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Billet de blog 16 sept. 2013

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Sur les berges, désarmées des ombres

    Reportage photo Tao DouayLes  lieux de prostitution se déplacent et gagnent les périphéries, entraînant plus de violences pour les femmes. Mais les voies d’eau restent des repères, de jour comme de nuit. A Toulouse, elles ont toujours été le théâtre du commerce sordide du sexe.

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    Reportage photo Tao Douay

Les  lieux de prostitution se déplacent et gagnent les périphéries, entraînant plus de violences pour les femmes. Mais les voies d’eau restent des repères, de jour comme de nuit. A Toulouse, elles ont toujours été le théâtre du commerce sordide du sexe.

  par  Armelle Parion sur www.frituremag.info

Entre 22 heures et 2 heures du matin, il prend le nom de Sophia, après sa journée de travail en tant qu’agent d’entretien. « Le tapin, c’est plus comme avant », avoue dans une moue ce travesti de 37 ans, originaire d’Algérie, qui se prostitue en face de la gare Matabiau depuis 15 ans. « Les clients sont devenus agressifs. Je me suis plusieurs fois fait menacer avec un revolver ou un couteau ». Sophia regrette aussi l’arrivée massive de jeunes femmes de l’Est et d’Africaines boulevard de Suisse, qui « cassent les prix, en proposant des passes à 10 euros ». Etre propriétaire d’un appartement donnant sur le Canal lui assure cependant un semblant de sécurité. « Il y a beaucoup de turn-over », observe Jean-Luc Arnaud, le directeur de l’Amicale du Nid de Toulouse. L’association d’accompagnement rencontre une vingtaine de prostituées à chaque sortie rue. « Tous les mois, nous voyons au moins une dizaine de nouvelles ». L’activité, jadis concentrée sur le Canal, s’est disséminée. Mais elle occupe toujours les boulevards reliant la place Dupuy aux Ponts-Jumeaux.  « Le Canal présente l’avantage d’être dans une zone accessible et non isolée, sans être sous les fenêtres des gens. Mais les conditions y sont difficiles à cause de la circulation, et l’environnement peu sécurisant », analyse Jean-Luc Arnaud.  Des femmes, africaines ou d’Europe de l’Est pour la plupart, se partagent aussi les rues du quartier Jeanne d’Arc jusqu’à la place Belfort. Entre 500 et 600 personnes se prostitueraient à Toulouse. L’Amicale du Nid note une recrudescence importante depuis 2011 de personnes étrangères, poussées à quitter le sud de l’Europe à cause de la crise.

Etalement du territoire, et montée de la violence

Autre association d’entraide aux personnes prostituées, Grisélidis a intensifié sa présence la nuit. « Nous accentuons notre présence dans les nouveaux quartiers d’activité, comme les Minimes, les Ponts Jumeaux et la Barrière de Paris. Le territoire s’est étalé, ce qui met les prostituées en danger et complique notre travail », explique Julie Sarrazin, la directrice. Parmi les nouveaux lieux investis, le boulevard de Suisse, près des Ponts-Jumeaux. On y compte plus d’une trentaine de femmes, en majorité roumaines. Certaines sont déposées par leurs proxénètes, par petits groupes, le long du Canal latéral. Elles rapporteraient chacune en moyenne 10 000 euros par mois. Si elles sont nombreuses à être arrivées au début de l’année, l’implantation de l’activité dans le quartier remonte au chantier de construction des nouveaux immeubles de la zone d’activités. L’augmentation de la violence s’illustre particulièrement là-bas, selon Grisélidis, qui pointe l’usage des armes comme un phénomène récent. « Récemment, à Toulouse, il y a eu un meurtre, une tentative de meurtre et un viol en série sur dix femmes étrangères », précise Julie Sarrazin. « Je stresse tous les jours, depuis que j’ai été agressée au couteau par un client l’année dernière. Je suis obligée de prendre des cachets pour dormir », avoue Zara, 33 ans, une Bulgare qui travaille depuis trois ans tout au bout de la rue Dayde, perpendiculaire au boulevard de Suisse. Un peu plus haut sur le boulevard, Andréa et Christina, 22 et 28 ans, attendent devant un restaurant, avec des canettes de Redbull. Elles dansent sur la musique diffusée par leurs téléphones portables. Comme beaucoup d’autres, Andréa s’est prostituée en Espagne avant d’arriver en France. Malgré son apparence rieuse, elle jette régulièrement un œil inquiet aux alentours. Cette mère de quatre enfants envoie régulièrement l’argent gagné en Roumanie. Sabrina, 20 ans, a également laissé son bébé en Roumanie, pour aller travailler à Valence et à Séville, puis à Toulouse. « Je n’ai pas le choix », se justifie t-elle, au bord des larmes.

