Victor Lenta, un «Identitaire» toulousain parti combattre en Ukraine

Avec trois de ses camarades d’extrême droite, Victor Lenta, un ex-para toulousain, est parti combattre aux côtés des séparatistes pro-russe dans la région du Donbass.

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Avec trois de ses camarades d’extrême droite, Victor Lenta, un ex-para toulousain, est parti combattre aux côtés des séparatistes pro-russe dans la région du Donbass.

Par Jean-Manuel Escarnot sur www.frituremag.info

La dernière fois que l’on avait croisé Victor Lenta, 25 ans, à Toulouse, c’était le 29 mai 2012 devant les grilles de la Préfecture dans un rassemblement anti-mariage pour tous. Le chef des Jeunesses Nationalistes toulousaines, groupuscule de l’extrême droite identitaire locale, y roulait des mécaniques sous protection d’un solide cordon de CRS. Après l’habituelle bordée d’injures et de doigts d’honneur lancée aux contre-manifestants anti "fafs" à peine plus nombreux, Victor et sa bande d’une vingtaine de gugusses s’étaient hardiment repliés sous protection policière. Depuis, plus rien.
Jusqu’au 26 aout dernier ou ce sacré Victor, ex sous-officier du 3 ème régiment parachutiste de Carcassonne, est réapparu affublé d’une paire de moustache à la Dali et le doigt sur la gâchette de son fusil de sniper entouré de trois de ses camarades français devant les caméras de la télévision russe à Donestk en Uhkraine.

L’air un peu paumé dans ce qui semblait être un jardin public, les quatre lascars en treillis y annonçaient être l’avant garde d’une brigade internationale « franco-serbe » dont l’objectif est de combattre aux côtés des séparatistes pro Russes contre l’armée régulière ukrainienne. « Une vingtaine de recrues venus pour certains de France serait en passe de nous rejoindre », précisait Victor Lenta.
Postée sur You Tube la vidéo a fait le buzz. Dans la foulée et en attendant de monter au feu, Victor Lenta et ses trois collègues alignaient les interviews pour les télés du monde entier ravies de cette french touch plantée au milieu du bourbier ukrainien. Le Monde dans son édition daté du 27 août a relaté de façon détaillée leur périple style pied-nickelés pour rejoindre Donestk via la Russie et la Hongrie

Dernier domicile connu, mouvance identitaire


A Toulouse, selon nos informations, Victor Alfredo Lenta, né le premier janvier 1988 à Garzon en Colombie et de nationalité française, s’était inscrit en cursus universitaire de remise à niveau à la rentrée 2012-2013. Officiellement sans domicile fixe. En fait, son dernier domicile connu serait le T2 loué par sa compagne dans le quartier de la Côte Pavée. La jeune femme a rendu les clefs de l’appartement au début du mois de juillet. Ses voisins se souviennent à peine de Victor comme « d’un type discret et pas très causant ». La propriétaire du logement précise « n’avoir jamais eu de problèmes avec lui ».

Dans les rangs de la mouvance identitaire locale, Victor Lenta a laissé un souvenir mitigé. A son actif quelques manifs dont une marche aux flambeaux dans les rues de Toulouse interdite par la Préfecture, la dégradation en juin 2011 du local des anti fafs de la CNT et plus grave sa participation présumée le 30 mars 2012 à une bagarre contre des clients d’un bar du quartier Arnaud-Bernard. Baston dans laquelle Manuel Andrés, un étudiant chilien de 37 ans avait été grièvement blessé par des individus cagoulés venus en découdre devant la terrasse du Communard, un troquet fréquenté par les anti fafs toulousains.

« Déçu par l’armée française »


Contacté par téléphone Henry Van Essen, militant des Jeunesses Nationalistes toulousaines, présent aux cotés de Victor Lenta dans le rassemblement anti-mariage pour tous du 29 mai 2012 n’est « pas surpris de l’avoir revu » flingue en mains aux côtés des indépendantistes pro Russes en Ukraine. « Il a choisi le bon camp en se rangeant du côté de Poutine et des anti impérialistes », affirme-t-il. Ça lui correspond bien. C’est le genre de gars qui va jusqu’au bout. Quand faut y aller il y va. Ici il se disait déçu par l’armée française. » Au local de l’Oustal, le QG des Jeunesses nationalistes fermé en 2012 par la Préfecture, Victor Lenta a laissé le souvenir d’un gars « peu loquace » et plus porté sur « la boxe que sur l’analyse politique ». Pour Henry Van Essen la bagarre d’Arnaud Bernard dans laquelle Manuel Andrés a failli devenir infirme serait due à des « provocations » et ne serait au final « qu’une histoire qui aurait mal tourné comme dans l’affaire Clément Méric ».

Silence radio du côté de l’armée et du troisième régiment de parachutiste de Carcassonne qui ne souhaite pas commenter le parcours militaire de Victor Lenta. D’après son profil militaire mis en ligne sur Viadeo, on apprend que son engagement a duré quatre ans de 2007 à 2011. Formation au mortier et au tir de précision. Opex (opérations extérieures ndlr) au Gabon, en Afghanistan en 2009 et en Côte d’Ivoire en avril 2011.
« C’est à l’armée qu’il a construit son idéologie en y trouvant des mecs avec qui il s’est monté le bourrichon », croit savoir Ernesto, militant anti faf En tant qu’anciens militaires les types comme lui sont formés à tuer et potentiellement dangereux ».

Pour financer leur expédition au pays des Cosaques Victor Lenta et ses trois amis ont fondé le parti Unité Continentale un mouvement ultranationaliste « fonctionnant en réseau ». Sur leur compte Facebook crédité de 3000 fans les photos de leur virée ukrainienne leur permettent de collecter des fonds sur un compte ouvert à la Société Générale. Dans l’une de leurs vidéos de propagande postées sur You Tube Victor Lenta déclare le soutien d’Unité Continentale « à la valeureuse armée arabe syrienne de Bachar Al Assad ».

En France, la loi punit d’une peine de cinq ans d’emprisonnement et de 75 000 euros d’amende les activités mercenaires. A leur retour, si jamais ils reviennent, Victor Lenta et ses « frères d’armes » ont pour perspective de se retrouver en prison avec des djihadistes comme voisins de cellule.

 

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