. Contre la cicadelle, toute une province doit être désinfectée, traitée, depuis les zones habitées, les parcs, les bois, les maquis, à toutes les récoltes... Beaucoup d’agriculteurs s’opposent à cette réponse radicale qui n’offre aucune autre solution plus adaptée ou qui serait le fruit de recherches plus approfondies. La répression pour non application des directives est annoncée, sous peine d’amendes. Cette semaine, des abattages ont commencé au-delà de la zone tampon. Pour de nombreux Italiens, cela marque l’échec de cette politique. Selon des agronomes, des agriculteurs et des écologistes, la bactérie n’est peut-être pas la seule responsable du dessèchement de l’arbre, principal symptôme de la maladie. Les scientifiques ont déjà mis en cause les conditions aggravantes, comme le climat, la sécheresse. Pour un producteur d’olive de la région, Nicolas G., le développement de la monoculture est en cause. “Nous commençons à comprendre que l’usage excessif des produits phytopharmaceutiques est un des facteurs qui a contribué au problème de dessèchement rapide des olives, menant à la réduction de la fertilité de la terre et du système immunitaire des arbres.” Sa plantation, elle, n’est pas touchée : “Nos oliviers sont entourés de maquis, de garrigue, c’est une réserve de biodiversité splendide pleine de plantes spontanées comestibles et médicinales, une réserve pour la flore et la faune autochtones, entourée de maquis et d’un biotope varié”. Il dit encore qu’il y a encore 40 ans, quand il voyait les grandes plaines au-dessous de ses terrains “on y cultivait de tout…”.

Sceptiques et opposition

L’agriculture de l’olive s’est intensifiée dans la région des Pouilles, devenue une des premières productrices d’huile d’olive. Là-bas, les pesticides sont appelés
“les médecines”. D’ailleurs, sur le plan médical, les médecins s’inquiètent aussi de la progression des taux de cancers. Les associations d’agriculteurs réclament de véritables recherches actives qui déboucheraient sur d’autres actions. Des écologistes proposent déjà des solutions que “personne n’entend”. Des traitements et des soins qui auraient déjà donné des preuves avec des oliviers qui seraient "repartis". Les communications se multiplient sur les réseaux sociaux. Sur les facteurs pathogènes, Maggie, une petite productrice de Spigolizzi (Pouilles, Italie), s’inquiète de comment, ni le bon sens, ni les personnes sur le terrain ne sont interrogés : “On trouve les larves (de cicadelle, NDLR), qui portent toute la responsabilité pour la divulgation de cette débâcle, dans le persil, le fenouil, la cicoria, etc. Cette bestiole et les arbres ont quelque chose à dire à tous ceux qui pensent qu’ils peuvent dominer la nature...” De ses recherches personnelles et avec les associations engagées, elle voit un certain désarroi du côté des autorités “l’EFSA, les autorités de la sécurité alimentaire, sont en train de dire à leur façon : même s’il n’existe pas la preuve que les arbres sont en train de mourir de la Xylella fastidiosa, il n’existe pas non plus la preuve que le dessèchement rapide des arbres est à cause d’autre chose !”.


Les champs de l’économie

Sachant que des bactéries mutantes issues de la même souche peuvent infester plus de 200 plantes différentes, et que d’autres formes de Xylella fastidiosa sont bien implantées au Brésil, au Costa Rica et en Californie, on se demande
comment la France peut jouer efficacement en solo dans le seul domaine de la surveillance et de la prévention, en interdisant certaines espèces et avec un seul laboratoire compétent pour la recherche de trace de la bactérie. José Bové, élu européen, réclame des mesures européennes. En Italie, on s’insurge des mesures françaises tablant sur l’interdiction sur le territoire corse de 102 espèces végétales alors que seulement 13 d’Italie seraient susceptibles d’être porteuses de la Xylella fastidiosa. On voit déjà se dessiner des enjeux économiques concernant les importations derrière un enjeu agricole gigantesque. Vigne, agrumes, prunus, café, avocat, luzerne, laurier rose, chêne, érable, etc, sont des espèces potentiellement accueillantes de la fastidiosa. Et, alors qu’en Italie les agriculteurs ont le sentiment de n’avoir pas été informés à temps avant l’arrivée des tronçonneuses, en France certains appréhendent un "demi-silence" qu’accompagnent les "demi-mesures" réactives et non préventives. Aucun remède n’a été trouvé à ce jour pour sauver les arbres malades ni empêcher la propagation de l’épidémie.

La Xylella fastidiosa ? Qui est-elle ?
La Xylella fastidiosa est une bactérie aérobie (qui a besoin d’air). Elle a une croissance optimale avec des température avoisinant les 26 à 28°C. Il existe plusieurs sous-espèces et souches qui n’attaquent pas forcément les mêmes végétaux (selon l’agence sanitaire européenne, avis du 6/01/15), mais la probabilité de recombinaison est forte entre elles. Ces différentes bactéries peuvent toucher 300 espèces végétales et causer des maladies différentes selon leur "plante hôte", notamment des maladies mortelles dont celle de Pierce sur les vignes (première forme connue de la maladie, découverte en 1892 en Californie). La cicadelle est l’insecte principal de la propagation de cette bactérie porteuse de maladie.
Un numéro vert dédié à Xylella fastidiosa est également mis en place :
le 0800.873.699.

-------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

Recherches en Italie : et la vigne ?
Les analyses officielles faites en Italie sur la Xylella fastidiosa qui sévit actuellement dans les Pouilles ont démontré son caractère très virulent sur les oliviers mais inoffensif pour les vignes.
Giovanetti, un micro-biologiste qui travaille actuellement sur des traitements à base de biote issu de fumier de cheval, contre une maladie de la vigne, pense qu’il faudrait l’essayer sur les oliviers.
Sa conférence en Italien sur www.giardinaggioweb.net

Magali Reynes, oléicultrice à Roubia (Aude)
“Il faudrait que l’on tire partie des expériences des platanes pour réagir avant que la bactérie ne se développe. J’espère que les pouvoirs publics vont mettre les moyens pour financer les recherches et trouver des solutions. Je suis inquiète car on connait bien ce type de catastrophes, sur la vigne par exemple. Pour l’instant on se concentre sur notre production 2015. J’ai vu la première fleur aujourd’hui... Un peu précoce.”

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.