Sécurité et médiation sur le boulevard de Suisse

Syvia, débarquée du Nigéria voilà six mois, se plaint de la présence de la police municipale tous les soirs, qui, selon elle « fait fuir les clients ». Depuis janvier, une voiture stationne jusqu’à minuit au milieu du boulevard, gyrophares allumés. Trois autres véhicules circulent et verbalisent à la moindre infraction.« Une présence dissuasive auprès des prostituées et de leurs clients, afin de pallier les nuisances engendrées », précise la note de mission adressée aux policiers, leur intimant d’agir avec déontologie. Selon Grisélidis, des filles subiraient des contrôles d’identité abusifs. Ce dispositif est issu de la mission de concertation mise en place par la mairie, avec l’Amicale du Nid et le comité de quartier des Ponts-Jumeaux, suite aux plaintes des riverains et aux débordements observés. Mais le comité de quartier, qui avait manifesté l’année dernière, promet de « durcir le ton » et de « politiser » le dossier en vue des municipales. « Les coups de klaxons et les invectives recommencent après minuit. Sur le boulevard, elles sont plus chez elles que nous », soupire Gérard Coulon. « La prostitution n’est pas considérée comme un délit, donc il est très compliqué pour nous d’intervenir, se défend Jean-Pierre Havrin, adjoint à la sécurité de la ville. Nous ne pouvons agir que sur le terrain de la propreté et de la tranquillité publique. Le reste relève de la police nationale ». Cette dernière a démantelé en mars un réseau tenu par trois frères roumains, qui employait près de 20 femmes d’Europe de l’Est. Mais il demeure difficile de toucher les têtes de réseaux.

Prostitution de jour et précarisation

Avec la crise, l’activité de jour a augmenté dans le centre-ville et le long de la voie d’eau. Jusqu’à huit femmes peuvent travailler dans la seule rue Raymond IV. « Certaines, qui travaillaient seulement de nuit, se sont mises à travailler aussi le jour, ce qui entraîne une plus grande stigmatisation, mais aussi des problèmes de santé », assure Grisélidis, qui s’est mise il y a un an à faire des tournées diurnes. Pour Jean-Luc Arnaud, on assiste à un phénomène de « précarisation galopante. Si elles ne font pas leurs 300 euros, certaines sont obligées de rester jusqu’à 7 heures du matin, voire d’enchaîner la journée. Le rajeunissement est notable aussi. Nous avons rencontré deux jeunes Africaines mineures, qui ont commencé à se prostituer à 14 ans à Athènes, avant de circuler par les réseaux ».

  • De Béziers à Narbonne, la prostitution sur les routes et dans les vignes

Entre Agde et Carcassonne, aucune prostitution n’est visible aux abords du Canal du Midi, selon les professionnels du tourisme fluvial. « Le Canal est surtout fréquenté par les touristes. En revanche, on y voit parfois des exhibitionnistes ; à la sortie de Béziers », concède Catherine, de la péniche La Carabosse. La prostitution est en revanche clairement identifiée sur la route nationale reliant Béziers à Narbonne, surtout depuis trois ans. « On voit des filles tous les 100 mètres », témoigne une habitante de Homps, dans l’Aude. Situé sur cette route, le village de Nissan-les-Ensérune, dans l’Hérault, est le terrain d’une trentaine de prostituées, originaires pour la plupart d’Europe de l’Est. Les riverains se plaignent du va-et-vient des véhicules dans les lotissements, et des lingettes et préservatifs retrouvés dans leurs propriétés. Ils ont envoyé une pétition au Premier ministre fin mars. La prostitution se développerait également dans les vignes aux alentours de Béziers. « Elles sont déposées en camionnette, à 200 mètres de distance les unes des autres, avec des bouteilles d’eau », selon l’Amicale du Nid de Toulouse, qui tient l’information de ses collègues de l’Hérault. L’antenne de Montpellier fait donc ses tournées de rue en voiture, car les prostituées ont déserté le centre-ville.

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